Benoît XVI : humble ouvrier dans la Vigne du Seigneur

Publié le 13 Fév 2013
Benoît XVI : humble ouvrier dans la Vigne du Seigneur L'Homme Nouveau

« Je suis la servante du Seigneur ». Depuis ces paroles lumineuses du Magnificat, nous savons que l’humilité est l’apanage des saints, et qu’elle n’est conquise qu’au prix d’une offrande totale de soi-même au Seigneur, qui comporte nécessairement un chemin de Croix. Le Pape Benoît XVI nous touche profondément, car il illustre ce que humble veut dire. Pour lui, il ne s’agit pas d’une démission, mais d’un acte de renonciation à la charge suprême de Pasteur universel de l’Église. Cette attitude est tout à fait dans la ligne de l’Évangile, à l’imitation du Seigneur, qui est venu « pour servir et non pour être servi » (cf. Mt 20, 28). « Je ne suis qu’un humble ouvrier dans la Vigne du Seigneur » : c’était ainsi que le Pape s’était présenté à la foule lorsqu’il parut à la logia de la basilique Saint-Pierre, le jour de son élection. On peut parler d’une cohésion de fond, qui est celle des saints, une attitude que le « monde » (en particulier la plupart des médias) ne peut comprendre, de même d’ailleurs que les nombreux dissidents et contestataires « ad intra » qui considèrent l’Église pour ce qu’elle n’est pas, une simple société humaine, alors qu’elle est bien le Corps mystique du Christ et le Temple de l’Esprit Saint… (cf.  Constitution dogmatique Lumen Gentium du concile Vatican II). On peut penser que beaucoup, à la Fraternité Saint-Pie X, du moins nous l’espérons, regrettent de ne pas avoir conclu un accord, en saisissant la main tendue d’un Pape si bon et patient… Il reste que la nouvelle de cette renonciation a fait l’effet d’une vraie bombe ici, à Rome, comme partout ailleurs, et que les raisons évoquées sont essentiellement le grand âge et cette impossibilité d’assumer la charge suprême écrasante dans un monde en perpétuelle mutation, marqué par des défis et des changements constants, qui nécessitent des réponses à la fois rapides et de qualité… à la vitesse des réseaux sociaux. Bref, nous éprouvons déjà un grand vide, comme à chaque fois qu’un pape part, et il s’agit cette fois, non d’une mort corporelle, mais d’un renoncement, le troisième seulement depuis plus de deux mille ans ; l’un des autres fut le lointain saint Célestin V, qui s’était retiré dans un monastère, comme le Pape semble vouloir le faire en allant dans ce couvent Mater Ecclesiæ voulu par le bienheureux Jean-Paul II, au cœur du Vatican…

BXVI encens

Benoît XVI aura vécu un pontificat, certes bref à vue humaine (à peine huit années), mais tellement fécond, en réussissant notamment à assurer la continuité du bienheureux Jean-Paul II (un vrai défi !) et en prenant des décisions essentielles dans tous les domaines. Celui qui apparaît déjà comme un « Docteur de l’Église », celui qui nous a appris à lire le concile Vatican II selon l’« herméneutique de la continuité » et non pas de la rupture, le restaurateur de la liturgie avec cette courageuse décision affirmant que le même rite romain comporte bien deux formes ordinaire et extraordinaire, l’auteur de grandes encycliques sur la charité, l’espérance… a vécu aussi un véritable « chemin de Croix », car les « loups », qu’il évoquait au début de son pontificat, l’ont attaqué sans discontinuer. Maintenant, il redeviendra un évêque… sans aucune charge, sinon celle de prier, d’offrir et de s’offrir, et… de se taire… Car il devra en quelque sorte disparaître… en s’enfonçant dans la prière, qui est son bain de jouvence, sa raison d’être, sa vie, l’amour du Seigneur miséricordieux. Quel exemple ! Quel modèle ! Quel homme public de premier plan (politique, économiste, artiste…) prendrait une telle résolution ? La décision de ce renoncement, bien évidemment, n’a pas été prise sans une réflexion approfondie, dans la prière, et en prenant conseil. Déjà, il en avait parlé dans un livre d’entretiens, et il n’a fait qu’appliquer ce qu’il a toujours dit (toujours la cohésion…). Certes, le seul voyage qui était programmé pour 2013 était les JMJ à Rio. Et puis, on dit ici, à Rome, que Benoît XVI n’a pas voulu réitérer, pour le bien de l’Église, cette période, assez longue, où son prédécesseur le bienheureux Jean-Paul II ne pouvait plus diriger l’Église… Oui, telle est la sollicitude du père, du Saint-Père, pour nous, pour son Église que le Christ lui avait confié le 19 avril 2005, jusqu’à l’oubli total de soi-même, jusqu’au renoncement suprême… Ne peut-on pas parler d’un martyre du cœur ?

Ainsi, pour la Semaine sainte, et même avant, nous aurons un nouveau Pape. Évidemment, les langues iront bon train, même si le Saint-Esprit surprend toujours et déjoue tous les pronostics trop humains des commentateurs, mais il ne faut pas craindre, car, au-delà des incertitudes et des vicissitudes, le« Tu es Petrus… Tu es Pierre… » de Jésus est ce qu’il faut toujours avoir devant les yeux et dans le cœur. Certes, il y a les « loups », que Benoît XVI a évoqués… mais le Seigneur est là, et c’est Lui qui conduit la barque de l’Église… Ce Carême 2013 sera intense, spécial… Nous prierons pour que le Pape qui sera élu puisse continuer l’œuvre du bienheureux Jean-Paul II et de Benoît XVI, en particulier faire fructifier ce que le Pape actuel a lancé : tant de décisions sont des orientations sur lesquelles on ne peut revenir et qui porteront des fruits en leur temps… Alors, souhaitons et prions pour que ce nouveau Pape soit solide comme le roc (Pierre !) et un bon Pasteur… Il reste que le choc est grand et que nous nous sentons de nouveau orphelins, comme il y a huit ans lors du retour de Jean-Paul II à la maison du Père, et il est vrai aussi que ce Pape Benoît XVI, oui, nous voulons affirmer que nous l’aimons de tout notre cœur, et que nous l’admirons, nous le respectons, nous le vénérons déjà… De fait, il est devenu IMMENSE dans son humilité, et le monde, stupéfait, semble avoir découvert cela en quelques heures. Oui, il est certainement un GRAND SAINT !

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