La pause liturgique : Introït Vir Dei Benedíctus (Messe votive de saint Benoît)

Publié le 29 Juin 2024
grégorien saint benoît vir dei

Transitus de Saint Benoît (21 mars) :

Traduction L’homme de Dieu Benoît méprisa et abandonna la gloire du monde, car l’esprit de Dieu était en lui.

Il est grand, le Seigneur, hautement loué, dans la ville de notre Dieu.

(Vie de Saint Benoît par Saint Grégoire le Grand ; Psaume 47, 2)

 

Commentaire spirituel

L’introït Vir Dei, extrait du deuxième livre des Dialogues de Saint Grégoire le Grand, définit Benoît de Nursie de la manière la plus juste. C’était, comme les prophètes et les patriarches en leur temps, essentiellement un homme de Dieu, c’est-à-dire qu’il était « rempli de l’esprit de tous les justes » tout simplement parce qu’il était plein de l’esprit de Dieu. Comme les prophètes, il s’est séparé du monde pour mieux s’unir à Dieu. Il n’a jamais eu qu’un seul souci : plaire à Dieu seul. Et c’est cette radicalité qui lui a valu d’être aussi fécond.

On voit dans le récit de sa vie que son intimité avec Dieu était continuelle. Il a fait de grands miracles, dont une résurrection spectaculaire d’un petit garçon ; il a reçu en abondance le don des miracles, le don de prophétie, le don de lire dans les âmes. Il a été attaqué de multiples manières par le démon et aussi par des hommes jaloux de son influence grandissante qui l’on contraint à changer de lieu et à quitter son premier monastère, celui de Subiaco, pour aller fonder le célèbre Mont-Cassin. Ce monastère est aujourd’hui encore le cœur de l’ordre bénédictin : un monastère immense avec sept cloîtres, situé en haut d’une grande colline et surplombant de vastes et grandioses paysages.

C’est là, dans ce cadre de pure beauté, que Benoît va passer les dernières années de sa vie, au cours desquelles, dans la plénitude de sa vocation, il rayonnera dans l’Église et dans le monde. Là, la charité de Benoît s’est révélée sans bornes : elle l’incita à catéchiser les populations avoisinantes, encore à demi païennes. Le christianisme, en effet, ne prospérait alors que dans les cités. Benoît s’employa à convertir aussi les campagnes, par sa prédication et l’exemple de sa vie et de celle de ses disciples.

La Règle de sant Benoît

Sa charité lui fit également adoucir le sort des esclaves en les acheminant progressivement vers l’affranchissement et la liberté. On le voit attentif à défendre les paysans, à ouvrir à tous les portes de son monastère. Elle lui fit même recevoir volontiers, au nombre de ses moines, des barbares qui sont devenus doux comme des agneaux à son contact. Benoît a montré sa puissance spirituelle aux plus farouches guerriers, comme le roi des Goths Totila qui pensait pouvoir se moquer de lui. Devant Benoît, cet homme sanguinaire s’est mis à genoux et a imploré sa prière.

Là enfin, au soir de sa vie, notre saint Benoît a rédigé une Règle qui l’a véritablement fait devenir le Patriarche des moines d’occident et même le premier patron de l’Europe (nommé en 1966 par le pape Paul VI). Cet ouvrage d’apparence modeste n’a d’autre ambition que celle de la perfection de son disciple. Saint Benoît ne s’adresse qu’à une seule personne, un peu comme Mère Teresa qui dit que si elle s’était préoccupée de soigner les foules, elle ne s’y serait jamais mise.

À l’époque de saint Benoît, il existait déjà beaucoup de règles, mais la sienne va progressivement les éclipser une à une, et devenir La Règle, ou la Sainte Règle. Saint Benoît a réalisé, dans ces quelques pages, comme une synthèse remarquable de toutes les expériences monastiques qui l’ont précédé.

Saint Benoît et sainte Scholastique

On a vraiment l’impression, à lire sa biographie, que jamais Benoît, à l’exemple du Christ, n’a été dominé par les événements, sauf une seule fois, et cette unique fois est d’ailleurs très touchante. Oui, une seule fois il s’est avoué vaincu, et c’est justement devant sa sœur Scholastique, épisode peut-être le plus savoureux des 37 chapitres de saint Grégoire le Grand.

Chaque année, sa sœur jumelle qui était moniale, venait lui rendre visite et il descendait dans une maison proche du monastère pour passer la journée avec elle. Or cette fois, le soir venu, la sœur de Benoît lui demanda de rester avec elle toute la nuit pour continuer à parler de Dieu et de la vie spirituelle. Saint Benoît, inflexible, dit à sa sœur que cela lui était absolument impossible.

Alors sainte Scholastique mit sa tête entre ses mains et versa d’abondantes larmes. Aussitôt, alors que le ciel était parfaitement serein et tout étoilé, un orage terrible se déclencha et des trombes d’eau s’abattirent sur la maison, empêchant Benoît de mettre le pied dehors. Elle lui dit alors avec un petit accent de triomphe : je t’ai demandé et tu ne m’as pas écoutée ; j’ai demandé à mon Seigneur et lui m’a exaucée.

Trois jours après, dans une vision, saint Benoît voyait l’âme de sa sœur monter tout droit au ciel sous la forme d’une colombe : elle était mûre pour la rencontre avec le Seigneur. Son frère la suivit de peu : saint Benoît est mort en 547, de façon particulière puisqu’il est mort debout, dans l’église du monastère, soutenu par ses frères, dans la louange.

La vie bénédictine aujourd’hui

Le message de Saint Benoît pour aujourd’hui, c’est d’abord un message de stabilité dans notre monde en perpétuel changement. Le moine bénédictin, à la suite de son Père, choisit librement de vivre toute sa vie dans le même lieu. Et dans ce lieu, il s’occupe en premier de l’unique nécessaire : vivre de la vie de Dieu, communiquée à travers la liturgie, et partagée dans une vie communautaire.

Dans cette société, il y a un Père qui est un repère (alors que le monde vit sans père, c’est-à-dire sans autorité, et sans repère) ; il y a une famille qui essaye de cultiver un esprit d’unité : le monastère doit ressembler à une cité harmonieuse fondée sur une vue de foi : les moines ont toujours eu les pieds sur terre et la tête au ciel.

Il est un fait que la vie bénédictine a souvent influencé la société, à toutes les époques : on peut penser au monastère comme foyer de culture, d’art, de doctrine. Il peut représenter même aussi un modèle pour les entreprises. Le monastère est aussi comparé par saint Benoît à une école, une école du service du Seigneur, une école d’ordre, de paix, de foi tranquille, de prière, de silence, d’humilité, d’obéissance. Les devises bénédictines, qui sont devenues célèbres : « Pax », et « Ora et labora », ne se trouvent pas dans la règle mais ont été forgées au cours des siècles, par expérience, pourrait-on dire.

Enfin, le monastère de Saint Benoît est aussi un lieu d’accueil qui permet aux fidèles qui en éprouvent le besoin, et ils sont de plus en plus nombreux, de se plonger dans le silence pour retrouver le Seigneur et la paix de l’âme. Le monastère est la maison de Dieu, son fondateur était par excellence un homme de Dieu, vir Dei Benedíctus.

 

Commentaire musical

 

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L’introït Vir Dei n’appartient pas au fonds ancien du répertoire grégorien, mais cette composition du 8e mode est très réussie dans sa brièveté : deux courtes phrases musicales la constituent, et font de ce chant quelque chose de lumineux et joyeux, qui humanise, pourrait-on dire, la figure de saint Benoît, présentée comme l’homme de Dieu.

Cet introït n’est pas très développé mélodiquement, puisqu’il se déploie essentiellement entre le Sol et le Do, respectivement tonique et dominante du 8e mode. Seuls deux Ré, dans la deuxième phrase, au sommet mélodique de toute la pièce, font sortir la mélodie de cette quarte. Et au grave, on rencontre trois Fa, sous-tonique du 8e mode, mais qui sont ici de simples notes de passage, et un Ré qui joue pour le coup un rôle d’appui significatif au début de la seconde phrase, ce qui donne de la profondeur à celle-ci.

L’intonation joue sur deux notes essentiellement : le La et le Sol, avec juste un petit Fa délicat. Cette intonation humble est joyeuse, d’emblée. L’accent de Dei est bien marqué, mais la descente du climacus le rend aimable et doux. La première montée mélodique de la pièce se font sur le prénom de Benoît, Benedíctus, sur l’accent qui nous mène par degrés conjoints du Sol au Do, petit sommet éphémère puisqu’on revient aussitôt et également par degrés conjoints sur une cadence en Sol.

Un nouvel élan d’admiration se fait sentir sur le mot mundi : le monde, malgré tous ses attraits, n’a reçu que mépris de la part de Benoît qui était attiré par le Bien en personne, son Dieu qui l’a captivé dès sa jeunesse. Voilà pourquoi, peut-être, le compositeur a mis la gloire du monde, glóriam, un peu en berne mélodiquement, en nous faisant revenir au Sol très simplement, sans fioritures.

La mélodie souligne à la fois la simplicité du mépris de Benoît qui est surtout attrait pour le divin (despéxit), et l’élan de sa marche qui le fait quitter ce monde pour aller vers Dieu (relíquit). Sur ce dernier verbe, on retrouve la formule, très légèrement modifiée de l’accent de mundi : La-Si-Do précédée ici d’un Do, et là d’un Si naturel. La première phrase s’achève sur une cadence en Sol très ferme, très assurée.

La deuxième phrase commence par plonger au grave, jusqu’au Ré, avant de remonter de façon élancée vers le Do aigu, en empruntant une nouvelle fois la petite formule Si-La-Si-Do déjà rencontrée sur l’accent de mundi, et légèrement différente, on l’a vu, sur la première syllabe de relíquit, dans la première phrase. Ce début de phrase est à la fois un peu large, et en élan et crescendo progressifs vers cet unique Do.

La mélodie redescend ensuite se poser sur le Sol, mais c’est pour mieux rebondir, et nous arrivons ainsi au sommet de toute la pièce, sommet très léger, plein d’admiration qui intervient sur les deux mots Dei spíritus, l’esprit de Dieu dont Saint Benoît était rempli. À deux reprises on touche le Ré aigu, avec un bel accent au levé de spíritus qui demande à être bien épanoui.

Puis, une nouvelle fois, la mélodie redescend vers le Sol, corde attractive de toute la pièce. Le dernier membre de cette seconde phrase est en apodose, mais non sans mouvement, et non sans nous faire entendre une dernière fois la petite formule joyeuse Si-La-Si-Do qui rythme vraiment toute cette pièce et lui sert de petit refrain mélodique. La seconde phrase s’achève comme la première, sur une cadence en Sol bien posée et bien large : un torculus épisémé et un punctum pointé.

Cet introït est joyeux et plein de confiance, il est ferme mais sans aucune lourdeur. Au contraire, il possède de beaux élans très légers. Il y a de la sérénité dans ce chant, une paix allègre qui exprime bien le charisme personnel et familial de Saint Benoît.

 

>> à lire également : Czeslaw Milosz, poète et libérateur de la pensée

 

Un moine de Triors

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