Le Cénacle : une discrète institution

Publié le 06 Avr 2023
cénacle

Les états recherchent toujours une grande pompe pour accompagner leurs actions. L’ordre temporel exige de la solennité pour manifester le pouvoir et la puissance. Mais quand le Dieu incarné institue le Saint Sacrifice de la Messe dans le Cénacle, Il le fait dans une pièce sobre dégagée des fastes terrestres. Un décalage à méditer.

 

Lorsque le chevalier croisé donne à discerner l’authentique Saint Graal à l’archéologue Elsa Schneider au service des nazis, celle-ci choisit le vase le plus somptueux à son goût : elle en retirera la mort. Le professeur Jones, lui, reconnaît l’authentique calice dans une « coupe de charpentier ». Dans le troisième opus de la saga « Indiana Jones » intitulé « La Dernière Croisade » (1989), Stephen Spielberg touche du doigt une double vérité capitale : le Cénacle n’était pas la salle haute appartenant à un riche palais, le Dernier Repas du collège apostolique s’est tenu dans l’intimité d’une atmosphère sans apparat.

Dieu ne se révèle qu’aux humbles

L’archange Gabriel surprend la Vierge dans une modeste maison de Nazareth ; Jésus voit le jour dans une misérable étable de Bethléem et son père adoptif n’est qu’un pauvre charpentier ; dans son entrée triomphale à Jérusalem, Il préfère l’ânon au fier destrier ou au carrosse et s’Il s’offre au splendide Temple de Jérusalem, il consommera son Sacrifice au milieu des brigands acceptant pour lui le supplice le plus vil qui soit.

Du reste, Hérode Antipas n’a-t-il pas été stupéfait que Celui qu’il cherchait à voir depuis si longtemps et dont il avait tant entendu parler ne soit au final qu’un misérable manant en apparence ? Le monarque corrompu et dépravé, déjà assassin du Baptiste, était incapable de reconnaître le divin car l’orgueil et la cupidité aveuglent et seule l’humilité conduit à Dieu : de la Crèche à la Cène, la leçon n’a pas varié ! « Il a renversé les puissants de leur trône, et Il a élevé les humbles » chante l’Eglise dans le Magnificat.

Un office sérieux

Néanmoins, il serait erroné de croire que Notre Seigneur ait fait les choses au hasard, sans préparation ou sans science. L’évangile nous en rend compte :

« Vint le jour des Azymes, où devait être immolée la pâque, et Il envoya Pierre et Jean en disant :  » Allez nous préparer la pâque, que nous la mangions.  » Ils lui dirent :  » Où voulez-vous que nous préparions ?  » Il leur dit :  » Voici qu’en entrant dans la ville, vous rencontrerez un homme portant une cruche d’eau. Suivez-le dans la maison où il pénétrera, et vous direz au propriétaire de la maison : « Le Maître te fait dire : Où est la salle où je pourrai manger la pâque avec mes disciples ?  » Et celui-ci vous montrera, à l’étage, une grande pièce garnie de coussins ; faites-y les préparatifs.  » S’en étant donc allés, ils trouvèrent comme Il leur avait dit, et ils préparèrent la pâque » (Lc 22, 7- 13).

La Sainte Cène s’est déroulée dans le cadre du repas pascal prescrit par Moïse selon les rubriques édictées dans la loi juive et, parce que tous les rites de l’Ancien Testament étaient ordonnés au Christ et à l’institution du culte de la Nouvelle Alliance que Notre Seigneur s’apprêtait justement à fonder à travers cette première Messe, Il s’est soumis à toutes les prescriptions jusque dans les moindres détails.

« Faites ceci en mémoire de moi »

La recommandation du Rédempteur unique Prêtre et unique Victime fonde le sacerdoce catholique selon l’Ordre de Melchisédech : « faites ceci » soit accomplissez, confectionnez ce même sacrifice dans sa réalité et son actualité. C’est bien par l’imitation exacte des gestes et des paroles du Christ que le prêtre aujourd’hui consacre validement et offre de nouveau à l’autel mais de manière non sanglante la substance même du Corps, du Sang, de l’Âme et de la Divinité de Jésus incarné, mort et ressuscité.

La contemplation de ce miracle et de ce mystère de la transsubstantiation requiert du prêtre une docilité à l’autel pour accomplir cette œuvre de Dieu qui n’est pas la sienne. Et à l’image du Sauveur qui institue le Très Saint Sacrement au Jeudi Saint dans l’observance des pratiques vétéro-testamentaires, le prêtre a le devoir d’accomplir les rites consciencieusement, tel qu’ils sont prescrit et non selon son bon vouloir et sa créativité du moment.

Un esprit liturgique

Le secret et le silence du Cénacle ainsi que l’humilité de Jésus – humilité qui atteint son sommet lors du lavement des pieds de ses disciples – donne l’esprit de toute la liturgie traditionnelle de l’Eglise. Le paradoxe d’une grande gravité et sobriété qui côtoient une irrésistible majesté et solennité dans les rites de la Messe puisés au Cénacle et enrichis par la prière et la méditation de l’Eglise à travers les siècles, a toujours su édifier les humbles et susciter la sidération des orgueilleux. Prions pour une humilité renouvelée des prêtres catholiques afin qu’ils soient toujours ces instruments plus malléables pour dispenser les trésors divins sans rien y ajouter d’eux-mêmes.

 

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