La pause liturgique : les trois Kyrie 17 Salve (Avent et Carême)

Publié le 18 Juil 2026
Introit Benedicta sit de la fête de la Sainte Trinité L'Homme Nouveau Kyrie

Kyrie 17 Salve
Dimanches d’Avent et de Carême

 

Commentaire musical

Trois Kyrie se partagent le numéro 17 dans la nomenclature faite par les moines de Solesmes. Deux Kyrie ayant la même structure, comme les deux Kyrie 11, l’un n’étant que le développement mélodique de l’autre ; et un Kyrie totalement différent, réservé pour le troisième dimanche de l’Avent et le quatrième dimanche de Carême, pour les messes Gaudete et Lætare.

 

Kyrie 17 A

Kyrie 17 A Partition kyrie

 

Le Kyrie 17 A (ou Kyrie 11 ad libitum dans le Graduel de 1908) est daté du XI siècle. C’est un 1er mode, très paisible, qui devient au fur et à mesure très expressif par sa montée mélodique et intensive progressive. Il suit un schéma abcc’ : trois Kyrie identiques, trois Christe identiques, deux Kyrie identiques et le dernier qui redouble la mélodie des deux précédents.

La mélodie part du Do grave qui joue ici le rôle de sous-tonique, puis module autour du Ré, tonique du 1er mode. Elle touche à deux reprises le Fa à l’aigu, également à deux reprises le Mi, et également à deux reprises le Do, pour les trois Ré du mot Kyrie. On a donc en ce début, un bel équilibre, qui se traduit par un balancement très doux, très lié. Le mot eléison est intensifié sur sa première syllabe, puisqu’on s’élève jusqu’au Sol, et également sur son accent, par le podatus Mi-Fa très doux, avant une cadence en Ré bien ferme et paisible.

La mélodie du Christe, plutôt que sur le rapport Ré-Fa, joue sur la quinte Ré-La, ce qui lui donne d’emblée une belle ampleur. Après cet intervalle de quinte, la mélodie redescend calmement et par degrés conjoints, jusqu’au Ré, après s’être légèrement posée sur le Mi. La formule de eléison est presque identique à celle des trois premiers Kyrie, sauf qu’elle y ajoute trois notes (Mi-Ré-Do) sous la forme d’un climacus juste avant le podatus d’accent de eléison.

Les deux Kyrie suivants commencent directement sur le La, avec un bel accent au levé, bien lancé. Les trois syllabes de Kyrie sont posées sur le La, puis la mélodie s’échappe vers les aigus et va aller moduler autour du Do, pour toucher le Ré en passant, redescendre par degrés conjoints jusqu’au La, remonter au Do et se fixer en cadence sur le La. Ce Kyrie jaillit littéralement, avec beaucoup de vigueur.

Le mot eléison, lui, est doté d’une magnifique descente régulière par degrés conjoints, du La jusqu’au Ré, assez ample et très paisible. Les trois dernières syllabes de eléison sont traitées à l’identique dans les neuf invocations de ce Kyrie : un podatus Mi-Fa et deux punctum sur le Ré.

Le dernier Kyrie, enfin, reprend la mélodie des deux précédents, la redouble, et s’achève de la même manière.

Une paix qui s’arme de vigueur, voilà comment on peut résumer ce beau Kyrie du 1er mode, bien expressif.

 

Kyrie 17 B

Kyrie 17 B Partition kyrie

 

Le Kyrie 17 B (ou 17 A dans le Graduel de 1908) n’est qu’un déploiement tardif du Kyrie précédent, puisqu’il est daté des XV-XVII siècles. Il suit le même schéma, et sa mélodie se fonde tout entière sur celle de son modèle, et ne fait qu’y ajouter quelques fioritures, dans la ligne de sa belle modalité, rendant ce Kyrie encore plus expressif, plus paisible, plus enveloppé que son prédécesseur.

Ainsi, pour les trois premiers Kyrie, l’intonation est identique, et une seule note est ajoutée (un Ré) juste avant la cadence en Mi, à la toute fin du mot Kyrie. Le mot eléison est un petit peu plus modifié : il est joint à l’incise précédente par une Mi, et il ajoute deux notes, le Do et le Ré, juste à la fin de la première syllabe.

Enfin, le Ré de la troisième syllabe, un simple punctum, est remplacé ici par un Mi. Ce qui fait qu’au total, la mélodie de eléison procède complètement par degrés conjoints, et se lie plus intimement à celle du Kyrie. Le legato qui en résulte est d’autant plus parfait, d’autant plus expressif. On a vraiment l’impression d’une liane très souple, très flexible, qui se déroule sur la portée.

La mélodie des trois Christe est un peu plus différente par rapport à celle de son modèle. Là encore, elle privilégie les intervalles de seconde et supprime la grande quinte du début, en partant du Fa, en montant jusqu’au La et en redescendant jusqu’au Ré. Quant au mot eléison, il est traité de la même manière que dans les trois premières invocations, ce qui représente une variante mélodique du même thème, présent dans les deux Kyrie.

Les deux avant-derniers Kyrie commencent comme ceux du Kyrie 17 A, mais, sur le mot eléison, remplacent la longue descente du La au Ré par une formule mélodique qui n’est qu’une transposition à la quinte de celle des invocations précédentes.

Quant au dernier Kyrie, il reprend la mélodie des deux avant-derniers qu’il modifie légèrement en redouble. Mais l’originalité se trouve sur le dernier eléison qui utilise, de façon d’ailleurs très heureuse le Sib expressif, plus plaintif, très doux, dans une broderie mélodique autour du La, avant de faire retrouver la mélodie finale des autres invocations.

Au total, ce Kyrie, plus développé, est aussi plus lié, plus paisible et plus doux que son modèle, même s’ils sont vraiment très proches musicalement et spirituellement.

Dom Gajard dit ceci à son sujet : « Que l’on sente d’un bout à l’autre cette grande vague qui monte, très humblement, et qui s’achève dans la confiance (comme toujours). »

Et il précise, pour une meilleure interprétation : « L’accent tonique d’eléison (au grave : premier et deuxième Kyrie) doit être très bien fait. Ainsi que l’accent plus aigu du troisième Kyrie, car l’accent tonique est toujours l’épanouissement d’une montée. Il doit être beaucoup plus sensible par la montée qui le précède que par l’intensité qu’on pourrait lui donner. Il s’agit beaucoup plus de le préparer que de l’affirmer. »

 

Kyrie 17 C

Kyrie 17 C Partition kyrie

 

Le dernier Kyrie (nommé 17 C dans le Graduel de 1974 mais appelé 17 B dans le Graduel de 1908), est complètement différent des deux précédents, et comme on l’a dit, il est réservé aux deux seuls dimanches Gaudete et Lætare, de l’Avent et du Carême. C’est dire qu’il a un caractère plus festif, qui se vérifie très bien dans sa mélodie. Celle-ci est d’ailleurs empruntée au 6 mode, mode de Fa, très clair, très joyeux.

Et pourtant, ce Kyrie plein de fraîcheur est aussi tout simple et très facile à apprendre, notamment parce que, pour toutes les invocations, le traitement mélodique de eléison est toujours le même. Ce qui fait que seule la mélodie des mots Kyrie et Christe change. Or cette mélodie est extrêmement sobre : 5 notes seulement pour les trois premiers Kyrie ; 5 notes pour les trois Christe ; et 8 notes pour les trois derniers Kyrie.

Ce Kyrie lumineux suit un schéma très simple et progressif, de type abcc’.

La mélodie des trois premiers Kyrie part du Fa, monte au La, puis touche le Do sur l’attaque de eléison, d’où elle descend jusqu’au Mi, en une belle ondulation, pour remonter ensuite sur le Sol et même le La, avant de revenir se fixer sur le Fa, tonique du 6ᵉ mode. Notons aussi la présence du Sib dans cette descente mélodique du Do au Mi.

La mélodie des trois Christe, part du Do, sur un bel accent au levé, s’accroche nettement au Do, y revient après une petite formule utilisant le La et le Sib, et de là, retrouve la formule de eléison déjà rencontrée.

Enfin la mélodie des deux avant-derniers Kyrie fait entendre l’arpège Fa-La-Do, module autour du Do en faisant entendre le Ré à l’aigu et le Sib au grave, puis retrouve, à partir du Do, la formule classique de eléison. Le tout dernier Kyrie ne fait que répéter la formule des Kyrie précédents.

Ce Kyrie enthousiaste monte régulièrement, avec joie, avec candeur, dans la lumière et la confiance. La longue descente mélodique de eléison, qui doit être chantée sans précipitation et de façon bien régulière, s’accompagne aussi d’un beau et doux crescendo qui conduit à l’accent de eléison, puis à la cadence.

Dom Gajard conclut : « Le Kyrie 17, c’est plus chantant, plus moderne, moins modal. Je le trouve très priant ; il est moins pénitentiel, plus joyeux, plus chanté, plus léger. Ravissant, limpide. »

 

>> à lire également : « Le Seigneur nous tend la main » : publication des sermons privés de Benoît XVI

 

Un moine de Triors

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