Magnifica Humanitas de Léon XIV : une première encyclique dans la lignée de Léon XIII

Publié le 03 Juin 2026
magnifica Humanitas Léon XIV

© Christian Harb/Unsplash

Quelques jours après la publication de Magnifica Humanitas, la première encyclique de Léon XIV, un moine de Triors propose un commentaire du texte, renforcé par la présentation que le Pape lui-même a donnée le 25 mai 2026.

 

En lisant l’encyclique, on comprend pourquoi le Pape a choisi le nom de Léon. De même que Léon XIII se trouvait confronté aux choses nouvelles de l’ère industrielle et de la classe ouvrière qui s’éloignait de l’Église, de même Léon XIV se trouve-t-il confronté aux choses nouvelles de l’ère numérique et de l’intelligence artificielle, alors que le monde est en pleine apostasie.

Le Pape pour cela s’est fait aider et a consulté tous ceux qui par leurs compétences et leurs expériences pouvaient l’aider en ce domaine. Est née ainsi peut-on dire une encyclique synodale. Le Pape fut en particulier aidé par Christopher Olah, cofondateur de la société Anthropic, qui voulut chercher avec lui le chemin pour l’humanité en cette ère de l’intelligence artificielle. Les échanges qu’eut le Pape indiquent clairement la gravité du thème et du moment que nous vivons.

Comme Léon XIII, le Pape veut déchiffrer les choses nouvelles à la lumière de l’Évangile et de la dignité de la personne humaine. De même que Rerum novarum exprimait par la bouche de Léon XIII la parole évangélique et sociale sur les choses nouvelles en cours, de même celle du Souverain Pontife actuel entend exprimer la même parole face à une transformation d’une ampleur similaire, avec des conséquences peut-être encore plus grandes. En effet, l’intelligence artificielle influence des décisions qui façonnent la coexistence humaine et elle transforme de manière dramatique la façon dont les guerres sont menées.

On parle parfois d’agents moraux artificiels comme si une machine pouvait garantir, avec plus de cohérence qu’un être humain, la distinction entre le bien et le mal (n. 198). Il parle de la crise du multilatéralisme (n. 201-203). Comme son prédécesseur, le Pape regarde avec les yeux de la foi et la lucidité de la raison le cri des pauvres et de tous ceux qui se sentent désarmés face à l’intelligence artificielle.

Léon XIV est préoccupé par les algorithmes capables de bloquer l’accès aux soins de santé, à l’emploi et à la sécurité. Grâce à ses échanges, le Pape a été convaincu que l’intelligence artificielle devait être, dit-il, désarmée. Il faut réveiller les consciences et indiquer le chemin à suivre pour l’humanité. Au désarmement du nucléaire doit s’ajouter le désarmement de l’intelligence artificielle. Comme l’énergie nucléaire, celle-ci doit être au service de tous et du bien commun.

Mais désarmer ne suffit pas, et le Pape veut construire. C’est pourquoi il prend l’image du prophète Néhémie qui, devant les murs détruits de Jérusalem, assembla un peuple découragé pour donner lieu à une renaissance. Ainsi, l’intelligence artificielle pourra-t-elle devenir un chantier de l’histoire. Dans la ligne de Paul VI, Léon XIV pense que le développement technique concerne tout homme et tout l’homme. Seulement l’intelligence artificielle doit être orientée vers le vrai bien commun. Et le Pape de reprendre à son compte la notion de « civilisation de l’amour » dont parlait saint Paul VI.

Quelques jalons

Après avoir dit tout cela, nous pouvons examiner l’encyclique de plus près, sans pour autant en retracer tout le contenu. Posons simplement quelques jalons qui inviteront le lecteur à lire l’encyclique.

Dès l’introduction (n. 1-16), le Pape annonce la couleur : « La magnifique humanité créée par Dieu se trouve aujourd’hui face à un choix décisif : ériger une nouvelle tour de Babel ou bâtir la cité où Dieu et l’humanité habitent ensemble » (n.1).

Le Saint-Père ne s’appuie pas tout de suite sur saint Augustin, mais sur les deux images bibliques de la tour de Babel et de la reconstruction du Temple par Néhémie (n. 7-10). Il encourage ainsi à édifier dans le bien et à construire une ville fondée sur le roc de la relation avec Dieu (n.11-14).

Vient le chapitre 1er : « Une pensée dynamique fidèle à l’évangile » (n. 17-45). L’Église en marche dans l’histoire de l’humanité (n. 18-22) doit pouvoir dialoguer avec les sciences humaines (n. 23-24). C’est alors qu’il parle longuement de la doctrine sociale de l’Église comme discernement communautaire (n. 25-27). Montrant l’évolution du magistère social de Léon XIII à nos jours (n. 28), il montre bien l’herméneutique de continuité de cet enseignement jusqu’à nos jours (n. 33-44).

Le chapitre deuxième pose les « Fondements et principes de la doctrine sociale de l’Église » (n. 46-89) :

« La doctrine sociale de l’Église est une réalité vivante, en dialogue avec l’Histoire, les cultures et les sciences, tout en conservant un noyau de vérité qui ne passe pas. C’est pourquoi elle peut être considérée comme une forme de sagesse capable d’orienter encore aujourd’hui la vie personnelle et sociale des croyants » (n. 46).

Les fondements de la doctrine sociale sont l’être humain, image du Dieu trinitaire (n. 48-50), l’égale dignité de tous les êtres humains (n. 51-53), la valeur suprême des droits de l’homme (n. 54-58). Les principes de la doctrine sociale (n. 59-89) sont le bien commun (n. 59-64), la destination universelle des biens (n. 65-67), les principes de subsidiarité (n°68-72), de solidarité (n. 73-76) et de justice sociale (n. 77-81) et le développement humain intégral (n. 82-85).

La personne humaine et la technique

Le chapitre 3 parle de la maîtrise de la technique et évoque la grandeur de la personne humaine face aux promesses de l’intelligence artificielle (n. 90-130). L’intelligence artificielle (n. 97-99) est une aide précieuse qui requiert de l’attention (n. 100-101). Le Pape insiste sur ce que nous ne pouvons pas perdre (n. 112-114), sur le transhumanisme et posthumanisme (n. 115-117).

Notons ici que Léon XIV a abordé tous les points sociaux litigieux, y compris l’avortement et l’euthanasie : tuer sera toujours tuer (n. 55). Le Pape ne manque pas d’évoquer la corruption morale de notre condition de créature. Le mal ruine la société et la vie, allant jusqu’aux extrêmes de la déshumanisation (n. 121). Il évoque bien entendu les deux cités de saint Augustin (n. 129-130).

Le chapitre 4 entend préserver l’humain dans la transformation (n. 131-181) et il aborde les thèmes de la vérité, du travail et de la liberté (n. 131-169). Il insiste sur le rôle central de l’école (n. 143-147).

Le chapitre 5 parle de la culture du pouvoir et la civilisation de l’amour à l’ère numérique (n. 182-192). À partir du n. 193, le Pape consacre une longue étude sur la guerre, pour conclure que « nous devons donc tous faire un examen de conscience sur les mots que nous utilisons, sur les préjugés dont ils sont chargés et sur l’agressivité, ouverte ou latente, qui les habite » (n. 214), pour pouvoir construire la paix dans la justice (n. 215). « En rejetant la logique de la violence, le dialogue interreligieux joue un rôle décisif, car au cœur des grands itinéraires spirituels se trouve un message de paix. » (n. 223)

Retour au Christ

Dans sa conclusion (n. 229-245), Léon XIV repart du Christ, « Le Verbe fait chair » (n. 230-234), nous sommes « un seul corps dans le Christ » (n. 234-235). Il évoque ensuite « le chantier de notre époque » (n. 236-242) et termine par le Magnificat (n. 243-245).

« La Vierge Marie non seulement nous apprend à voir l’œuvre invisible de Dieu, mais elle dirige aussi notre regard sur les points de fracture de l’humanité (n. 244). Le Seigneur continue de faire toutes choses nouvelles et maintient ouverte, pour chaque époque, la possibilité de devenir une histoire de salut à la lumière de l’Incarnation. Je confie ce désir à la Mère du Christ, la femme du Magnificat, pour qu’elle accompagne nos pas dans ce présent en mutation et garde en chacun de nous la confiance en l’Évangile, afin que nous puissions témoigner de la beauté d’une magnifique humanité habitée par Dieu » (n. 245).

 

>> à lire également : L’Essentiel | Le bien et le juste, ressources pour notre temps

 

Un moine de Triors

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