Qu’a lu Chateaubriand, et qui l’a lu ?

Publié le 17 Juin 2025
chateaubriand
Quel meilleur moyen pour situer un écrivain que de connaître ses ouvrages de prédilection ? Le passionnant tome II du Dictionnaire Chateaubriand, paru aux éditions Honoré Champion, offre un superbe panorama des lectures qui ont nourri l’Enchanteur, et de celles qu’il a offertes à ses successeurs.

  Nul ne s’étonnera des liens de Chateaubriand avec les grands classiques, parmi lesquels, en tout premier lieu, Virgile dont les textes, à ses yeux, loin de rester un modèle figé, demeurent éternellement vivants, particulièrement l’Énéide. L’auteur de la notice à ce propos parle même de « l’intériorisation d’une mémoire antique venant se joindre avec les souvenirs intimes du narrateur ». Selon le fameux principe de l’imitation originale, Chateaubriand entretient une connivence intime avec Virgile, auquel il fait de nombreuses allusions tout au long de son œuvre. Le Malouin peut ainsi s’interroger : « Mon ombre pourra-t-elle dire comme celle de Virgile à Dante : Poeta fui et cantai, “Je fus poète, et je chantai” ? »

Ses maîtres

Homère se révèle un autre auteur dont Chateaubriand parsème de citations ses ouvrages. Quant à saint Augustin, il joue un rôle essentiel pour l’auteur du Génie du christianisme. Leurs itinéraires similaires – de l’oubli de la religion maternelle à une illumination soudaine venue du fond du cœur – le rapprochent de lui. Quel portrait en fait-il ?

« Un jeune homme ardent et plein d’esprit s’abandonne à ses passions ; il épuise bientôt les voluptés, et s’étonne que les amours de la terre ne puissent remplir le vide de son cœur. Il tourne son âme inquiète vers le Ciel : quelque chose lui dit que c’est là qu’habite cette souveraine beauté à laquelle il aspire. »

Quels auteurs français l’ayant précédé Chateaubriand apprécie-t-il tout particulièrement ? On retiendra que les liens avec Pascal sont évidents, surtout dans Le Génie du christianisme mais également dans les Mémoires d’outre-tombe et La Vie de Rancé. Il apprécie le style de madame de Sévigné – qu’il englobe même dans les écrivains bretons – tout en lui reprochant de « pousser trop loin l’agréable langage de cour » lorsqu’elle parle des pendaisons de paysans bretons (le 24 novembre 1675), « avec la même grâce » que Barère de la guillotine. On ne compte pas ses allusions aux textes de La Fontaine. « Je suis, écrit-il à madame Récamier en  1843, persécuté et enchanté des fables de La…

Pour continuer à lire cet article
et de nombreux autres

Abonnez-vous dès à présent

Anne Le Pape

Ce contenu pourrait vous intéresser

À la uneCultureArt et Patrimoine

Spectacles, Histoire et mémoire (3/4) | Les Nuits d’Aldéarde : un projet collectif à Airvault

DOSSIER « Été 2026 : Le spectacle au service de l’Histoire et de la mémoire » | Une famille, des racines locales, le souci de la transmission et le goût du défi. Voilà ce qui a poussé Béatrice et Maximilien Gindre à donner naissance aux Nuits d’Aldéarde, au cœur des Deux-Sèvres, dans la « Petite Cité de caractère » d’Airvault. Un projet culturel qui, à travers son spectacle estival en particulier, veut redonner vie à l’histoire trop souvent oubliée de cette vieille terre de France. Entretien avec Béatrice Gindre.

+

nuits d'aldéarde
À la uneCultureArt et Patrimoine

Spectacles, Histoire et mémoire (2/4) : La mémoire en scène : un signe des temps ?

DOSSIER « Été 2026 : Le spectacle au service de l’Histoire et de la mémoire » | Si la notion de « spectacle historique » fait prendre à la science le prisme audacieux de l'art, il est intéressant de se pencher sur cette conjonction efficace. Pourquoi ce « braconnage », comme certains se plaisent à le considérer, a-t-il du succès ? Cherche-t-on à réenchanter le quotidien d'un creux émerveillement ou plutôt à comprendre un présent devenu vide ?

+

spectacle mémoire
À la uneCultureArt et Patrimoine

Spectacles, Histoire et mémoire (1/4) : La fièvre et la joie du spectacle

DOSSIER « Été 2026 : Le spectacle au service de l’Histoire et de la mémoire » | Faire du beau et le partager. Tel est le mot d'ordre de Bernard Lapeze-Charlier, jeune directeur artistique à la tête de plusieurs spectacles historiques. De l'écriture à la mise en scène, il se sert de l'Histoire, mais la sert aussi, joignant la dimension commémorative à la vision artistique. Entretien.

+

spectacle histoire