Problème des migrants : faut-il construire des murs ou des ponts ?

Publié le 09 Déc 2015
Problème des migrants : faut-il construire des murs ou des ponts ? L'Homme Nouveau

Selon le Haut-Commissariat aux réfugiés, 40 000 migrants sont morts aux frontières entre 2000 et 2014, 22 000 en tentant de rejoindre l’Europe. « Les barrières n’ont pas leur place en Europe », a déclaré le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker après que l’Autriche, pour contrôler le flux d’immigrés, a annoncé son intention d’ériger une barrière le long de sa frontière avec la Slovénie. Les récents attentats semblent plutôt donner raison aux rétablisseurs de frontières.

Àpropos des barrières de protection contre les réfugiés que ce soit en Europe ou aux États-Unis, le Pape François a eu cette réflexion de bon sens qu’il faut cependant replacer dans son contexte : « Vous savez comment finissent les murs : tous s’écroulent… Aujourd’hui, demain, dans cent ans, ils s’écroulent mais ce n’est pas une solution. Que maintenant l’Europe soit en difficulté, c’est vrai. Nous devons être intelligents quand vient cette vague migratoire et il n’est pas facile, c’est vrai, de trouver des solutions. Mais avec le dialogue entre les peuples, on peut les trouver. Les murs ne sont jamais des solutions, mais les ponts, si. »

Par-delà les murs, construire la paix

Comparaison n’est pas raison, mais lors de son voyage en Terre Sainte, Benoît XVI avait aussi prononcé ce discours critiquant le fameux mur dans le camp de réfugiés de Bethléem avec ce triste décor gris et bétonné en arrière-fond. Il avait alors lancé : « Dominant au-dessus de nous, s’érige le mur, rappel incontournable de l’impasse où les relations entre Israéliens et Palestiniens semblent avoir abouti. Dans un monde où les frontières sont de plus en plus ouvertes – pour le commerce, pour les voyages, pour le déplacement des personnes, pour les échanges culturels – il est tragique de voir des murs continuer à être construits. Comme il nous tarde de voir les fruits d’une tâche bien plus difficile, celle de construire la paix ! ».

On se souvient enfin, à propos des flux migratoires, de cette exclamation provenant d’un ancien dirigeant du Front national lui-même : « On ne peut élever des murs jusqu’au ciel ! ». Cela n’empêche pas, en effet, les migrants de s’y confronter encore et toujours au risque de leur vie. Le mur érigé entre le Mexique et les États-Unis, ou à Melilla entre le Maroc et l’Espagne, force les gens à s’y reprendre plusieurs fois, pas à abandonner leur projet. Et, malgré l’obstacle et ses risques, il n’est pas sûr que sa construction ait beaucoup fait baisser les flux migratoires.

L’absence de frontières

Mais si le mur n’est pas la solution face à ces flux migratoires massifs, la suppression des barrières, l’absence de frontières ou de filtres n’apparaît pas davantage une solution pour des raisons de bien commun national et international déjà évoquées (dont la menace islamiste n’est pas la moindre). On se heurte ici à la tragique aporie illustrée par Jean Raspail dans Le Camp de saints : « Le tiers-monde s’est mis en marche vers le paradis de l’homme blanc. Il n’a pour armes que sa multitude et la pitié qu’il inspire : arme absolue… Faut-il céder à la pitié et s’y noyer soi-­même et définitivement, ou employer la force et la férocité contre la seule faiblesse ? ».

Renvoyer ou refouler autant d’immigrés clandestins n’est pas une solution pas plus que les accueillir et les intégrer aussi massivement. Impasse ! Les théories pacifiques sont nécessaires mais ne font pas naître les solutions ici et maintenant. La solution idéale c’est évidemment de travailler à ce que ces immigrés n’aient pas envie ou besoin de partir de chez eux. Mais c’est justement trop tard ! Et on ne pourra y parvenir sans des choix douloureux en termes politiques et militaires. Force est de reconnaître, historiquement, qu’il n’a jamais existé durablement que deux moyens, malgré leurs imperfections, de porter efficacement secours aux populations ayant besoin d’être aidées moralement et matériellement : la croisade et la colonisation comme bras séculier de l’élan missionnaire.

Quelles solutions pour demain ?

C’est forcément de ce côté-là, dans ce que le Pape François appelle « des ponts », qu’il faut chercher une solution à venir : dans une néo-colonisation ou un partenariat consenti, alliant réciproquement aide économique, aide militaire (à l’instar de ce propose la Russie en Syrie) et aide spirituelle. Car « la première pauvreté des peuples est de ne pas connaître le Christ » (Mère Teresa). En attendant, il faut bien quelque part des « murs » fermant des frontières plus assez filtrantes naturellement, en tant que pis-aller provisoire assurément, compromis vulnérable entre le mur et le pont à l’instar du pont-levis en face d’une invasion menaçante.

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