La pause liturgique : Sanctus 15 Dominator Deus (mémoire des saints)

Publié le 16 Mai 2026
grégorien ascension communion agnus graduel sanctus gloria

© Bibliothèque francophone multimedia de Limoges, CC BY-NC 3.0

Messe 15 Dominator Deus – Mémoire des saints :

 

Commentaire musical

Sanctus 15 Partition sanctus

 

Voici un Sanctus extrêmement répandu en Europe et représenté par un nombre impressionnant de sources manuscrites, plus de 250, entre le XIᵉ siècle et le XVIᵉ siècle. Il s’agit d’un 2ᵉ mode, très simple, en grande partie syllabique, pouvant être aisément appris par une foule.

Son ambitus, mis à part les deux sommets mélodiques, d’ailleurs identiques, qui affectent les deux hosánna, est contenu pour l’essentiel à l’intérieur de la tierce Ré-Fa. De nombreux Do, au grave, appuient cette pièce et lui donnent de la solidité. Et vers l’aigu, on peut repérer quelques Sol, et les deux La des deux sommets évoqués. L’ensemble est donc vraiment très sobre, et s’enroule autour des deux cordes Ré, finale, et Fa, dominante du 2ᵉ mode.

Les trois Sanctus sont en progression mélodique et intensive : le premier est très ferme, bien appuyé sur la sous-tonique Do et sur la tonique Ré ; le second s’élève plus légèrement jusqu’à la dominante Fa, mais pour revenir à la tonique Ré ; le troisième, encore plus léger avec sa facture syllabique Mi-Sol, se relie tout naturellement à la suite, Dóminus Deus, passage syllabique également qui, en revenant à la tonique Ré à partir du Sol, conduit à la cadence en Ré de Sábaoth, appuyée sur la sous-tonique Do.

Pleni sunt reproduit le schéma mélodique du premier Sanctus : deux Do et deux Ré. La mélodie de cette deuxième phrase est plus sobre que celle de la première phrase puisqu’elle ne dépasse pas le Fa. Les accents de tous les mots, cæli, terra, glória, tua, sont au posé du rythme, et le syllabisme du début a laissé la place à un passage légèrement neumatique, donc un peu moins léger, un peu plus senti et appuyé.

Vient ensuite la troisième phrase : hosánna in excélsis, qui tranche sur le reste du Sanctus : ici, on observe une montée mélodique très chargée sur la première syllabe de hosánna. Cette montée se fait entièrement par degrés conjoints, à partir du Ré, jusqu’au La aigu, ce qui constitue très exactement la quinte caractéristique du protus, aussi bien plagal qu’authente.

Il faut donc faire sentir, dans l’interprétation, ce changement radical de structure : on est passé d’un quasi syllabisme à une formule très neumée qui se prolonge sur les deux autres syllabes du mot hosánna, l’accent, marqué par un double Sol, et la finale par un scandicus subbipunctis.

Il convient de noter, toutefois, que cette syllabe finale, réalisant une petite courbe parfaite, Ré-Mi-Fa-Mi-Ré, doit être prise très légèrement : il s’agit juste d’une petite fioriture très gracieuse qui contraste avec la large montée qui affecte la première syllabe de hosánna. On aboutit ainsi à la cadence qui arrive au terme des deux mots in excélsis, lesquels doivent être chantés dans le mouvement de la syllabe finale de hosánna, avec toutefois une certaine intensité sur l’attaque de l’accent de excélsis.

La quatrième phrase : Benedíctus qui venit in nómine Dómini, est analogue à la seconde phrase : pleni sunt cæli et terra : un départ sur Do répété deux fois ; un appui sur Ré, repris ici trois fois, une montée jusqu’au Fa, dominante du mode ; un retour au Do grave, sur venit, comme sur terra dans la deuxième phrase ; mais alors que cette seconde phrase demeurait sagement dans un ambitus très restreint, autour du Ré, le Mi et le Do simplement, ici, sur in nómine Dómini, la mélodie prend un peu d’allure et va toucher le Sol, sur l’accent de nómine.

Légèreté très passagère puisque, sur Dómini, on revient à une cadence en Ré, identique absolument à celle du mot Sábaoth à la fin de la première phrase.

Quant au second hosánna in excélsis, on l’a dit, il est en tout identique au précédent.

Voilà pour ce Sanctus très simple, sans prétention, qui brode joliment autour des notes fondamentales Ré et Fa du 2ᵉ mode. Cette pièce plaisante et douce a connu une vaste diffusion par le passé, et demeure un chant facile pour la foule.

 

>> à lire également : DOSSIER | Le masculinisme (1/4) : Mythe ou réalité ?

 

Un moine de Triors

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