> L’Éditorial de Philippe Maxence (n° 1853)
Peut-on – vraiment – encore écrire après Pâques ? La question paraîtra étonnante et peut-être même rhétorique. On aurait tort de le penser. Face à la Résurrection du Christ, les mots perdent de leur attrait et tout discours semble vain. Il faut que nous soyons étonnamment habitués au calendrier liturgique pour ne pas rester comme saisis par l’aspect insondable de ce mystère unique, commémoré chaque année au point d’être devenu une habitude.
La seule nouvelle qui compte
La fête de la Résurrection du Christ n’est pourtant pas seulement un fait passé, attesté par les Écritures et qui a mis en branle l’extraordinaire épopée des apôtres, des saints et des martyrs. À Pâques, l’Histoire des hommes s’est emplie de l’éternité. Mort sur la Croix, le Christ est vivant et c’est désormais la seule nouvelle qui compte.
Les athées le contestent, les incroyants en doutent, les beaux esprits se moquent, les autres religions s’en agacent. Qu’importe ! C’est une folie ? Oui, et saint Paul n’a pas manqué de nous prévenir, de sa voix forte qui traverse elle aussi les siècles, pour proclamer que, si le Christ n’était pas ressuscité, alors notre foi serait vaine.
Dès le jour même de la Résurrection, ils n’ont d’ailleurs pas manqué ceux qui voulaient absolument que ce fait extraordinaire n’ait pas eu lieu. Déjà, après celle de Lazare, ils avaient voulu mettre à mort ce dernier. Ce témoin incroyable dérangeait. Pour le Christ, ils ont payé les gardes placés à l’entrée du tombeau pour s’assurer qu’on ne vole pas son corps. Des gardes pour un mort ! Dans son commentaire du psaume 63, saint Augustin se gausse et se moque de leurs manœuvres : « Ce sont des témoins endormis que tu présentes ; vraiment tu t’es endormi toi-même, toi qui avec de telles machinations en es arrivé à cette défaite. »
Redisons-le : Pâques est la seule vraie nouvelle qui compte. On peut le percevoir ou non, le nier ou pas. Le fait est là et il a non seulement transformé l’histoire de l’humanité mais il a bousculé l’univers entier et, espérons-le, jusqu’au plus intime de nous-même. Au fond, si nous parlons du reste, c’est qu’il faut bien vivre. Disons mieux : nous parlerons certes du reste des événements, mais à la lumière, unique, de cet événement unique.
Une joie surnaturelle
Le reste, mais quel reste ? La guerre en Iran ? La hausse du coût du pétrole ? Les gesticulations de nos politiques, entre grand théâtre démocratique, provocations et communication en forme de faire-valoir ? Nous regarderons le journal de 20 heures ou scruterons les réseaux sociaux. Tout y sentira la vieillesse du monde.
Restons-en, plutôt, à l’essentiel. Dans la nuit de Pâques, 21 386 catéchumènes (adultes et adolescents) ont reçu la grâce du baptême. L’eau a coulé sur leur front, le signe de la croix a été tracé, ils ont été régénérés. Leur nombre étonne et réjouit. Même la presse profane s’est plu à rapporter les chiffres et à essayer de les commenter. Déjà l’an dernier, un record avait été battu. Il l’est à nouveau cette année, dans la durée, puisque, en dix ans, les adultes baptisés sont passés de 4 124 à 13 234. Cette continuité dans le temps surprend également.
Les réalistes parmi nous préviennent. Il faut modérer notre enthousiasme. Le nombre de catéchumènes s’accroît mais la pratique s’est effondrée depuis des années. Les baptêmes d’enfants ne cessent de connaître une courbe inverse. Autant de réalités à prendre en compte. D’ailleurs, certains catéchumènes ne persévèrent pas.
Certes, mais la joie chrétienne ne suit pas le cours de la Bourse. Elle ne varie pas en fonction des chiffres qui s’alignent, des courbes qui montent ou qui descendent ou des lignes de graphiques. Un seul juste est-il sauvé ? Les saints et les anges s’en réjouissent. Tâchons d’en faire autant, en nourrissant ainsi notre espérance, non dans une excitation toute sensible, mais dans une véritable veine surnaturelle.
La sainteté ou la servitude
Dans une conférence donnée un an avant sa mort, Georges Bernanos s’est chargé de nous rappeler ce qui maintient le monde en équilibre, l’empêchant de vaciller, malgré les mille visages que sait prendre le péché pour mieux tenter de renverser l’ordre de la Création.
« C’est la sainteté, écrivait-il, ce sont les saints qui maintiennent cette vie intérieure sans laquelle l’humanité se dégradera jusqu’à périr. C’est dans sa propre vie intérieure en effet que l’homme trouve les ressources nécessaires pour échapper à la barbarie ou à un danger pire que la barbarie, la servitude bestiale de la fourmilière totalitaire. Oh ! sans doute, on pourrait croire que ce n’est plus l’heure des saints, que l’heure des saints est passée. Mais comme je l’écrivais jadis, l’heure des saints vient toujours. »
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