Christus Regnat ! Jésus-Christ roi de toute éternité

Publié le 29 Oct 2023
Christ roi de l'univers

Église Saint-Alphonse de Liguori, Rome (Italie).

Le 11 décembre 1925, le pape Pie XI publiait l’encyclique Quas Primas sur l’institution de la fête liturgique du Christ Roi qu’il plaça au dernier dimanche d’octobre car avant de célébrer tous les saints, il convient d’honorer leur roi. Retour sur son actualité et sa pertinence.

 

La guerre réinvestit le monde occidental. L’invasion de l’Ukraine fut un douloureux réveil. L’attaque brutale d’Israël par le Hamas vient confirmer que l’agression est de nouveau un moyen d’imposer la volonté de puissance des Etats ou des factions. « Ultima ratio regum », « dernier argument des rois » trouvait-on gravé sur les canons d’ancien régime. Peut-être l’avions-nous oublié.

Or, au sortir de la Première Guerre mondiale, Pie XI écrivait : « ce débordement de maux sur l’univers provient de ce que la plupart des hommes ont écarté Jésus-Christ et sa loi très sainte, aussi bien des habitudes de leur vie individuelle que familiale et publique ; jamais ne pourra luire une ferme espérance de paix durable entre les peuples, tant que les individus et les nations refuseront de reconnaître et de proclamer sa souveraineté. »

Le Pontife romain s’attela dès lors à établir « la paix du Christ par le règne du Christ » s’appuyant sur les célébrations du seizième centenaire du concile de Nicée « qui définit et proclama comme dogme de foi catholique la consubstantialité du Fils unique de Dieu avec son Père ; […] qui, en insérant dans sa formule de foi ou Credo les mots cuius regni non erit finis, affirma du même coup la dignité royale du Christ. »

L’introït de la messe du jour de Noël, tiré du prophète Isaïe est clair : « Un enfant nous est né, un fils nous a été donné. La charge du commandement a été posée sur ses épaules. […] Son empire s’étendra et jouira d’une paix sans fin ; il siégera sur le trône de David […] »

Le rétablissement du règne de Jésus apparaît donc comme une nécessité vitale de notre monde. Il convient d’en connaître les raisons et de ne pas lui fixer, tels de nouveaux députés constituants, de limites.

 

Les titres de royauté du Christ

Notons tout d’abord que seul le Christ est pleinement apte à régner sur l’humanité, car seul, Il peut répondre à toutes ses attentes.

En effet, les humains se donnent une autorité suprême pour atteindre leurs fins qui sont de trois ordres : l’ordre social dont la fin est la paix, l’ordre de l’intelligence dont la fin est la vérité et enfin, l’ordre de la volonté dont la fin est la charité.

Par ailleurs, la royauté s’obtient de quatre manières : l’hérédité, la conquête, l’élection ou l’investiture. Or, « en tant que Dieu, Jésus-Christ était roi de toute éternité ; par conséquent, en entrant dans le monde, Il apportait avec Lui, déjà, la royauté. Mais ce même Jésus-Christ, en tant qu’homme, a conquis Sa royauté à la sueur de Son front, au prix de Son sang » (Cardinal Pie). Notre-Seigneur règne donc par droit de naissance et par droit de conquête.

Il est roi par élection, à la manière des anciens, qui distinguaient la major de la sanior pars du peuple : la « portion la plus grande » de la « portion la plus saine ».

Or, les saints sont « les hommes les plus hommes » écrivait saint Augustin. En effet, ils sont parvenus à la maîtrise de leurs passions, et à l’exercice héroïque des vertus les plus exigeantes en élisant le Christ pour Roi de leurs vies.

Enfin, la royauté s’obtient par l’investiture et nous lisons dans le livre de Daniel puis dans l’Apocalypse que « la puissance, l’honneur et la royauté » Lui sont remis. Il l’assure d’ailleurs Lui- même : « Tout pouvoir m’a été donné. »

En outre, saint Thomas explique qu’il n’y a royauté que là où il y a puissance. Or le Christ détient les trois pouvoirs : législatif, judiciaire et exécutif.

  • Notre Seigneur légifère : « Le Fils de l’Homme est maître du Sabbat. »
  • Il juge : « Le Père ne juge personne mais Il a remis tout pouvoir de juger entre les mains du Fils. » Même ses ennemis le reconnaissent en Lui soumettant le cas de la femme adultère. Le Verbe incarné use alors de la prérogative suprême : le droit de grâce.
  • Enfin, Il possède le pouvoir exécutif. Il guérit les malades, chasse les démons, commande aux éléments déchaînés et terrasse les soldats du jardin des oliviers au seul son de sa voix : « C’est moi que vous cherchez. »

 

Mon royaume n’est pas de ce monde

L’on objectera certainement ces paroles du Christ : « Mon royaume n’est pas de ce monde. »

Un peu de grammaire latine permet de bien cerner le sens de ces mots : « Regnum meum non est de hoc mundo. » La préposition de + ablatif signifie une origine, une provenance et non un champ d’application. Sinon le Christ aurait dit : « super hunc mundum. » La préposition super+ accusatif désignant le domaine sur lequel s’appliquerait son règne.

Le vicaire général du Cardinal Pie écrivait : « Quand, instruits par Dieu même, nous prions chaque jour pour que “son règne arrive”, nous ne rêvons pas une chimère, et ne demandons pas un bien qu’il faille renoncer d’avance à voir jamais sur la terre autant qu’il y peut être. »

Simplement, le Christ n’est pas révolutionnaire. Il ne supplante pas les pouvoirs qu’Il a Lui- même établis car Il attenterait ainsi à sa propre autorité : « Tu n’aurais aucun pouvoir sur moi s’il ne t’avait été donné d’en haut. » Ce que traduit si bien la liturgie de l’Epiphanie : « Il ne ravit point les diadèmes éphémères celui qui distribue les couronnes célestes. »

Cette idée est battue en brèche de nos jours pour deux motifs : l’individualisme et le laïcisme.

La première erreur proclame le primat de l’individu « tout parfait et solitaire », sur la société qui n’est plus qu’un accident de l’histoire humaine. Il suffirait alors que le Christ règne dans les cœurs des individus.

Le matérialisme quand à lui, nie tout ce qui n’est pas tangible, quantifiable, mesurable. Ainsi l’homme n’est plus qu’un animal sans âme spirituelle. La religion devient donc vaine. D’où le laïcisme, qui consiste à exclure la religion du domaine public comme irrationnelle car ne pouvant pas faire l’objet d’une science expérimentale.

Cependant, la société est naturelle à l’homme. Par conséquent, Jésus ne règne pas seulement sur les individus mais aussi sur la communauté. Pie XI rappelait : « il n’y a lieu de faire aucune différence entre les individus, les familles et les Etats ; car les hommes ne sont pas moins soumis à l’autorité du Christ dans leur vie collective que dans leur vie privée. Il est l’unique source du salut, des sociétés comme des individus. »

Par ailleurs, le Verbe s’est incarné et s’est révélé publiquement. Il n’est donc pas possible de Lui rendre un culte exclusivement intérieur : « Celui qui me reconnaîtra devant les hommes, le Fils de l’Homme le reconnaîtra devant le Père. »

Et le Cardinal Pie de conclure : « “Tout genou fléchisse, toute langue confesse”. N’établissez donc point d’exceptions là où Dieu n’a pas laissé place à l’exception. L’homme individuel et le chef de famille, le simple citoyen et l’homme public, les particuliers et les peuples, en un mot tous les éléments de ce monde terrestre doivent la soumission et l’hommage à Jésus Roi. »

 

>> à lire également : La royauté du Christ et la consécration des églises

Chanoine Arnaud Jaminet +

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