Saint Jean-Paul II et le don de soi

Publié le 04 Juin 2015
Saint Jean-Paul II et le don de soi L'Homme Nouveau
En 1994, Jean-Paul II rédigea un texte personnel très profond, intitulé « Méditation sur le thème du don désintéressé », c’est-à-dire du don sans mélange, intègre, sincère. Écrit en polonais, ce texte ne toucha sans doute alors que les amis intellectuels de son pays. Mais, peu après la mort de son auteur, en 2006, les Acta officiels du Saint-Siège le publièrent dans sa version originelle et en italien, puis une revue théologique francophone l’a fait connaître en notre langue il y a trois ans. Ces publications invitent à recueillir ce document comme un testament du saint pape pour notre vie morale et sociale.

 

En quelques pages étincelantes et complexes, le grand penseur que fut ce pape met en scène nombre d’idées qui le poursuivaient depuis sa jeunesse. Il s’agit d’une puissante synthèse qui articule la réflexion morale autour d’une expression soigneusement choisie, tel un refrain : « Dieu t’a donné à moi ». L’homme ne peut se réaliser lui-même que dans la relation à autrui ; mais à la condition que l’autre lui apparaisse pleinement comme un don, un cadeau du Donateur divin : la Providence, en protégeant mes pas dans l’ouverture sociale, me fait partager une étincelle de sa vie divine, « à son image et ressemblance ». Cette intuition centrale gouverne « toute une anthropologie et une éthique du don », explique Pascal Ide  qui présente la Méditation de Jean-Paul II au public français (Nouvelle Revue Théologique, 134/2, 2012, p. 188-200 & 201-214).

Le contact réel avec Dieu

« Humilité contre désespoir », dit quelque part Thomas Merton (Semences de contemplation, chap. 16), ce qui revient à « adoration ou désespoir », titre du célèbre ouvrage du Père Molinié (Cf. chap. 28, « L’amour humain et la Trinité »). Ce ne sont pas de simples jeux de mots. Seule l’humilité, seule l’adoration ouvrent le contact direct avec Dieu, donnant d’aimer en vérité, sans fard, et d’aider l’autre. La relation classique dans l’ordre naturel est la relation conjugale, qui implique le don mutuel sincère, sans restriction par conséquent, donc prêt à affronter l’âpre quotidien et ses turbulences. Toute amitié également se forge au feu de ce don sincère, et lorsque sa base est surnaturelle, dans le sacrement de mariage d’une part et la paternité spirituelle de l’autre, la vérité du don n’accepte aucune faille, aucune supercherie d’égoïsme, de vanité, de mépris caché.

Totus tuus

« Totus tuus » : la devise de Jean-Paul II a placé sa vocation de Père commun des fidèles à l’ombre de Celle qui a su donner à Dieu en recevant parfaitement le don de Dieu. Le pape s’inscrivait sciemment dans le sillage de saint Louis-Marie et de son Traité de la vraie dévotion. L’Incarnation rédemptrice est devenue ainsi l’ultime matrice de toute relation humaine achevée. Sans ce recours, tout est guetté par l’ombre et la déchéance. « Totus tuus », « ce n’est pas tant une déclaration qu’une prière pour que je sois gardé de toute concupiscence, même la plus secrète ». Un Père Abbé soulignait que la paternité spirituelle est sans doute ce qu’il y a de plus beau ici-bas ; mais, ajoutait-il, quelle pureté elle demande chez le maître, quelle humilité chez le disciple !

Pour s’accomplir, Nietzsche cherche son surhomme dans un effort schizophrène, acharné à trouver un encouragement héroïque en lui-même, en son ego, et terminant dans la folie, dans l’enfer qui fixe et enferme l’égoïsme en lui-même pour l’éternité. À l’inverse, Jean-Paul II place la relation conjugale dans la lumière du don divin, sous le soleil de Dieu sans lequel tout tombe en ruine. Mieux encore, poursuit-il, « je me rendais compte que la vocation sacerdotale aura mis sur mon chemin beaucoup de personnes, que Dieu m’aura confié de manière particulière chacun et chacune d’elles : Il donne et Il confie ». L’autorité et l’obéissance deviennent alors un duo, un chant à deux dans la lumière divine où les processions trinitaires se disent dans la chaleur de l’amour.

Un moine

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