Peut-on penser l’universel à partir d’un fait divers ?

Publié le 14 Avr 2025
Peut-on penser l’universel à partir d’un fait divers ? crépol

Une marche blanche en mémoire de Thomas Perotto.

> C’est logique ! de François-Marie Portes
Le meurtre tragique de Crépol a suscité une onde de choc nationale, des réactions politiques en cascade et des lectures contradictoires : crime raciste ? Symptôme d’un ensauvagement ? Ou drame isolé ? Derrière l’émotion légitime, la raison s’interroge : peut-on déduire des décisions politiques valides à partir d’un fait singulier ? En revisitant le concept d’induction, quelques réflexions sur la manière dont un événement devient argument, et sur les limites de l’universel forgé à chaud.

  Le 19 novembre 2023, dans le village de Crépol, un drame survient. Un jeune homme de 16 ans, Thomas Perotto, est lardé de coups de couteau au cœur et à la gorge et finit par mourir durant son héliportage vers Lyon. En tout, neuf victimes sont attaquées au couteau par un groupe d’une dizaine de personnes armées. Le 11 mars 2024, c’est 14 personnes qui sont mises en examen, parmi elles, huit finissent en détention.

Des réactions multiples

Les réactions politiques se multiplient. D’abord localement, les maires de Crépol, Valence et Romans dénoncent une violence gratuite et demandent que la justice française agisse promptement et fermement. Puis c’est le motif du meurtre qui est sujet à réaction. Le caractère de l’homicide qui est avancé par la famille est celui d’un racisme anti-blanc. Repris par la maire de Romans-sur-Isère (divers droite), ce motif provoque un tollé médiatique et au sein de sa commune. Puis s’enchaînent les réactions au niveau national. D’Emmanuel Macron à François Ruffin en passant par Éric Zemmour et Olivier Véran, chacun réagit au drame. On observe même une minute de silence à l’Assemblée nationale face à l’événement qui « endeuille et choque notre pays tout entier » (1).

Quel caractère argumentatif ?

Récupération politique ? Surréaction ? Légitime médiatisation ? Peu importe pour le logicien que nous sommes. En réalité, ce qui nous préoccupe c’est le caractère argumentatif des faits. Pour le dire autrement, comment d’un exemple peut-on tirer une décision politique ? En effet, une réaction à froid et quelque peu cynique déclarerait « qu’il y a bien d’autres jeunes comme Thomas qui meurent et pourtant peu de personnes en parlent ». Pourtant, de ce meurtre-ci on tire des conclusions générales. Darmanin parle d’« ensauvagement » de la société, Bruno Retailleau milite pour une « révolution judiciaire ». Mais la question est : est-ce à partir de ce seul fait divers que ces personnes généralisent ? Et, si c’est le cas, est-ce légitime ? Le concept…

Pour continuer à lire cet article
et de nombreux autres

Abonnez-vous dès à présent

François-Marie Portes

Ce contenu pourrait vous intéresser

À la uneSociété

Europe : les chrétiens sont-ils en danger ?

Entretien | Fin décembre, le Centre européen pour le Droit et la Justice (ECLJ) a publié un rapport alarmant sur la haine antichrétienne en Europe. Son auteur, Thibault van den Bossche, dresse ici un état des lieux alarmant et préconise essentiellement des moyens d’action inscrits dans le système juridique européen.

+

haine anti chrétien
À la uneSociétéÉducation

Automne 1992 : un printemps pour l’école Saint-Dominique

En ce temps de la Nativité, je voudrais vous raconter l’histoire de la naissance de l’école Saint-Dominique du Pecq. En 1992, il y avait quelques dizaines de ces écoles hors contrat. Il y en a 2 600 aujourd’hui. Cette réalité doit être connue et soutenue par tous les moyens possibles. C’est le combat que nous menons chaque jour à la Fondation pour l’école. Bonne lecture !

+

école saint-dominique
À la uneSociété

Clarification sur la labellisation des médias

C’est logique ! de François-Marie Portes | À l’heure où la « labellisation » des médias s’impose dans le débat public, la distinction entre information et opinion est souvent invoquée comme une évidence. Or cette séparation est plus fragile qu’il n’y paraît : toutes deux relèvent du même ordre du discours et ne se distinguent que par leur rapport à la preuve et à la certitude.

+

label médias
À la uneSociétéFin de vie

La Fondation Jérôme Lejeune mobilise contre l’euthanasie

Lancée au début du mois de décembre par la Fondation Jérôme Lejeune, la pétition « Euthanasie : ne nous laissons pas abattre ! » a mobilisé en quelques semaines plus de 12 000 signataires. Ce chiffre n'est pas un simple indicateur de mobilisation : il dit quelque chose de plus profond sur l'état du débat public français autour de la fin de vie et il appelle à être amplifié, par la signature et le relais de cette pétition, alors que le calendrier parlementaire s'accélère.

+

fondation Lejeune euthanasie
SociétéAgriculteurs

Colère paysanne et hiver agricole

Alors que notre agriculture traverse les jours les plus noirs de son histoire, l’abattage stalinien des bovins et la violente répression para-militaire l’accompagnant ont choqué la France entière. Pendant ce temps, le ministère de l’Agriculture continue à se partager entre surdité et absurdité.

+

crise agricole paysan