Il est urgent de clarifier la place de l’islam en France

Publié le 12 Jan 2016
Il est urgent de clarifier la place de l’islam en France L'Homme Nouveau

Annie Laurent a fondé l’association « CLARIFIER » qui permet d’appréhender avec clarté l’islam dans tous ses aspects. Sa présentation offre l‘occasion d’une analyse lucide et informée de la situation générée par les attentats qui ont endeuillé Paris en novembre dernier et des solutions envisageables.

Quelle est votre analyse sur la situation de l’islam en France et en Europe après les attentats de l’année 2015 ?

Pour moi, ces agressions sont le signe évident de la faillite de la France et de l’Europe en ce qui concerne l’intégration des musulmans. En se réislamisant, en s’organisant sur le mode communautariste, en multipliant les revendications confessionnelles, les musulmans expriment leur refus de s’assimiler.

Le plus terrible à mes yeux c’est que nos élites, par leur aveuglement idéologique, ont favorisé cette évolution dangereuse qui menace la cohésion nationale et la paix civile. La déchristianisation et le développement de l’indifférentisme religieux ont aussi leur part dans ce processus délétère qui conduit tant de nos jeunes compatriotes, y compris des baptisés, à se faire musulmans et même à s’enrôler dans le djihad. Il faut le reconnaître et l’Église en France doit en tirer les conséquences. Pour répondre précisément à votre question, l’islam est en France mais il n’est pas de France et c’est pareil pour le reste de l’Europe.

Quelle réponse devons-nous apporter politiquement à cette violence et à la guerre engagée par l’État islamique ?

Je pense tout d’abord que nos dirigeants doivent opérer des révisions en profondeur dans les rapports de notre pays avec le monde musulman, car ces rapports sont trop marqués du sceau de l’hypocrisie, de l’injustice, de l’incohérence et de la soumission.

Les révisions géopolitiques qui s’imposent exigent du courage et de l’humilité. Tel est le prix à payer pour retrouver des relations saines avec les États et les peuples musulmans et pour obtenir leur respect. Ces changements pourraient rejaillir positivement sur l’attitude de nos compatriotes musulmans envers les pays européens qui les ont généreusement accueillis. Il s’agit là d’un combat de longue haleine mais sans ces révisions l’action militaire ne suffira pas pour gagner la guerre que nous livrent les djihadistes, en Syrie et ici.

La laïcité à la française vous semble-t-elle en mesure de répondre aux défis posés par la présence de l’islam en Europe ?

Absolument pas ! D’abord parce que l’islam ne distingue pas le temporel et le spirituel, ensuite parce que notre laïcité s’est transformée en un laïcisme qui rejette Dieu de l’espace public et bafoue la loi naturelle par des législations iniques. La laïcité à la française nous fragilise donc aux yeux des musulmans qui s’empressent de proposer leur propre modèle, même si celui-ci est loin d’atteindre l’idéal enseigné par l’Évangile et la doctrine sociale de l’Église.

La tendance de bien des ecclésiastiques semble être de considérer l’islam à partir de critères chrétiens. N’est-ce pas la cause de graves erreurs ?

Certainement ! On ignore que des noms et des mots identiques aussi importants qu’Abraham, Révélation et paix n’ont pas le même sens dans le christianisme et dans l’islam. On considère trop souvent toute religion comme authentiquement révélée par Dieu mais selon des modalités différentes. Dieu s’adapterait ainsi à la variété des contextes culturels de l’humanité. Mais si l’on adopte cette approche on n’est plus dans la vérité. Enfin, on croit que l’islam fonctionne selon les mêmes principes que le christianisme, ce qui est faux. L’équivoque se retrouve aussi bien au sein de l’Église que dans le monde profane.

N’y a-t-il pas urgence à se former à ce sujet ?

Oui, même s’il ne s’agit pas pour chacun de devenir un savant en islamologie, il convient d’acquérir une connaissance minimum des principes de l’islam qui se présente comme un tout, englobant une doctrine religieuse et des règles socio-politiques.

De sa conception du Dieu Un et seulement Un découle une anthropologie bien différente de l’anthropologie chrétienne. Cette réalité, essentielle, est trop méconnue. C’est d’ailleurs pourquoi j’ai publié un tout petit essai sur la question (1). Saisir ces réalités constitue la voie obligée pour adopter des postures réfléchies et raisonnables, et ne pas céder à l’emprise de l’émotion et de la passion.

À cet égard, que propose votre association au titre révélateur ?

L’association « CLARIFIER », que j’ai fondée avec quelques amis, a pour objectif d’apporter des éléments de clarté sur tous les aspects constitutifs de l’islam : doctrine, anthropologie, histoire, politique, société, famille, droit, etc. Il s’agit avant tout d’une proposition pédagogique, indispensable à l’heure où se développent tant de confusions. Nous tenons aussi à éviter toute approche polémique afin de respecter les musulmans en tant que personnes. Tout cela est illustré par notre devise, empruntée à saint Paul : « La charité met sa joie dans la vérité » (1 Co, 13, 6). Notre démarche s’inscrit dans l’héritage chrétien qui a façonné notre civilisation.

Concrètement, nous avons un site Internet (2) et nous éditons un périodique, la Petite Feuille verte (PFV), qui est envoyée par courrier électronique. Pour la recevoir, il suffit de s’inscrire à l’adresse suivante : contact@associationclarifier.fr

Par ailleurs, nous nous tenons à la disposition de ceux qui le désirent pour donner des sessions de formation, des conférences, des consultations. Cela s’adresse aux élus locaux, aux chefs d’entreprise, aux journalistes, aux professionnels de différents secteurs, aux paroisses et aux établissements ­d’enseignement catholique, etc.

1. Annie Laurent, L’islam peut-il rendre l’homme heureux ?, Artège, 80 p., 6,90 €.
2. www.associationclarifier.fr On peut aussi devenir adhérent de « CLARIFIER » ou faire un don à l’association dont voici l’adresse postale : Galaxy 103, 6 bis, rue de la Paroisse, 78000 Versailles.

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