La portée politique du sacrifice d’Arnaud Beltrame

Publié le 26 Mar 2018
La portée politique du sacrifice d'Arnaud Beltrame L'Homme Nouveau

La France a subi une nouvelle fois un attentat terroriste, dont l’origine est très clairement lié à l’islam et à Daech. Des morts ont malheureusement jalonné cette nouvelle station du chemin de croix d’une France abasourdie par l’événement. 

Le sacrifice, consenti et volontaire, du lieutenant-colonel Arnaud Beltrame en est d’autant plus fort. Depuis ce drame, on sait le chemin de conversion réalisé par cet officier français, tel que l’a révélé le Père Jean-Baptiste de l’Abbaye de Lagrasse. À l’heure où l’Église entre de par sa liturgie dans la méditation de la Passion du Christ, de son libre et volontaire abandon aux forces ennemies afin de pouvoir accomplir, malgré celles-ci, son œuvre de Salut, le sacrifice d’Arnaud Beltrame montre combien le centurion peut suivre le Christ jusqu’au bout. Non pas vers une mort sans raison, mais une mort par amour et assurée de la Résurrection finale. 

Les vertus militaires

Si, bien sûr, le sacrifice du lieutenant-colonel Beltrame est le fruit de son courage, de son idéal d’officier, de sa conversion et de sa capacité de jugement lors de circonstances terribles, il est aussi le fruit plus globalement des vertus militaires issues d’un monde que l’on qualifie facilement d’ancien et de dépassé, mais qui permet à celui dans lequel nous sommes plongés de survivre lors des secousses et des catastrophes. 

On répugne bien évidemment à le dire, mais le dégout est encore plus grand de le taire : la France apostate, infidèle à sa vocation, oublieuse de son passé, de ses racines et de sa foi, survit aujourd’hui encore grâce à ceux qui n’hésitent pas à faire le don d’eux-mêmes pour que nos modernes Sodome et Gomore ne soient pas ensevelies. Prêtres, moines et moniales, ermites, officiers, soldats et tous ceux qui, d’une manière ou d’une autre, répondant à l’appel de Dieu sur eux, n’arrêtent pas leur vie à l’horizon d’une feuille de salaire et des points de retraite. Chesterton l’avait déjà expliqué magnifiquement dans L’Homme éternel : 

« Les plans de l’économiste sont, à chaque instant remis en question par le soldat qui meurt pour son pays, par le paysan qui laboure son champ, par le converti qui s’exerce à suivre les préceptes de sa religion, ce qui ne relève pas d’une compatibilité des moyens de subsister, mais d’une vision du sens de l’existence ».

Il faut donc poser la question : les plans de l’économiste et les plans du politicien seront-ils remis en question par les derniers événements et par l’exemple du lieutenant-colonel Beltrame ? 

Le plan de l’économiste…

Au risque de contredire Chesterton, tout laisse à penser que les temps ne sont pas encore mûrs. Au-delà des personnes, qui sont toujours susceptibles de se convertir ou de modifier, au moins en partie, le cours de leur itinéraire, nous devons malheureusement constater la lourdeur d’un système idéologique qui repose sur des présupposés philosophiques qu’il conviendrait de remettre radicalement en cause pour sortir de notre situation. 

À plusieurs reprises, les différents gouvernants de ces dernières années ont déclaré que la France était en guerre contre le terrorisme, première façon d’esquiver la réalité du problème et de ne pas désigner l’ennemi : l’islam qui fait la guerre à notre pays et à notre civilisation. Tout pays en guerre se doit d’éviter les morts inutiles et concentrer ses forces dans la lutte contre l’ennemi. Un pays en guerre ne peut normalement pas s’offrir le luxe de grèves dans les transports publics ou de dysfonctionnement dans le service public. Un pays en guerre ne peut accepter que des universités ne fonctionnent plus et que des enclaves dans le pays continuent de vivre en dehors de la perspective du bien commun. 

Retrouver le vrai sens de la politique

Mais le système dans lequel nous sommes plongés repose malheureusement sur une conception erronée de la politique, qui n’est plus entendue comme la plus haute des sciences pratiques, dont l’exercice doit assurer la justice et le bien commun et conduire à l’amitié politique. Tout au contraire, perçue comme étant par essence négative, la politique n’est là que pour limiter les débordements des libertés en action. La vertu, le bien, la justice, l’amitié n’appartiennent plus à son horizon. Seule reste une vision pessimiste qui fait de l’autorité politique un mal nécessaire, mais un mal, alors que saint Thomas d’Aquin réaffirme sa bonté en soi, utile à l’homme. 

L’individualisme, qui n’est pas sorti comme par fatalité de Mai 1968, mais dont les racines remontent aux origines même de la modernité politique, est le seul absolu qui tienne aujourd’hui. Il impose par un réflexe mental que l’on ne désigne pas clairement l’ennemi, qui toujours ne peut être qu’un individu isolé, mu par la folie. Il impose l’impossibilité de mener une guerre avec les vrais moyens de la guerre. Il impose de la même façon la disparition de la famille comme cellule de base de la société et son remplacement par l’individu. Il impose l’impossibilité pour l’autorité politique de conduire le pays vers la voie de l’effort et du sacrifice parce que la démocratie moderne a substitué à la primauté du bien commun celle de l’individu. Il impose aussi hélas que l’on célèbre les individus morts ou qui se sont sacrifiés, sans remonter à la cause de leur sacrifice. 

Si nous voulons que le sacrifice des morts ne soit pas vain, nous devons remonter à l’origine de leur courage. Retrouver le sens ancien des vertus, se réconcilier avec le sens traditionnel de la politique, en vue du bien commun et de l’amitié politique, embrasser à nouveau la foi qui a construit ce pays, rompre avec la modernité politique et cette « dissociété » dans laquelle nous sommes plongés. C’est un long travail, un effort constant à mener, une œuvre à entreprendre, une foi à retrouver. Il exige tout à la fois de prier pour le repos éternel des morts et de s’inscrire dans la continuité de leur sacrifice. 

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