Élections municipales et créatures inférieures : l’égalitarisme en question

Publié le 18 Mar 2026
inférieur création créature dieu

La Création du Monde, par Johann Melchior Bocksberger, c. 1535.

> Éditorial du chanoine Pol Lecerf, icrsp (n° 1851)

 

En cette période d’élections municipales, le Parti animaliste se présente dans 68 communes françaises. Son but ? Faire progresser la « cause animale », au nom de la lutte contre le « spécisme ». Selon Peter Singer, puisque « le principe fondamental d’égalité […] exige l’égalité de considération » (1), la situation actuelle des animaux est gravement injuste, et l’élevage industriel n’est qu’un génocide à grande échelle.

L’égalité n’est pas la justice

On peut dire que la « lutte contre les inégalités », que notre époque regarde comme une si juste cause, a trouvé là un nouveau terrain d’action. En 2026, comme en 1789 ou en 1917, le même vieux rêve égalitaire se poursuit, et, bien qu’il s’en défende, il confond la justice avec l’égalité. Entre ces deux notions, il y a pourtant plus qu’une nuance !

La justice est la vertu qui nous fait « rendre à chacun ce qui lui est dû » (saint Thomas d’Aquin) ; l’égalité, en revanche, ne désigne qu’un rapport mathématique, au mieux une équivalence qualitative – comme une goutte d’eau est « égale » à une autre goutte d’eau. Bien sûr, la justice rend au prochain à égalité ce à quoi il a droit. Mais qui a dit que les droits étaient égaux pour tous ? Au-delà des grandes déclarations, qu’en est-il réellement ?

Il faudrait d’abord se demander d’où viennent nos droits, ces précieux droits, auxquels nous tenons tant… En fait, ils ne peuvent venir que de ce que nous sommes. Un lièvre, parce qu’il est un animal, n’a pas les mêmes droits qu’un homme. Même en France, même en 2026, tuer un lièvre ne constitue pas (encore ?) un meurtre. Car les droits, même sanctionnés par le législateur, sont normalement fondés sur le réel, c’est-à-dire sur l’être.

Des droits fondés sur l’être

L’être vient de Dieu : c’est le dogme de la Création. Si quelque chose nous est dû, ce n’est jamais qu’en raison de cette générosité divine, à laquelle nous devons tout. Comme le résume saint Paul : « Qu’as-tu que tu n’aies reçu ? » (1 Co 4, 7). Dieu est maître de ses dons, et il n’a pas voulu d’une monotonie uniforme, d’un nivellement égalitaire. Notre univers, si vaste et si beau, est tout au contraire une immense hiérarchie. Chaque être est unique ; unique aussi est sa place dans cet ordre divin.

L’homme n’est donc pas simplement un animal « plus évolué » que les autres ; n’en déplaise aux matérialistes de tout poil. Entre lui et les animaux sans raison, il existe une différence non de degré, mais de nature. Il n’y a aucun orgueil et aucun mépris à appeler les animaux créatures « inférieures ». Doué d’une âme spirituelle, appelé à voir Dieu dans l’éternité, l’homme a reçu de lui l’ordre de « soumettre » la terre et de la dominer (cf. Gn 1, 26-28). La soumettre ne revient ni à l’abîmer ni à la détruire mais à l’ordonner pour la rapporter à Dieu : « Tout est à vous, vous êtes au Christ, et le Christ est à Dieu » (1 Co 3, 22-23).

L’univers est une immense hiérarchie

Face à un égalitarisme qui fait abstraction du réel, répétons-le : l’univers est une immense hiérarchie, et cela est bon. Cette réalité se vérifie dans les sociétés humaines : partout il y a des chefs, des « supérieurs ». Bien qu’ayant en commun la même humanité, nous ne sommes pas égaux. Les compétitions sportives se chargeraient de nous le rappeler, s’il en était besoin !

Et il est bon que ces inégalités (qui ne sont pas des injustices) concourent hiérarchiquement au bien commun. Cela se vérifie aussi dans la famille : là aussi il y a ordre, là aussi il y a hiérarchie. Et, là encore, rien d’injuste ! « Toute famille est une société, et toute société bien ordonnée réclame un chef » (2). Ce chef, c’est le père, comme l’enseigne Pie XII après saint Paul (Ep 5, 22–25). Et, n’en déplaise aux égalitaristes forcenés, cela est bon.

Ajoutons que, même au Ciel, il n’y a pas d’égalité. Saint Thomas explique que chacun aura son rang, « comme une étoile diffère d’une autre étoile selon la clarté » (cf. 1 Co 15, 41). Celui-ci sera fonction du degré de charité, et non du rang visible sur la terre : mieux vaudra avoir été un pieux soldat qu’un général peu fervent ; et on peut observer que Notre-Dame, « Reine de tous les saints », a obéi sur la terre au bon saint Joseph. Il y a bien hiérarchie, même au Paradis.

La « lutte contre les inégalités » est-elle donc une mauvaise chose ? Oui, dès qu’elle nie le réel, dès qu’elle refuse cet ordre créé, voulu de Dieu, et qui fait la beauté du monde. Le chrétien n’a pas peur des inégalités : « soyons ce que nous sommes, écrivait saint François de Sales, et soyons-le bien, pour faire honneur au Maître ouvrier dont nous sommes l’ouvrage. »

 


1. Peter Singer, La Libération animale, Payot et Rivages, p. 67.

2. Pie XII, Allocution aux jeunes mariés, du 10 septembre 1941.

 

>> à lire également : DOSSIER | Compagnie du Saint-Sacrement (1/3) | Sociétés secrètes : quelle légitimité ?

 

Chanoine Pol Lecerf, icrsp

Ce contenu pourrait vous intéresser

À la uneÉditorial

Notre quinzaine : L’heure des saints vient toujours

Un seul juste est-il sauvé ? Les saints et les anges s’en réjouissent. Tâchons d’en faire autant, en nourrissant ainsi notre espérance. Dans la nuit de Pâques, 21 386 catéchumènes (adultes et adolescents) ont reçu la grâce du baptême. Pâques est la seule vraie nouvelle qui compte.

+

pâques saints
ÉditorialCarême

Pâques : quelle fut l’intention du Sauveur ?

Éditorial du chanoine Alexis d'Abbadie | Jésus, dans sa Résurrection, a rejeté tout triomphalisme. Quelle fut l’intention du Sauveur alors ? Certainement un enseignement profond qui est que le mystère de sa Résurrection doit avant tout se trouver et se vivre dans la profondeur de notre âme. D’où le fait que l’introït du jour de Pâques soit un chant humble, méditatif, rappelant presque le ton du carême.

+

pâques ressuscité
Éditorial

Notre quinzaine : La dernière bataille ?

Éditorial de Philippe Maxence | En 1956, paraît à Londres le dernier tome des Chroniques de Narnia de C.S. Lewis, sous le titre La Dernière Bataille. Derrière ce titre se trouve une raison quasiment théologique : la dernière bataille qui s’ensuivra est l’ultime affrontement entre les armées du Bien et celle du Mal. Sommes-nous entrés dans cette dernière phase ?

+

dernière bataille
ÉditorialCarême

Petit éloge du carême dans un monde augmenté

Éditorial du chanoine Laurent Jestin | Faire un bon carême ! Qu'est-ce à dire ? Parce que la discipline commune a changé depuis quelques décennies et que la coutume, dans nos pays occidentaux, n'en a pas gardé une trace vive, les bons carêmes sont aujourd'hui divers dans leur visée, comme dans leurs moyens.

+

parcours de carême
Éditorial

Notre quinzaine : Mourir peut attendre…

Éditorial de Philippe Maxence du n° 1848 | En réaffirmant l’interdit de tuer, le Sénat a montré l’absence de consensus face à ces sujets. L’opinion est la clef de voûte du système et l’enjeu à conquérir. Elle est à capter parce qu’elle est comprise comme étant en elle-même l’organe d’expression du bien et du mal, du vrai et du faux.

+

mourir opinion