> DOSSIER n° 1865 : « Le trésor de la liturgie byzantine »
Né au cœur de l’Orient chrétien, le chant byzantin traverse près de deux millénaires d’histoire. Il plonge ses racines dans les premières traditions de l’Église et s’est façonné au fil des siècles entre Jérusalem, Antioche et Constantinople. Johnny El Kassis, chantre à l’église Saint-Julien-le-Pauvre, à Paris, que dessert la communauté catholique grecque-melkite, nous évoque ce trésor transmis jusqu’à aujourd’hui.
| D’où vient exactement le chant liturgique byzantin ? Quelles sont ses racines ?
Permettez-moi d’abord de souligner que le terme « byzantin » a été utilisé et imposé par les Occidentaux pour désigner, de manière quelque peu imparfaite, ce chant qui est à l’origine un chant romain : celui de l’empire romain d’Orient, qui incarnait la continuité de la romanité. Ce chant est né au Moyen-Orient, en s’appuyant sur les Psaumes que chantaient déjà les Juifs, tout en donnant naissance à de nouveaux hymnes porteurs de symboles plus spécifiquement chrétiens. C’est le cas, par exemple, du Phos Hilaron, ce chant d’origine grecque qui date vraisemblablement du IIIᵉ siècle, et qui évoque déjà la théologie trinitaire, bien avant le concile de Nicée… Avec le temps, la nouvelle capitale impériale, Constantinople, a progressivement repris et intégré les textes issus de cette tradition monastique palestinienne, notamment ceux du patriarcat d’Antioche, avant de les faire évoluer. Quant à la musique en elle-même, elle ne procède pas d’une source unique ; elle est plutôt le fruit d’une synthèse entre les différentes traditions musicales régionales, de la Grèce à la Palestine.
| Quelle évolution a-t-il connue, au fil des siècles ?
Dès le VIᵉ siècle, avec saint Romain le Mélode, puis aux VIIᵉ et VIIIᵉ siècles avec d’autres hymnographes, comme saint Jean Damascène, la tradition hymnographique byzantine connaît un essor considérable. Les grands canons et les systèmes de l’office byzantin donnent alors aux tropaires une place structurante : ce sont de courtes pièces chantées, liées à chaque fête liturgique. Mais c’est au XIVᵉ siècle que cette tradition atteint son apogée, avec le développement de ce que l’on appellera les chants mélismatiques. Certaines de leurs formes atteignent une complexité et une longueur exceptionnelles : une même phrase peut être chantée pendant vingt minutes, tout en restant fondée sur une seule ligne mélodique. Cette nouvelle esthétique prend le nom de kallophonie…






