Colloque du CIEL : l’orientation de l’autel a-t-elle une signification théologique et liturgique ?

Publié le 24 Fév 2023
CIEL

Le Centre international d’études liturgiques (CIEL) a tenu son dernier colloque lundi 20 février dernier à Rome sur le thème de « L’autel et son orientation ». Près d’une dizaine d’intervenants se sont succédé au micro d’une des salles de conférences de l’Institut Maria Santissima Bambina, heureusement placé à deux pas de la place Saint-Pierre.

Dirigé aujourd’hui par le Professeur Rubén Peretó Rivas, de l’université national de Cuyo (Argentine), le Centre international d’études liturgiques entend œuvrer sur le plan intellectuel et universitaire pour mettre toujours plus en évidence la richesse de la tradition liturgique latine et la manière dont elle s’est harmonieusement développée au long des siècles.

professeur Rubén Peretó Rivas 2 scaled CIEL

À ce titre, la question de l’orientation de l’autel illustre parfaitement le sens des travaux du CIEL. Pour beaucoup de catholiques, la célébration de la messe face au peuple (versus populum) apparaît comme l’un des plus grands symboles de la réforme liturgique de 1969 et des habitudes liturgiques qui en ont découlé.

Le dernier intervenant du colloque, l’abbé Claude Barthe (Paris), membre du conseil scientifique du CIEL, a montré lors de son intervention (« L’histoire du versus populum depuis les années 20-30 du XXe siècle ») qu’en fait la réforme liturgique de 1969 n’a pas eu à traiter explicitement cette question puisque la célébration face au peuple était déjà largement pratiquée et qu’elle s’était imposée entre 1958 et 1964.

Sous quel prétexte ? Dans le but principalement d’imiter la messe papale célébrée à Saint-Pierre de Rome et dans les principales basiliques romaines. La messe du Pape était en effet une messe célébrée face au peuple, en raison de l’orientation des édifices et d’un privilège papal. L’abbé Barthe a toutefois précisé à son auditoire que cette célébration ressemblait assez peu à ce que nous connaissons aujourd’hui, en raison de la présence de sept grands chandeliers qui masquaient au regard des fidèles le célébrant et toute l’action liturgique qui se déployait entre le trône pontifical et l’autel.

Mais bien avant d’entrer dans ce type d’études portant sur un sujet spécifique, la journée a commencé par une intervention de Christian Marquant (Paris), président de l’association Oremus, rappelant la genèse du CIEL et son développement pendant plusieurs années, lequel fut marqué par la publication de onze volumes des Actes qui se sont déroulés entre 1995 et 2006. De son côté, le professeur Rubén Peretó Rivas a rappelé l’objectif principal de cet organisme international : « encourager et faciliter l’étude scientifique de la liturgie par des spécialistes afin de générer un savoir savant et académique qui, à l’heure actuelle, est essentiel. »

Le premier intervenant traitant le thème du colloque fut le père Roberto Spataro, (Pontificia Università Salesiana, Rome) sur « L’enseignement des Pères de l’Église sur les autels » (Quae docuerint Patres Ecclesiae de altaribus). Une intervention qui a profondément marqué les participants en raison de la qualité de l’orateur, de la richesse de son intervention mais aussi parce que celle-ci fut donnée dans un latin précis, vivant, l’orateur n’hésitant pas à sortir de son texte pour apporter des précisions quand il le jugeait nécessaire. Il a notamment insisté sur le fait que « si la doctrine des autels est mal comprise, tout l’édifice liturgique s’effondre, et les rubriques ne suffisent pas pour accomplir les mystères sacrés ».

Membre de l’Université Complutense de Madrid, Angel Pazos López a porté son intervention sur « La construction visuelle de l’autel chrétien à la fin du Moyen Âge occidental » en appuyant son propos sur des reproductions des Cantigas de Santa Maria, conservés à la bibliothèque du monastère royal de l’Escorial et sur des enluminures extraites de missels du Moyen Âge, offrant tous nombre de détails « sur la disposition, la fabrication, la forme et la fonction des autels médiévaux. »

Puis le Professeur Rubén Peretó Rivas a pris à nouveau la parole pour présenter le volume intitulé Le Ciel sur la terre qui constitue le premier recueil d’études publié dans les Actes des colloques du CIEL (216 pages, 25 €). Il a également évoqué les dernières recherches en matière liturgiques en insistant particulièrement sur le récent livre du Père Michael Lang (Londres), The Roman Mass : from early Christian origins to tridentine reform. Puis le professeur Stefan Heid a présenté son livre Altar und Kirche (L’autel et l’Église). Il faut citer également l’excellente intervention du professeur Marc Levatois (Paris), agrégé de géographie, sur le thème de « L’orientation de l’autel dans la construction symbolique de l’espace ».

Réunissant une cinquantaine de personnes, clercs et laïcs, de toutes nationalités, ce colloque scientifique de haut niveau a été honoré par la présence de deux cardinaux en la personne du cardinal Robert Sarah, préfet émérite de la Congrégation du Culte divin et du cardinal Raymond Burke qui a donné une courte intervention pour encourager la reprise des travaux du CIEL.

Cardinal Burke scaled CIEL
Cardinal Sarah et Marc Levatois scaled CIEL

Comme dans toute réunion de ce genre, ce colloque a donné lieu à des échanges entre les participants au moment des pauses ou du déjeuner pris en commun. Un sujet a traversé les discussions : celui du texte romain annoncé pour restreindre encore davantage la célébration de la messe traditionnelle. Hasard du calendrier, il devait paraître le lendemain sous la forme d’un rescrit. Les Actes de ce colloque rappelleront certainement à leur manière l’aide que la science liturgique peut apporter à une juste évaluation des choses afin d’éviter de tomber dans le seul domaine de la discipline déconnectée de toute finalité supérieure.

 

Se procurer le livre de M. Levatois

 

A lire également : Traditionis Custodes : Rome renforce son contrôle

Pierre Benoît

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