Au quotidien n°103 : on a perdu M. Vaccin…

Publié le 02 Déc 2020
Au quotidien n°103 : on a perdu M. Vaccin… L'Homme Nouveau

Mais qui est exactement Monsieur Vaccin ? Le Monde de demain (3 décembre) publie une enquête à ce sujet et voici quelques extraits des informations recueillies

Dans la forêt administrative, pleine de sigles, de comités et de directions, chargée de résoudre la crise sanitaire, Louis-Charles Viossat a d’abord été affublé d’un surnom rassurant le rendant facilement identifiable : « Monsieur vaccin ». Cet énarque de 56 ans, choisi à la mi-octobre par l’Elysée et Matignon, devait organiser l’énorme chantier de la stratégie vaccinale contre le Covid-19. Il s’est donc tout de suite mis à l’ouvrage, recevant dès le 2 novembre les représentants des laboratoires, puis les syndicats de médecins, recensant sur tout le territoire les réfrigérateurs susceptibles de conserver à très basse température les nouveaux vaccins, réfléchissant aux populations prioritaires à protéger. Et puis, soudain, « Monsieur vaccin » a disparu des radars. (…)

Moins de deux mois après sa nomination, Louis-Charles Viossat n’est plus tout à fait présenté comme l’organisateur de cette future campagne de vaccination. (…) Il y a encore quelques semaines, ce barbu jovial était présenté comme un inspecteur général des affaires sociales (IGAS), son corps d’origine, depuis sa sortie de l’ENA en 1992. Autant dire, l’un de ceux qui contrôlent et évaluent les politiques publiques en matière sociale. Dans les coulisses du pouvoir, on savait qu’il est un ami du ministre de l’économie et des finances, Bruno Le Maire, côtoyé à Matignon entre 2005 et 2007, au sein du cabinet de Dominique de Villepin. (…)

Depuis quelques jours, cependant, un autre aspect de sa vie professionnelle suscite bien plus d’inquiétude au sein du gouvernement : ses passages dans deux laboratoires pharmaceutiques, grâce à une mise en disponibilité de l’administration qui lui a permis ensuite de revenir, chaque fois, dans son corps d’origine. (…)

M. Viossat est doté d’un humour pince sans-rire, affiche une assez haute opinion de lui-même et masque à peine son ambition. Il se serait volontiers vu poursuivre encore quelques années dans les cabinets ministériels, ce tremplin des carrières, mais la dissolution hasardeuse lancée par Jacques Chirac, en 1997, l’oblige à modifier ses plans. Le voici donc d’abord à Washington, au sein de la Banque mondiale. Sans doute parce qu’il ne croit pas une réélection possible de Jacques Chirac, il fait ensuite une première incursion dans le privé en septembre 2001. Ce sera auprès de la filiale française du laboratoire pharmaceutique américain Lilly qui teste aujourd’hui deux anticorps monoclonaux dans le traitement du Covid-19. A l’époque, l’énarque est directeur « corporate affairs », c’est-à-dire des affaires commerciales. (…) En 2007, lorsque Nicolas Sarkozy est élu président de la République, l’ancien conseiller de Dominique de Villepin se recase comme ambassadeur français chargé de la lutte contre le sida, avant d’effectuer une seconde incursion dans un laboratoire pharmaceutique. Nous sommes en mai 2009 et AbbVie-Abbott, entreprise biopharmaceutique américaine, l’embauche comme directeur des affaires institutionnelles. En clair, il est chargé de superviser les lobbyistes de l’entreprise auprès des institutions européennes, des pays d’Europe de l’Ouest et du Canada. Il travaille dans le secteur du médicament, loin de l’industrie du vaccin. Pour Abbott, M. Viossat présente l’immense avantage d’être parfaitement « bilingue » comme on dit dans le milieu : très au fait des enjeux économiques de l’industrie pharmaceutique et parlant la langue de l’administration française.

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