Comment fait-on les saints ?

Publié le 06 Déc 2022
Les dernières béatifications et canonisations de Français, Charles de Foucauld ou Pauline Jaricot amènent à s’interroger sur le processus, long et rigoureux, au cours duquel l’Église étudie, approuve puis garantit que les personnes dont la vie est examinée sont bien dignes d’être offertes à la vénération des catholiques.
Entretien avec don Rémi Bazin, de la Communauté Saint-Martin, official au Dicastère des Causes des Saints
Comment a été créé ce Dicastère ?

C’est une longue histoire. Le processus de la sainteté dans l’Église remonte aux premiers siècles. Le dicastère actuel remonte à l’institution, en 1588, par le pape Sixte Quint, de la Congrégation des Rites. Elle avait pour fonction d’abord le contrôle du culte et ensuite la canonisation des saints. En 1969, le pape Paul VI va diviser la Congrégation en deux dicastères différents : la Dicastère pour le Culte divin et le Dicastère pour la Cause des Saints. Ce dicastère a trois compétences : les causes de béatification et de canonisation, la concession du titre de Docteur de l’Église et les questions relatives à l’authenticité et la conservation des reliques.

Pour bien comprendre, il faut savoir que les béatifications et canonisations relèvent du discernement de l’Église qui s’effectue à partir de la liste de ceux qui spontanément étaient considérés comme des saints par le peuple de Dieu. Il s’agit toujours en premier d’une initiative populaire. Le Dicastère des causes des saints ne va pas chercher un peu partout dans le monde de bons exemples.

À partir du moment où un certain nombre de gens portent en odeur de sainteté une personne, il est normal que l’Église étudie le cas. Ce discernement était fait dans un premier temps par les évêques locaux, et à partir de 1234 le pape s’est réservé cette compétence pour des raisons d’harmonie. À partir du XIIIe siècle, il n’y a plus que des canonisations pontificales.

Les tout premiers saints reconnus par l’Église étaient les martyrs. Jusqu’au IVe siècle, il n’y a pas d’autres canonisations. La reconnaissance à ce moment-là est alors spontanée. Lorsqu’un chrétien devenait martyr, spontanément les fidèles allaient se recueillir sur sa tombe et l’invoquer. Ensuite, son nom était inscrit dans le canon de la Messe. Les communautés se partageaient entre elles, dans les Actes des martyrs, les récits édifiants et chacun rajoutait les noms dans le canon de la Messe.

Aujourd’hui encore, c’est parce qu’il y a une dévotion spontanée que l’évêque local va exercer un premier discernement pour voir s’il y a réellement matière. Il peut alors ouvrir un procès localement et une fois que les actes d’instruction sont achevés, ils sont portés à Rome. Le jugement va être préparé, mais n’appartient en dernier lieu qu’au pape.

Quels sont les critères pour reconnaître un saint ?

Ces causes sont portées à Rome par un acteur. Le rôle de l’acteur est de promouvoir l’instruction d’une cause. Ce peut être un diocèse, une paroisse, une congrégation religieuse ou une association de fidèles. L’acteur agit à travers un postulateur qui le représente auprès des autorités diocésaines et romaines compétentes.

S’il l’estime opportun, l’évêque sollicité par le postulateur peut ouvrir une enquête, au cours de laquelle seront rassemblés tous les témoignages et documents utiles à la cause, et où seront étudiés par deux théologiens tous les écrits du serviteur ou de la servante de Dieu. Une fois l’enquête diocésaine achevée, les actes sont portés au Dicastère des Causes des Saints pour être validés et étudiés.

La Positio, qui contient toutes les preuves validement rassemblées, est ensuite soumise à l’examen d’une commission d’historiens, si c’est une cause historique, puis de théologiens et enfin est présentée au vote de l’assemblée des cardinaux et évêques qui sont membres du Dicastère. Si le vote est positif, le cas est présenté au Saint-Père qui peut alors reconnaître le martyre, l’héroïcité des vertus ou l’offrande héroïque de la vie. Le serviteur de Dieu est alors appelé « vénérable ».

Pour un martyr, la célébration de la béatification pourra avoir lieu sans attendre. En revanche pour un vénérable non martyr, la reconnaissance d’un miracle attribué à son intercession est encore nécessaire.

La béatification permet la célébration d’un culte public local. Pour que ce culte soit étendu à l’Église universelle, il faudra, pour tous les cas, la reconnaissance d’un autre miracle intervenu après la béatification, conduisant à la célébration de la canonisation.

Comment vivez-vous ce service un peu particulier à l’Église ?

Le Saint-Siège avait demandé à ma communauté d’envoyer un prêtre, et mon supérieur m’a donc demandé si je souhaitais me rendre à Rome. J’ai accepté, en sachant que je continuerai à vivre avec d’autres prêtres de ma communauté, que mon cadre de vie ne changerait pas de ce point de vue. Le contact est différent avec les fidèles, mais il y a toujours des pèlerins à accueillir dans notre paroisse. Nous sommes dans une ville où nous voyons battre le cœur de l’Église, dans sa dimension universelle, c’est une grâce. Je suis actuellement le seul Français à travailler pour le Dicastère.

Notre travail quotidien est un peu austère. Mais nous sommes au service des évêques et du peuple de Dieu. Tout le monde peut nous écrire. Nous essayons de prendre le temps de répondre aux lettres envoyées, dans la mesure de ce qu’on peut communiquer. Il y a une dimension secrète dans notre travail, pour assurer une véritable liberté de parole pour nos intervenants dans le processus de canonisation.

C’est une manière différente de vivre son sacerdoce, de servir, mais nous passons notre journée à lire des témoignages de vie édifiants. Même si tous n’aboutissent pas à des canonisations, ils nous stimulent dans notre propre désir de sainteté.

Maitena Urbistondoy

Maitena Urbistondoy

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