Libérée, délivrée… l’Église face à l’esclavage

Publié le 02 Déc 2022
esclavage

La question de l’esclavage doit être posée théologiquement, en retrait des contestations historiques, des lois mémorielles, des revendications politiques, des repentances obligatoires et d’une certaine bien-pensance. Ce 2 décembre, la journée internationale pour l’abolition de l’esclavage nous en donne l’occasion.

 

Avec un brin de provocation, on serait tenté de dire que la date officielle de l’abolition de l’esclavage correspond en réalité au jour de la Résurrection du Christ en l’an 33 de notre ère. En effet, par la mort et résurrection de Jésus-Christ est inaugurée la liberté de la grâce et de l’adoption filiale, qui est libération du péché. A dire vrai, l’Église a rencontré l’esclavage dès son acte de naissance. La fête de Pâques, en effet, prend son nom de la Pâque – le passage littéralement – que fut la libération des Hébreux de l’esclavage d’Égypte.

Le plan éminemment surnaturel du salut, toutefois, ne déconsidère pas et ne dissout pas le plan naturel ; et l’esclavage au sens le plus commun du terme, celui qui prive durablement des hommes de leur liberté de mouvement et de décision, qui les réduit au statut d’objets propriétés d’autres hommes, cet esclavage-là, dont traitent nos manuels d’histoire et parfois l’actualité, reste un mal à combattre. Le mal et le combat sont simplement mis aussi sur un autre plan.

L’épître de saint Paul à Philémon en trace les lignes principielles pour les Chrétiens, enfants de Dieu, tout en laissant à César ce qui lui revient.

L’épître de saint Paul à Philémon

Dans ce très court texte, l’apôtre écrit à Philémon à propos d’Onésime, esclave du destinataire, qui avait fui son maître et s’était réfugié auprès de Paul. Là, cet homme avait été baptisé. C’est ainsi un frère dans le Christ que Paul, avec cette lettre, renvoie à Philémon. Paul ne balaie pourtant pas d’un revers de main les aspects civils de la relation entre les deux hommes, le prétendu droit absolu de l’un sur l’autre, il n’impose pas un autre état de fait, celui de l’affranchissement de l’esclave.

Mais il laisse à Philémon le soin de prendre la décision de l’affranchir et, s’il agit de la sorte (Paul ne semble pas penser qu’il puisse en aller autrement), de le faire non parce qu’il le lui demande, mais en raison de la charité fraternelle qui les unit maintenant tous trois : « S’il a été éloigné de toi pendant quelque temps, c’est peut-être pour que tu le retrouves définitivement, non plus comme un esclave, mais, mieux qu’un esclave, comme un frère bien-aimé » (v.15-16)

Nous ne savons pas ce qu’il advint de Philémon et d’Onésime. Ce qui nous importe en fait, c’est que le Saint-Esprit inspira Paul dans l’écriture de ces quelques lignes, afin que l’Église les ayant reçues comme divinement révélées, la situation particulière de ces deux hommes devînt manifestation et principe de la vie chrétienne jusqu’à la fin des temps.

La loi rend-elle libre ?

Pour percevoir la vérité profonde de cette dénonciation de l’esclavage, allons un instant dans le sens de mouvements de contestation révolutionnaires, outre-atlantique avec « Black lives matter », en France avec les « Indigènes de la République ». Ils arguent que la suppression légale de l’esclavage n’a pas supprimé des formes d’exclusion et d’oppression et qu’ainsi, hors de portée de la loi et des droits de l’homme, l’esclavage se poursuit insidieusement.

Ce n’est pas être marxiste ou woke que de leur accorder qu’en effet une loi ne change pas tout, pas tout de suite en tout cas, ni les mœurs ni les structures de péché. Une loi pose les principes et le cadre de la justice, elle n’en diffuse pas obligatoirement l’habitude et moins encore la vertu.

La charité et la vérité, oui !

Là s’arrête le parallèle, que nous avons eu quelque réticence à présenter. Il indique toutefois que ce qui pourrait paraître, au départ, comme un manque de résolution de la part de saint Paul, une indifférence aux réalités sociales, est en fait un appel à poser les conditions d’un changement en profondeur, non seulement du statut d’Onésime, mais du regard de Philémon sur lui, afin que tous deux vivent ensemble dans la justice, parce que dans la charité.

On ne fera pas dire à saint Paul que le baptême seul devait affranchir Onésime de son esclavage qui, sinon, aurait été acceptable à ses yeux. Tout homme mérite d’être libéré de ses chaînes… mais, affirme l’Eglise à la suite de Jésus-Christ et de saint Paul, il faut aller jusqu’au bout et libérer surtout du plus terrible des esclavages, cet esclavage qui enchaîne aussi les puissants de ce monde : celui du péché.

 

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Chanoine Jestin +

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