Au quotidien n°273 : désinformation à propos du 17 octobre 1961

Publié le 20 Oct 2021
Au quotidien n°273 : désinformation à propos du 17 octobre 1961 L'Homme Nouveau

Une fois encore, le Président Macron a joué du « en même temps ». Après avoir demander pardon aux harkis, il a dénoncé vendredi 15 janvier les crimes commis par la République française lors de la manifestation du 17 octobre 1961, organisée à Paris par le FLN en guerre contre la France. La presse et les officines de gauche se sont employées à accentuer la culpabilité de la France, sans aucun rapport avec le contexte et sans le recul historique nécessaire. Le nombre de victimes notamment a fait l’enjeu d’enchères.  Normalien, agrégé, professeur émérite d’histoire contemporaine à l’université Paris-IV-Sorbonne et ancien directeur du département d’histoire de la Rue d’Ulm, Jean-Paul Brunet est l’auteur de Police contre FLN. Le drame du 17 octobre 1961 (Flammarion, 1999). Il a apporté des précisions dans un entretien accordé au Figaro (18 octobre 2021).

Les archives de la PJ, qui sont très abondantes et dont l’historien peut aisément opérer la critique, montrent qu’un grand nombre de décès des Français musulmans d’Algérie (FMA) n’ont aucun rapport avec la police parisienne. Certains sont ceux de harkis ou d’anciens harkis, de militants du Mouvement national algérien (fondé par Messali Hadj et rival du FLN, NDLR), d’Algériens considérés par le FLN comme des « traîtres », car refusant d’obéir à ses directives : anciens combattants de l’armée française, maris de métropolitaines refusant de rejoindre le FLN, Algériens refusant de payer l’« impôt révolutionnaire » exigé par le FLN, Algériens rétifs à la loi coranique (par exemple s’adonnant à la boisson ou faisant appel aux tribunaux français pour régler un litige).

Cette recrudescence de décès montrait que le FLN était en train de prendre en main la population algérienne de la région parisienne. Comme les activités des militants du FLN s’effectuaient essentiellement la nuit, l’instauration d’un quasi-couvre-feu parut indispensable au préfet Papon.

(…)

La commission Mandelkern avait été chargée par le ministre de l’Intérieur Jean-Pierre Chevènement d’évaluer les archives de police concernant la répression du 17 octobre. Dans son rapport du 6 janvier 1998, elle concluait à l’existence de quelques dizaines de morts parmi les Nord-Africains, mais elle n’entrait pas dans les motifs de leur décès. Ayant été, peu après, le premier historien à pouvoir consulter ces archives, je suis arrivé, par une méthodologie différente, à des résultats analogues : le nombre d’Algériens dont on peut imputer la mort à la police parisienne s’élèverait à un chiffre oscillant entre une trentaine (le plus probable) et une cinquantaine. Cette évaluation tenait compte des « morts différées » (blessés décédés des suites de leurs blessures) et de la « violence collatérale » (morts dont la cause n’entrait pas dans le cadre de la répression des manifestations proprement dites des 17 et 18 octobre).

HN harkis

Certains auteurs et commentateurs avancent des chiffres d’une centaine, voire de plusieurs centaines de morts. Les uns comptabilisent en vrac tous les morts de septembre et d’octobre ; d’autres additionnent pêle-mêle tous les fichiers auxquels ils ont eu accès, sans étudier les causes de la mort des victimes. Ces évaluations extravagantes sont aux antipodes de la méthode historique. L’historien doit délaisser toute orientation idéologique et se livrer à un travail méticuleux et qui doit s’efforcer d’être honnête.

Pour aller plus loin : Notre dossier, Harkis : Honneur à ceux qui ont servi la France, L’Homme Nouveau du 9 octobre 2021 (4€).

Ce contenu pourrait vous intéresser

À la uneSociété

Islam-République, le problème de la praxis

Après une brillante carrière de conseil et de cadre dirigeant, Jean-François Chemain est devenu volontairement enseignant d’Histoire en banlieue pour y transmettre l’amour de la France. Auteurs de nombreux ouvrages, notamment sur l’Islam en France, il analyse le sens de la parution du livre Musulmans en Occident, publié par la Grande Mosquée de Paris.

+

islam démocratie musulmans
SociétéPhilosophie

La guerre des sexes : un sophisme moderne

C’est logique ! de François-Marie Portes | Dans leur lutte contre ce qu'elles appellent l'inégalité, les féministes, qui ont manifesté le 8 mars pour la Journée des droits des femmes, rabaissent la relation hommes-femmes en l'identifiant nécessairement à une domination. Un slogan réducteur et un raisonnement sous-jacent faussement logique qui enveniment les relations entre les sexes.

+

sophisme femme sexe féminisme
Société

La prison entre exigence et humanité

Entretien | Première femme à diriger le centre pénitentiaire de Baie-Mahault, la plus grande prison de Guadeloupe, depuis avril 2023, Valérie Mousseeff témoigne dans La prison comme horizon de la réalité carcérale et de l’engagement du personnel pénitentiaire. C’est à ce titre qu’elle a répondu à nos questions.

+

Prison
Société

Vous avez dit fatigue démocratique ?

Sans surprise, les élections municipales ont donné lieu aux habituels commentaires et analyses. Malgré une certaine mobilisation lors du deuxième « round », force est de constater que l’abstention est restée globalement stable, atteignant ainsi des chiffres historiques. S’agit-il d’une crise passagère, d’une fatigue démocratique ou sommes-nous en post-démocratie ?

+

élection fatigue démocratique