> Éditorial de Philippe Maxence (n° 1862)
Alors que le voyage de Léon XIV en France approche, L’Homme Nouveau se prépare à célébrer son 80ᵉ anniversaire. Comment ne pas relier les deux événements quand la romanité est inscrite au cœur même de l’existence de notre magazine ?
Fondé en 1946, à l’initiative du père Fillère (1), L’Homme Nouveau a toujours réaffirmé son adhésion au Siège de Pierre et à l’enseignement constant des pontifes romains. Comme dans tout attachement, il y a eu des moments d’interrogation. On aurait tort de s’en étonner. La vie de l’Église est ainsi traversée de tensions, dues non à ce qu’elle est essentiellement, mais aux faiblesses de ses serviteurs.
Quoi qu’il en soit, ces périodes de crise sont toujours, pour peu qu’on les accepte avec un véritable esprit surnaturel, des moments de purification par l’action de la Croix en nous. Et même si des questions légitimes restent aujourd’hui en suspens, c’est au cœur même de ces doutes que nous réaffirmons pleinement notre entier attachement à l’Église catholique et romaine, mère et maîtresse de toutes les Églises. N’est-ce pas le cardinal Journet qui écrivait :
« Il suffit que vous sachiez que l’Église est déchirée par ses propres enfants pour que vous l’aimiez davantage. Personne n’a vu autant que sainte Catherine de Sienne les misères des gens d’Église : “demoni incarnati”, démons incarnés, disait-elle de certains prélats ; et personne n’a autant aimé l’Église. Ces choses-là font mal, très mal. Mais est-ce que ça n’a jamais pu empêcher l’Église d’être l’Église ? un saint François d’être son enfant ? »
Une crise de la foi
Nous reviendrons dans notre prochain numéro sur le voyage de Léon XIV dans notre pays, souhaitant vivement que cette visite du successeur de saint Pierre nous confirme dans la foi. La crise que traverse l’Église ne se traduit pas seulement dans le terrible et odieux fléau des abus sexuels ou dans les trop nombreuses réunions (pour prendre un autre exemple bien moins dramatique) qui occupent nos évêques, nos prêtres et jusqu’aux religieux et religieuses, pris aujourd’hui dans la mode du coaching ou de la direction managériale quand ils ne sont pas soumis à de longues sessions sur la sexualité. On pourrait multiplier à l’envi ce type d’exemple.
Reste qu’il ne s’agit là que d’effets, aussi tragiques soient-ils pour certains. À la racine se trouve une crise profonde de la foi et celle-ci se traduit directement par les manques dans l’enseignement du catéchisme, dans la liturgie (Lex orandi, lex credendi), dans la vie sacramentelle et, plus globalement, dans la transmission de ce qui nourrit, entretient la piété et qui passe, osons le mot, par des moyens ascétiques.
Devant une telle perspective, aujourd’hui comme hier, la sortie de crise, pour employer une expression moderne, ne s’effectuera que par le biais de la sainteté, par la prière et le sacrifice. Une petite carmélite, au sein de son couvent, à l’instar de sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus, et dans la pleine fidélité à la Madre (sainte Thérèse d’Avila), est certainement aujourd’hui en train de se sacrifier pour l’Église. Un curé de paroisse, à l’instar du saint Curé d’Ars, s’use probablement pour le salut de ses ouailles quand des bénédictins se sacrifient plusieurs fois par jour par la fidélité au chant de l’opus Dei.
Et, il en va de même pour nous, laïcs, qui portons la lourde responsabilité d’œuvrer à la christianisation de la société et à continuer de transmettre ce que nous avons reçu.
L’impératif de la transmission
Transmettre ! C’est l’un des maîtres-mots de L’Homme Nouveau. En vue de la célébration de nos 80 ans, nous avons décidé de reprendre à frais nouveaux cette question de la transmission. Des jeunes se tournent vers l’Église, avides de sa doctrine, de ses sacrements, de connaître aussi bien son passé que les moyens de vivre en chrétien aujourd’hui. Ils viennent souvent de très loin, n’ont rien ou peu reçu.
Passé l’étape de la préparation au baptême, ils sont lâchés dans la nature d’une vie chrétienne sans véritables fondements. Nous pensons particulièrement à eux aujourd’hui et c’est vers eux que nous voulons aller, avec l’aide de nos lecteurs qui ont eu la grâce de naître dans un monde encore chrétien et qui ont pu recevoir l’enseignement et la culture chrétienne.
Transmettre ce que nous avons reçu, le maintenir vivant, passer le témoin aux générations suivantes… Ce n’est pas l’ambition d’un mort-vivant mais bien celle de ceux qui veulent mettre leurs pas dans ceux du Christ, des apôtres et de saints de tous les temps. Duc in altum !
1. Pour découvrir la figure du père Fillère : Yves Chiron, Le Père Fillère ou la passion de l’unité, Éditions de L’Homme Nouveau, 174 pages, 19 €.
>> à lire également : Léon XIV en France : Urbi, Orbi et Paris








