Notre-Dame de Guadalupe saluée par le Pape

Notre-Dame de Guadalupe saluée par le Pape L'Homme Nouveau

En bon Sud-Américain, le Pape a fêté, le 12 décembre, Notre Dame de Guadalupe patronne des Amériques. Cela s’imposait d’autant plus que la Miséricorde divine est aussi au centre du message de cette apparition, comme le rappelle le Pape au début de son homélie. Pour arrêter les sacrifices humains au cœur de la religion aztèque, Marie s’est présentée au paysan Juan Diego comme la Mère du vrai Dieu et pour que celui-ci soit crédible devant les autorités politiques et religieuses, elle laissa une image d’elle-même imprimée miraculeusement sur son tilma, le vêtement du pauvre. En partant de la prophétie de Sophonie : « L’Éternel, ton Dieu, est au milieu de toi, Il fera de toi sa plus grande joie ; Il aura pour toi des transports d’allégresse », le Pape montre que chacun des membres du Corps mystique de l’Église, dont Marie est le premier membre, est aimé d’un amour de prévenance et de miséricorde. Dieu nous a aimés, alors qu’Il ne pouvait rien attendre de nous, puisqu’en Adam nous étions tous pécheurs. L’amour miséricordieux, le Pape le rappelle encore une fois, exclut tout pélagianisme qui prétend que l’on peut se sauver sans Dieu. C’est tout le contraire ! Aussi, pour le Pape, l’amour miséricordieux de Dieu est-il comme le condensé du message évangélique et de la foi de l’Église sur la Rédemption.

Le Pape donne alors l’étymologie de miséricorde qui est composée de deux mots : misère et cœur. Le cœur indique la capacité d’aimer, y compris la misère. Seul Dieu peut faire cela et les fils de Dieu que nous sommes par adoption depuis le baptême, doivent pratiquer à sa suite cet amour qui embrasse la misère de la personne. Et ce qui est encore plus admirable, c’est que la miséricorde de Dieu se penche tellement sur notre misère que c’est comme s’Il la faisait sienne. C’est une métaphore bien sûr, car en Dieu il n’y a ni souffrance, ni changement possible. Mais depuis l’Incarnation, tout a changé, car le Christ vrai Dieu et vrai homme a pris une nature semblable à nous en tout hormis le péché. Dieu le Père en effet, riche en miséricorde, nous a envoyé son Fils comme victime d’expiation pour nos péchés. Si l’amour miséricordieux est aux antipodes du pélagianisme, il est aussi aux antipodes du gnosticisme. Jésus s’est vraiment fait l’un de nous et il a assumé notre nature jusqu’à la mort de la Croix. « Il a tellement pris la dernière place qu’elle ne lui sera jamais ôtée », disait le bienheureux Charles de Foucauld. Dans le mystère de la Croix, la Miséricorde a atteint des profondeurs insoupçonnables, au point qu’aucun péché ici-bas, même le plus énorme, ne peut être exempt du pardon de Dieu. C’est si vrai que durant l’Exsultet pascal, le diacre chante au nom de toute l’Église : « Bienheureuse faute d’Adam qui nous a valu un tel Rédempteur ». Aussi le Pape attend-il beaucoup de l’Année de la Miséricorde, espérant que la Miséricorde et le don de l’Esprit Saint en une nouvelle Pentecôte se réuniront pour transformer le monde. Le premier résultat de cette transformation sera la joie, une joie véritable née de la miséricorde et de la certitude de la proximité de Dieu. Cette certitude enlève toute peur. Nous savons que Dieu, mais aussi sa Mère, sont proches de chacun de nous. Alors pourquoi avoir peur ? Le Pape rejoint ici le premier cri de saint Jean-Paul II : « N’ayez pas peur ! Ouvrez grandes les portes au Christ et à sa puissance rédemptrice ». Rendons grâce à Dieu et mettons-nous à l’école de Nazareth, pour croître en sagesse et en grâce. N’oublions pas non plus de prier pour le Pape qui nous le demande à nouveau.

L’homélie du Pape :

«Yahvé ton Dieu est au milieu de toi […]. Il exultera pour toi de joie, il te renouvellera par son amour, il dansera pour toi avec des cris de joie» (So 3, 17-18). Ces paroles du prophète Sophonie, adressées à Israël, peuvent également être adressées à notre Mère, la Vierge Marie, à l’Eglise, et à chacun de nous, à notre âme, aimée de Dieu avec un amour miséricordieux. Oui, Dieu nous aime tellement qu’il exulte et se complaît avec nous. Il nous aime d’un amour gratuit, sans limite, sans rien attendre en échange. Il n’aime pas le pélagianisme. Cet amour miséricordieux est l’attribut le plus surprenant de Dieu, la synthèse qui condense le message évangélique, la foi de l’Eglise.

Le terme «miséricorde» est composé de deux mots: misère et cœur. Le cœur indique la capacité d’aimer; la miséricorde est l’amour qui embrasse la misère de la personne. C’est un amour qui «sent» notre indigence comme si c’était la sienne, avec le but de nous en libérer. «En ceci consiste l’amour: ce n’est pas nous qui avons aimé Dieu, mais c’est lui qui nous a aimés et qui a envoyé son Fils en victime de propitiation pour nos péchés» (1 Jn 4, 9-10). «Le verbe se fit chair» — Dieu n’aime pas non plus le gnosticisme — : il a voulu partager toutes nos fragilités; il a voulu faire l’expérience de notre condition humaine, jusqu’à de charger de la Croix de toute la douleur de l’existence humaine. Telle est la profondeur de sa compassion et de sa miséricorde; une humiliation pour se transformer en compagnie et en service à l’humanité blessée. Aucun péché ne peut effacer sa proximité miséricordieuse, ni l’empêcher de mettre en œuvre sa grâce de conversion, à condition que nous l’invoquions. Au contraire, le péché lui-même fait resplendir avec une plus grande force l’amour de Dieu le Père qui, pour racheter l’esclave, a sacrifié son Fils. Cette miséricorde de Dieu nous rejoint à travers le don de l’Esprit Saint, qui dans le baptême rend possible, engendre et nourrit la vie nouvelle de ses disciples. Pour autant que les péchés du monde soient grands et graves, l’Esprit, qui renouvelle la face de la terre, rend possible le miracle d’une vie plus humaine, pleine de joie et d’espérance.

Notre Mère

Et nous aussi nous nous écrions avec joie: «Le Seigneur est mon Dieu et mon Sauveur!». «Le Seigneur est proche», et c’est l’apôtre Paul qui nous le dit, rien ne doit nous angoisser, Il est proche. Et pas seul, avec sa Mère. Celle-ci disait à saint Juan Diego: «Pourquoi as-tu peur? Ne suis-je peut-être pas ici, moi qui suis ta Mère?». Il est proche. Lui et sa Mère. Sa plus grande miséricorde réside dans le fait qu’il est parmi nous, dans sa présence et dans sa compagnie. Il marche avec nous, il nous montre la voie de l’amour, il nous relève quand nous tombons – et avec quelle tendresse le fait-il! — il nous soutient dans nos difficultés, il nous accompagne dans toutes les circonstances de notre existence. Il nous ouvre les yeux pour que nous voyions nos misères et celles du monde, mais dans le même temps il nous remplit d’espérance. «Alors la paix de Dieu […] prendra sous sa garde vos cœurs et vos pensées, dans le Christ Jésus» (Ph 4, 7), nous dit Paul. Telle est la source de notre vie pacifiée et heureuse. Rien ni personne ne peut nous priver de cette paix et de ce bonheur, malgré les souffrances et les épreuves de la vie. Avec sa tendresse le Seigneur nous ouvre son cœur, nous ouvre son amour. Le Seigneur est allergique à la rigidité. Cultivons cette expérience de miséricorde, de paix et d’espérance, au cours du chemin de l’Avent que nous parcourons et à la lumière de l’année jubilaire. Annoncer la Bonne Nouvelle aux pauvres, comme Jean-Baptiste, en accomplissant des œuvres de miséricorde, est une bonne manière d’attendre la venue de Jésus dans la Nativité. En L’imitant, Lui qui a tout donné, qui s’est entièrement donné. Telle est sa miséricorde, qui n’attend rien en échange.

Dieu se réjouit et se complaît de manière toute particulière en Marie. Dans une des prières les plus chères au peuple chrétien, le Salve Regina, nous appelons Marie «mère de miséricorde». Elle a fait l’expérience de la miséricorde divine, et elle a accueilli en son sein la source même de cette miséricorde: Jésus Christ. Elle, qui a toujours vécu intimement unie à son Fils, sait mieux que quiconque ce qu’Il veut: que tous les hommes se sauvent, qu’à personne ne manque jamais la tendresse et le réconfort de Dieu. Que Marie, Mère de Miséricorde, nous aide à comprendre combien Dieu nous aime.

Confions à la Très Sainte Vierge Marie les souffrances et les joies des peuples de tout le continent américain, qui l’aiment comme mère, qui la reconnaissent comme «patronne», avec le titre pieux de Notre-Dame de Guadalupe. Que «la douceur de son regard nous accompagne en cette année sainte, afin que tous puissent redécouvrir la joie de la tendresse de Dieu» (Bulle Misericordiae vultus, n. 24). Nous lui demandons, en cette année jubilaire, d’être une semence d’amour miséricordieux dans le cœur des personnes, des familles et des nations: qu’elle continue à nous répéter: «N’aies pas peur, ne suis-je pas ici, moi qui suis ta Mère?», Mère de Miséricorde. Que nous nous convertissions en personnes miséricordieuses, et que les communautés chrétiennes sachent être des oasis et des sources de miséricorde, des témoins d’une charité qui n’admet pas d’exclusion. Pour lui demander cela d’une manière forte, je partirai en voyage pour la vénérer dans son sanctuaire le 13 février prochain. Ainsi, je lui demanderai tout cela pour toute l’Amérique, dont elle est en particulier la Mère. Je la supplie de guider les pas de son peuple américain, un peuple en pèlerinage qui cherche la Mère de la miséricorde, et je ne lui demande qu’une chose: de lui montrer son Fils Jésus.

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