Le débat récurrent sur les humanités et des langues anciennes vient de rebondir avec le dernier livre de Caroline Fourgeaud-Laville. Agrégée de lettres classiques et attachée à la transmission du grec ancien, l’auteur démontre que ces disciplines méprisées et en voie de disparition ont toujours toute leur place dans la formation de nos jeunes contemporains.
Dans Humanités. Peut-on vivre sans elles ?, Caroline Fourgeaud-Laville propose un essai engagé et accessible qui s’inscrit dans un contexte contemporain marqué par la remise en question des disciplines classiques. L’ouvrage se présente d’emblée comme un plaidoyer : il ne s’agit pas seulement de défendre le grec et le latin, mais plus largement de réhabiliter les humanités comme fondement intellectuel, politique et anthropologique de nos sociétés. À rebours du discours utilitariste dominant, l’auteur affirme que ces savoirs, souvent jugés obsolètes, sont au contraire d’une brûlante actualité.
Ni élitistes ni inutiles
Le projet du livre est clair : démontrer que les humanités ne sont ni élitistes ni inutiles, mais qu’elles constituent un « outil d’émancipation et de résistance démocratique ». Caroline Fourgeaud-Laville s’attache ainsi à déconstruire plusieurs idées reçues, en particulier celle selon laquelle les langues anciennes seraient réservées à une minorité sociale ou déconnectées du monde contemporain. Au contraire, elle insiste sur leur capacité à populariser l’accès au sens, à aiguiser l’esprit critique et à déjouer les manipulations du langage. L’un des mérites de l’essai réside dans sa volonté d’actualité : s’appuyant sur des études récentes autant que sur des citations de Socrate, l’auteur convoque par exemple le film tant attendu de Christopher Nolan (L’Odyssée), dans nos cinémas cet été, pour réaffirmer l’immense postérité des épopées homériques. Dans un premier temps, elle revient sur la transmission fragile des textes antiques, soulignant combien la survie des œuvres grecques et latines relève d’une chaîne continue de passeurs – moines, érudits, imprimeurs – de toutes nationalités, dont l’engagement a permis la constitution de notre patrimoine culturel. Cette dimension narrative permet d’incarner des savoirs souvent perçus comme abstraits. Dans un second temps, l’auteur adopte une approche plus théorique en interrogeant les effets cognitifs et intellectuels de l’apprentissage des langues anciennes. Elle mobilise notamment des travaux en neurosciences pour montrer que le grec, par sa structure grammaticale et sa logique syntaxique, développe des compétences spécifiques : attention au contexte, souplesse interprétative, capacité à gérer l’ambiguïté. Cette argumentation, qui associe humanités et sciences contemporaines, constitue l’un des axes les plus…







