Quelle société voulons-nous ?

Publié le 11 Oct 2024
société famille

Nous réagissons aujourd’hui aux successives attaques contre la famille, l’enfant à naître, ou les perversions LGBT.

> Lettre Reconstruire n° 40 | Éditorial

 

Confronté à la destruction de pans entiers de la société traditionnelle, un certain malaise s’est emparé des catholiques et, plus largement, de ceux que les encycliques pontificales appellent « les hommes de bonne volonté ». Au passage, soulignons qu’il n’est pas toujours très évident de définir exacte­ment ce que recouvre cette formulation, qui risque, à force d’être employée, de devenir vide de sens. Disons qu’elle désigne, ici, ceux qui, bien qu’étant privés de la foi, reconnaissent au moins dans ces grandes lignes l’existence d’un ordre naturel et, au moins, des parcelles de la loi naturelle.

La cohérence de l’ensemble

Catholiques ou hommes de bonne volonté, nous réagissons aujourd’hui aux successives attaques contre la famille, contre l’enfant à naître, contre les perversions LGBT ou plus récemment contre les folies du wokisme et du transgenre. À vrai dire, la liste pourrait être encore allongée, d’autant plus que chacun d’entre nous répond à ces attaques en fonction de ce qui l’affecte le plus à tel moment de son existence.

On pourrait assurément y voir une sorte de guérilla menée contre les différents avant-postes du mal social, si du moins nous savions en vue de quoi nous nous battons. Mais est-ce vraiment le cas, d’autant que le terme guérilla implique une certaine initiative là où nous ne faisons que répondre aux actions de nos adversaires ?

Il ne s’agit pas tant ici d’être irénique, en prétendant « faire du positif » que de souligner que nous manquons à la fois de cohérence et d’une claire vision du but à atteindre. Il est, en effet, un peu vain de dénoncer, dans tel ou tel secteur, le refus de normes objectives sans remonter au projet politique moderne lui-même, lequel est caractérisé justement par le refus de toute norme extérieure à l’homme qu’elle vienne de la religion ou de la nature. Il semble donc que nous ayons en premier lieu besoin de retrouver une cohérence intellectuelle et une vision d’ensemble.

La société traditionnelle

Généralement, nous voyons clairement ce que nous refusons et ce que nous combattons. Il est bien entendu qu’un mal combattu est le pendant d’un bien à faire éclore. S’opposer à l’avortement consiste bien à défendre la vie à naître. Refuser le transgérisme consiste bien à plaider en faveur du respect de ce qu’est un homme et de ce qu’est une femme. Mais quelle société proposons-nous exacte­ment qui, non seulement apporte une réponse à toutes ces questions fragmentaires, mais permette à l’homme de vivre normale­ment et d’atteindre sa fin ?

Un élément de réponse vient de saint Pie X dont nous avons fêté en août dernier le centenaire du rappel à Dieu. Dans Notre charge apostolique, il écrivait, en effet :

« Non (…), – il faut rappeler énergiquement dans ces temps d’anarchie sociale et intellectuelle, où chacun se pose en docteur et législateur  – on ne bâtira pas la cité autrement que Dieu ne l’a bâtie ; on n’édifiera pas la société, si l’Église n’en jette les bases et ne dirige les travaux ; non, la civilisation n’est plus à inventer ni la cité nouvelle à bâtir dans les nuées. Elle a été, elle est ; c’est la civilisation chrétienne, c’est la cité catholique. Il ne s’agit que de l’instaurer et la restaurer sans cesse sur ses fondements naturels et divins contre les attaques toujours renaissantes de l’utopie malsaine, de la révolte et de l’impiété : omnia instaurare in Christo. »

Pour ce faire, il n’est certainement pas suffisant de se contenter d’un folklore un peu trop facile et désuet, mais il convient de travailler à retrouver les lois que la vie politique possède par nature pour être capable, le moment venu, de les confronter aux circonstances par le biais de la prudence politique. C’est aussi à ce but que voudrait servir Reconstruire, à sa modeste place, mais de manière décidée.

 

>> à lire également : Cérémonie des Jeux olympiques : quelles leçons ?

 

Stéphen Vallet

Ce contenu pourrait vous intéresser

À la uneÉditorial

Notre quinzaine | Face au règne de l’opinion permanente : le choix du vrai

Éditorial de Philippe Maxence (n° 1847) | Il revient au journaliste de rapporter les faits du moment, et aujourd’hui, quasi de manière instantanée. Mais, parfois, non content de décrire et d’apporter les premiers éléments sur une situation, il en vient à commenter et, le plus souvent, à supputer. Dans un univers de bruit permanent, faut-il ajouter du bruit au bruit ou, pire, entretenir le règne de l’opinion permanente qui égalise toute idée au prétexte de son existence et la déconnecte de la recherche de la vérité ?

+

Face au règne de l’opinion permanente : le choix du vrai
Éditorial

Notre quinzaine : des racines pour l’éternité

Éditorial de Philippe Maxence (n° 1846) | Au mois de décembre, La Croix a mené une enquête sur les catholiques français. L’une des leçons non dites de cette enquête est justement l’installation du relativisme. A contrario, à la porte de l’Église, des âmes frappent pourtant, demandant résolument la grâce du baptême.

+

racine futur tradition église
Éditorial

Noël : Dieu entre à nouveau dans l’Histoire

Éditorial de Maitena Urbistondoy | Les crèches de Noël sont déjà bien installées dans nos églises et nos maisons et suscitent une impression de paix, de chaleur familiale et de continuité. La Nativité rappelle que Dieu agit dans l’Histoire par des cœurs disponibles et des volontés droites. Il ne supprime ni la responsabilité ni l’effort. Il les éclaire et les ordonne. 

+

noël
Éditorial

La grâce de l’identité chrétienne

Éditorial du Père Danziec | La terre qui nous a vu naître et grandir nous concerne dans la mesure où elle représente un cadre, une atmosphère, un climat même, qui ne font pas seulement que nous entourer, mais qui, bien plus encore, nous façonnent et nous élèvent, font notre identité.

+

identité chrétienne
ÉditorialLectures

Notre quinzaine : Quand lire est un enjeu pour l’avenir de l’humain

Éditorial de Philippe Maxence | Depuis des décennies, le niveau de lecture ne cesse de s’effondrer. Un basculement s’opère, signe d’un changement de civilisation. La galaxie Gutenberg s’éloigne et nous entrons dans un autre univers. Pourquoi, en effet, écrire, lire et travailler quand une machine est en mesure de remplir toutes ces tâches ? Le résultat ? Certes une vie facilitée, vision immédiate et très utilitariste, accélérée par cette passion qu’est la paresse, mais surtout une atrophie de nos capacités mentales et morales.

+

enfant albums lire