Messe Jesu Redemptor (Fêtes des saints) :
- Kyrie 14
- Gloria 14
- Sanctus 14
- Agnus 14
Commentaire musical
Certains auteurs affirment ou du moins supposent que ce Kyrie est un des plus anciens. On le voit apparaître dans les manuscrits dès le Xᵉ siècle, mais il remonterait beaucoup plus loin dans le temps et aurait une origine grecque très antique.
Tel qu’il se présente à nous aujourd’hui en tout cas, il revêt une mélodie assez somptueuse, empruntée au 8ᵉ mode, le mode de la plénitude. Il se déploie aussi bien dans les graves (la quarte inférieure Sol-Ré) que dans les aigus (la quinte Sol-Ré d’où il s’échappe même pour aller toucher le Mi).
Le Kyrie 14 suit un schéma abcc’ : trois Kyrie identiques, trois Christe identiques, deux Kyrie identiques, le tout en progression mélodique et en intensification. Le dernier Kyriie reprenant la mélodie des deux avant-derniers en la redoublant.
Les trois premiers Kyrie ne dépassent pas le La à l’aigu et descendent jusqu’au Ré pour le grave. La mélodie module d’entrée autour du Sol, dans une alternance avec le La d’abord, puis avec le Ré, en faisant entendre au passage les notes intermédiaires Fa et Mi. La modulation initiale est très légère, très fine, bien lancée ; puis, à partir de l’intervalle remontant de quarte Ré-Sol, le mouvement s’élargit pour une belle descente qui nous reconduit chaleureusement jusqu’au Ré.
Le mot eléison, quant à lui, remonte par degrés conjoints jusqu’au La, sur lequel il plane avant de se fixer sur le Sol pour la cadence finale de l’invocation. Cette première invocation est calme, majestueuse, mais douce et légère aussi.
Les trois Christe n’ont plus le Sol mais le Do comme note d’accrochage. Un premier intervalle La-Do permet à la mélodie de s’évader une première fois par rapport à l’invocation précédente. Et là où on avait, au début du Kyrie, une alternance entre le La et le Sol, on a maintenant une modulation entre le La et le Do, avant de retrouver, lorsqu’on entend le Sol, une formule descendante par degrés conjoints, qui nous ramène au Ré grave, permettant ainsi de reprendre la mélodie de l’invocation précédente sur le mot eléison. Ce Christe est plus intense, plus plein, mais il garde encore une certaine gravité, une certaine retenue.
Avec les Kyrie suivants, au contraire, la mélodie s’échappe, s’envole vers les hauteurs. Le tout premier intervalle est une quinte, Sol-Ré, plutôt typique d’un 7ᵉ mode, et elle nous fait atteindre directement le sommet de la pièce, qu’elle dépasse bien vite en allant toucher le Mi aigu.
L’épisème du torculus initial ne doit pas freiner cet élan. Il est là pour signifier une ampleur vocale, non une lenteur, une retenue. C’est vraiment la plénitude qu’il exprime. Ce torculus de conduit s’appuie sur sa base, le Sol, mais sans s’y attarder, pour jaillir d’autant plus magnifiquement, et les deux notes suivantes sont en léger accelerando. L’impétuosité du mouvement touche les Ré et le Mi suivants, mais aussi les deux punctums sur le Si et le La, simples notes de passage entre ce sommet et une belle modulation doucement insistante entre le Do et le Ré.
La retombée se fait en deux temps, d’abord sur le La puis sur le Fa, avant qu’une formule originale ne vienne envelopper le mot eléison. Celui-ci s’enroule autour du La, touche le Do et se fixe pour finir sur le Sol, mais par en haut, cette fois, alors que les autres eléison arrivaient au Sol par en bas.
Le dernier Kyrie reprend la mélodie des deux précédents, mais à partir de la retombée sur le La, repart pour une double formule modulante entre le Do et le Ré. Il s’achève enfin comme les deux précédents sur eléison. Il est clair que ces Kyrie et plus encore le tout dernier doivent être chantés avec toute la plénitude vocale dont les choristes sont capables.
Ils laissent une impression de puissance, mais c’est tout le Kyrie dans son ensemble qui, par le crescendo toujours plus marqué de son développement mélodique, exprime cet attribut divin de Celui qu’on supplie avec confiance. Le Seigneur est tout puissant et majestueux, tel est le message de ce Kyrie vibrant.
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