> Carte blanche à Judith Cabaud
Le 1er novembre, l’Église catholique célèbre la fête de tous les saints – connus ou inconnus. Par extension, le lendemain, le 2, on commémore tous les fidèles défunts. Pour l’Église, la liturgie s’ouvre sur les béatitudes prononcées par Notre-Seigneur, décrivant avec bonheur la vie future ; pour l’incroyant, en dehors d’honorer la mémoire des morts, la réflexion sur la fin de l’existence reste indéfinie. On cherche toujours à expliquer la nature de cette mort charnelle des créatures vivantes. Les chrétiens la font remonter aux conséquences du péché originel : un refus d’obéissance à Dieu et à ses lois, donc un renversement des lois de l’univers. Dans l’Évangile, la mort n’est pas une fin absolue, mais une promesse de vie et de résurrection. Le Christ sauveur, par son sacrifice sur la Croix, nous ouvre la voie. Pour l’Église, foi et raison s’accordent. Dès l’Ancien Testament, Job, éprouvé dans sa foi, reste inébranlable : en s’adressant à Dieu, il dit : « Je sais, tu me mènes à la mort, au rendez-vous de tous les vivants » (Jb 30, 23). Le philosophe Spinoza pense que la sagesse d’un homme libre est une méditation non de la mort mais de la vie. Pour Victor Hugo, « Les morts sont invisibles, mais ils ne sont pas absents. » Au cours des siècles, les penseurs, les philosophes et les écrivains de toute origine reconnaissent dans la mort l’avènement du moment imprévisible où le corps et l’âme se séparent. Ce corps inanimé n’est plus la personne aimée, car son âme est la sève spirituelle qui permet à l’être humain de manifester les aspects immatériels de sa vie – son esprit, son intelligence, sa volonté. Selon saint Thomas d’Aquin, si l’âme et le corps sont liés dans la vie, dans la mort, le corps disparaît et l’âme continue d’exister.
Les morts spirituels
« Suis-moi, et laisse les morts enterrer leurs morts », dit Jésus (Mt 8, 22). Qui sont-ils donc ces morts ? Ils sont ceux que l’on voit chaque jour, partout – ceux qui ne veulent pas suivre l’appel de Dieu, les habitués du divertissement pascalien, les amoureux du néant, les gens attachés aux apparences. Les morts spirituels qui enterrent les morts sont ceux qui ne vivent pas de la foi, qui n’entendent pas l’esprit des lois, qui ne pratiquent que les rituels, les traditions ou les habitudes du passé sans référence à…







