La « race » n’a plus droit de cité

Publié le 14 Juil 2018
La « race » n’a plus droit de cité L'Homme Nouveau

Les représentants du peuple français, délaissant pour un temps quelques problèmes secondaires (violence, chômage, pauvreté, vampirisation fiscale), viennent de s’atteler à un problème majeur en votant la suppression du mot « race » de l’article 1er de la Constitution. Jusqu’ici, ce texte obscurantiste énonçait – et énonce encore hélas, pour quelque temps qu’il faut bien souffrir – que « la France (…) assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion ». Désormais, il faudra lire cet article 1er ainsi : « la France (…) assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction de sexe, d’origine ou de religion ». 

On peut cependant s’étonner de la nécessité et du sens de cette suppression. La formulation antérieure comme la formulation nouvelle, affirment que la France assure l’égalité de tous devant la loi. « égalité de tous » : cela signifie qu’aucun caractère particulier, quel qu’il soit, ne permet d’établir entre les citoyens une hiérarchie et une différence de traitement devant la loi. L’universalité du principe suffit à énoncer que l’on n’a pas à subir une inégalité parce qu’on est blond, bègue, noir, blanc, riche ou pauvre, qu’on aime la morue ou pas, qu’on est catholique ou adorateur du cobra, athée ou cosmonaute. 

Étant sauve la question de son urgence relative, la suppression du mot « race », sous ce rapport, n’est pas sans une certaine logique. Il est de fait inutile. Cependant, si les nobles représentants du peuple ont voulu le supprimer, ce n’est pas à cause de son caractère superfétatoire, mais par souci d’antiracisme. Où l’on voit que l’obsession pour le mot « race » est d’une stupidité digne de notre temps. Car à le supprimer on efface ce qui, dans la formulation ancienne, accentuait précisément l’impossibilité d’établir une inégalité à cause de la race de quelqu’un. En d’autres termes, la formulation antérieure était, à tout prendre, n’en déplaise à nos politiciens, plus antiraciste que la nouvelle. 

Mais la bêtise, c’est comme les trains ; elle est toujours susceptible d’en cacher une autre. Si le mot « race » doit disparaître, c’est parce que de grands esprits, à commencer par M. Valls, considèrent que les races n’existent pas. Le mot ne doit donc pas disparaître parce qu’il est inutile mais parce qu’il est en quelque sorte discriminatoire. Il introduit du racisme dans la Constitution. Ce qui est un comble, alors que la présence du mot dans l’article 1er ancien justifiait, précisément, son illégalité. 

Mais gare, si j’ose dire ! ce n’est pas le dernier train de bêtise que nous ayons à observer. Si le mot « race », dans la constitution, a un caractère discriminatoire, parce qu’il introduit supposément une différence dans notre belle humanité, qui ne devrait pas en comporter, quel haut génie a décidé d’y introduire celui de « sexe », en ce temps où, selon l’idéologie dominante, la différence de sexe n’est supposée être que culturelle ? Il faudrait logiquement raisonner pour le « sexe » comme pour la « race ». Si le mot « race » a une connotation raciste, alors le mot « sexe » a une connotation sexiste. Il est difficile de croire que la chose ait pu échapper à l’intelligence pourtant notoire de Mme Schiappa. 

De surcroît – comble d’indignation ! – le texte indique que « la France (…) assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction de sexe (…). » Qu’est-ce à dire ? Si mes convictions gendristes ne me trahissent pas, l’usage de ce masculin pluriel paraît bien signifier que seuls les mâles ont un sexe. Mais alors, quels sont les différences sexuelles qui les distinguent ? N’y aurait pas là, mine de rien, quelque suggestion homophobe ? Mais, surtout, qu’en est-il des citoyennes ? Le texte nouveau, par l’usage de ce masculin bien mal venu, introduit une évidente, une insupportable discrimination dans la Constitution républicaine. Comment cela a-t-il pu, là encore, échapper à la vigilance de Mme Schiappa ? 

Fort heureusement, comme dans l’histoire du bonhomme à qui on annonce à l’hôpital qu’on lui a coupé par erreur sa jambe saine mais que sa jambe malade va beaucoup mieux, il y a dans tout cela du mal et du bien. En attendant la refonte de tous les dictionnaires pour y supprimer le mot maudit et qu’une loi interdise à quiconque de le prononcer, la suppression démiurgique de la « race » par les législateurs rend sans raison d’être le racisme. On ne voit pas comment celui-ci, en effet, pourrait subsister si son objet n’existe pas lui-même. Les politiciens ont beau se récrier que « l’arsenal répressif » (éloquente expression guerrière), de lutte contre le racisme demeure, la logique idéologique en fait une coquille vide. Haute époque, où la magie du verbe démocratique efface les péchés du monde. De surcroît, si le racisme n’existe plus, alors il faut s’y résoudre une bonne fois pour toutes : tous les chantres de l’antiracisme doivent se mettre au vert. Merci Messieurs les députés et Mesdames les députesses, un souffle de brise printanière se lève enfin sur ce pays grâce à vous.

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