Saint-Martin : une communauté en fête

Publié le 14 Oct 2016
Saint-Martin : une communauté en fête L'Homme Nouveau

Quarante ans déjà… Fondée en 1976 en Italie par Mgr Guérin, la Communauté Saint-Martin compte actuellement plus de 100 prêtres et 110 séminaristes. Rencontre avec le modérateur de la Communauté, don Paul Préaux.

Vous vous préparez à fêter les quarante ans de la Communauté Saint-Martin.

Notre quarantième anniversaire sera marqué par trois évènements principaux. Nous célébrerons d’abord une messe d’action de grâce le 5 novembre, à la basilique du Sacré-Cœur de Montmartre, qui a vu naître la Communauté. Le 11 novembre, en la fête de saint Martin, nous réunirons les séminaristes de la Communauté et leurs familles, à Évron, notre maison mère et maison de formation, située dans le diocèse de Laval. Puis, du 14 au 16 novembre, ce sont les membres de la Communauté, nos 100 prêtres et diacres et nos 110 séminaristes, qui se rassembleront.

Votre Communauté a été fondée le 1er octobre 1976. Quel bilan tirez-vous de ces quarante ans ?

De plus en plus, je pense que si la Communauté ne correspondait pas à un dessein de Dieu, il y a longtemps ­qu’elle n’existerait plus. Nous avons reçu beaucoup de grâces. Avec Mgr Jean-François Guérin, d’abord, qui a accepté de répondre à ce projet de Dieu, en quittant la France pour aller fonder la Communauté dans le diocèse de Gênes, en Italie. Cette période d’enfouissement nous a permis de grandir dans une certaine humilité, de ne pas être un phénomène de mode, mais d’avancer, au milieu des difficultés, en nous enracinant dans le Seigneur. La grâce de trouver Mgr Joseph Madec, ensuite, le premier évêque français qui nous a fait confiance en nous appelant à servir dans son diocèse de Fréjus-Toulon. Sans lui, nous n’aurions sans doute pas pu retrouver la France et y implanter des communautés.

La fécondité d’aujourd’hui s’explique beaucoup par cet enfouissement d’hier, qui nous appris que c’est le Seigneur qui donne. Nous n’avons pas de méthode de recrutement. Nous essayons de vivre au mieux notre vie commune et notre mission, tout en réfléchissant à notre place dans l’Église. Il s’agit de contribuer au souffle missionnaire « à notre place, toute notre place, rien que notre place », selon une formule de notre fondateur. Nous ne sommes pas toute l’Église, mais nous avons une place dans l’Église.

Une place grandissante…

Elle est grandissante à la mesure de nos racines. Aujourd’hui, on s’intéresse beaucoup au nombre. Or il s’agit d’un paramètre aléatoire. En 2000, nous avions 17 séminaristes. Et peut-être dans trente ans, serons-nous moins nombreux. Nous sommes motivés par le discernement des vocations, les éveiller, les accueillir, les former et les soutenir, et non, d’abord, par leur nombre.

Comment doit-on définir la Communauté Saint-Martin ? Une congrégation de chanoines, une famille religieuse, un nouvel ordre monastique ?

Non, la Communauté Saint-Martin est très clairement une communauté de prêtres et de diacres. Des hommes choisis et consacrés par le sacrement du ministère apostolique, afin de vivre et de rayonner la charité du Christ Bon Pasteur.

Canoniquement, nous sommes une association cléricale de droit pontifical et dépendons du cardinal préfet de la Congrégation pour le clergé. Nous sommes des prêtres séculiers, vivant une vie communautaire en vue d’un ministère que nous confient les évêques. Cela peut être une paroisse, un sanctuaire, la pastorale des jeunes, les internats. Nous n’avons pas d’œuvres propres. Nous apportons un appoint sacerdotal à l’évangélisation. La seule chose que nous ayons en propre est notre maison de formation, étant donné que la formation sacerdotale constitue l’autre finalité de la Communauté.

Qui, exactement, était votre fondateur, Mgr Guérin ?

Prêtre du diocèse de Tours, il a été envoyé à Montmartre en 1965. C’est à partir de là que de jeunes étudiants ont commencé à se rassembler autour de lui. Peu à peu, le désir d’une vie commune est né. Puis, la Providence a pris les choses en main : grâce à l’intervention de dom Jean Roy, ­abbé de Fontgombault, ce groupe a pu s’installer à Voltri, en Italie, accueilli par l’archevêque de Gênes, le cardinal Giuseppe Siri.

J’ai connu personnellement l’abbé Guérin. Ce qui m’a le plus frappé chez lui, c’est son amour de l’Église, vécu dans la foi et, parfois, dans la nuit, un amour qui n’acceptait aucune compromission, y compris dans les aspects liturgiques et doctrinaux. Son sens de l’obéissance à l’Église était total, à la mesure de son attachement au Christ.

Un autre aspect de sa personnalité m’a beaucoup marqué : il était pragmatique, doté d’un bon sens paysan et n’aimait pas les grandes théories. Je pense que cela nous a sauvés de bien des problèmes.

Enfin, sa vie spirituelle était animée par une véritable théologie des saints. Le Saint des saints, le Sacré-Cœur de Jésus, bien sûr, mais aussi ces saints qui sont devenus les piliers de la Communauté : saint Jean-Baptiste, saint Martin, sainte Thérèse et le Curé d’Ars.

Vous reste-t-il quelque chose de votre passage par Gênes et donc du cardinal Siri ?

Oui, il reste l’amour de l’Église et le désir de la servir. Nous gardons aussi de Gênes qu’il est possible d’être un homme de la vie liturgique avec le sens du sacré, et un homme proche des pauvres et des petits. Le cardinal Siri, homme d’une grande rectitude doctrinale, était aussi un homme très proche des plus pauvres. Je pense que nous avons hérité également de ce diocèse une fidélité respectueuse au magistère de l’Église.

La Communauté Saint-Martin est souvent associée à un respect attentif à ce que demande la réforme liturgique.

Depuis 1969, nous pratiquons ce qui s’appelle aujourd’hui la forme ordinaire, sachant que l’abbé Guérin l’a enrichie de pratiques de la forme extraordinaire. À la maison de formation, la liturgie de la forme ordinaire est célébrée face à l’Orient, en latin et en grégorien. Pourquoi cette fidélité et ce respect ? Parce que nous sommes diacres ou prêtres et donc serviteurs. Mens concordet voci (« que l’esprit concorde avec la voix »), exprime l’ancien adage bénédictin : nous recevons la liturgie de l’Église, nous ne la choisissons pas – ni ne la créons – en fonction de nos dispositions subjectives. Nous nous laissons former et transformer par elle.

L’Année de la Miséricorde se termine. Nous fêtons le 1700e anniversaire de la naissance de saint Martin. Y a-t-il un lien entre les deux ?

C’est un beau signe de la Providence, en effet, puisque saint Martin est appelé le Miséricordieux, en Orient. Il mérite cette appellation en raison de sa grande charité envers Dieu et envers les pauvres. Si Martin a une grande conscience de sa pauvreté humaine, il croit de toutes ses forces que, du cœur de la Trinité, coule le grand fleuve de la miséricorde divine. C’est un grand modèle pour les prêtres et les diacres, d’une actualité brûlante.

Communauté Saint-Martin, 8, place de la basilique, BP 110, 53600 Évron. Tél. : 02 43 26 12 00 – www.communautesaintmartin.org

Le samedi 5 novembre aura leu la journée anniversaire de la Communauté Saint-Martin avec, à :
15 h : Messe solennelle d’action de grâce pour le 40e anniversaire de la Communauté à Montmartre.
20 h 45 : Spectacle des séminaristes « Saint Martin le Miséricordieux » au Bon Conseil (6, rue Albert de Lapparent, 75007 Paris). Libre participation.
Réservation obligatoire sur www.communautesaintmartin.org ou directement à l’adresse suivante : jubilesaintmartin@communautesaintmartin.org

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