Une rencontre avec le Cardinal…

Publié le 14 Jan 2023
cardinal

© Manfredo Ferrari

Il y a vingt-deux ans, j’ai été reçu en tête-à-tête avec celui qui était encore le cardinal Joseph Ratzinger, préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la foi. Je souhaitais l’interroger sur cette nouvelle vague d’eugénisme chic, décomplexé, qui a désormais pignon sur rue. Sur les évolutions récentes de la technique et la liberté de l’homme, la nouvelle élimination des handicapés et le silence des autorités morales d’aujourd’hui, l’extrême solitude et la pauvreté des résistances, j’avais des questions à poser à celui qui restera comme l’un des plus grands intellectuels du XXe siècle. « Vous savez, me dit-il, avant la guerre, j’avais un petit cousin qui était handicapé mental, trisomique, c’était le fils de la sœur de ma mère. Un jour, il fut emmené en institution pour de mystérieux “traitements” mais il ne revint jamais. Il a fait partie de la cohorte des 200 000 handicapés euthanasiés avant la guerre par le régime nazi. » Le cardinal Joseph Ratzinger ne me cacha pas qu’il voyait évidemment une logique dans l’enchaînement de ces événements, les mêmes causes produisant les mêmes effets, le mépris de l’homme n’étant plus porté par un État autoritaire mais par un marché irrésistible. Il me parla aussi de Mgr von Galen qui mit en échec l’Aktion T4, non par la conversion des dirigeants ou par une fallacieuse bienveillance à leur égard, mais par le rapport de forces qu’il avait su établir avec eux. Cet homme seul qui, pendant que les avions britanniques bombardaient sa ville de Münster, continua à dénoncer la mise à mort par l’euthanasie qu’il tenait pour plus grave que les attaques ennemies. C’était plus grave parce que c’était plus injuste ! C’est cette sûreté de jugement et ce courage d’expression qui permirent à l’évêque de Münster d’impressionner les dirigeants du Reich au point qu’ils interdirent au moins provisoirement, pour préserver ce qui restait d’unité intérieure, les déportations massives d’anormaux. En me parlant ainsi, avec la douceur qui le caractérisait, le futur Benoît XVI montrait que le combat gagné peut être un combat perdu d’avance mais poursuivi jusqu’au bout, même par la parole d’un seul.   A lire également : Foi et raison

Pour continuer à lire cet article
et de nombreux autres

Abonnez-vous dès à présent

Jean-Marie Le Méné, Président de la Fondation Jérôme Lejeune et membre de l'Académie pontificale pour la Vie

Ce contenu pourrait vous intéresser

A la uneEgliseSpiritualité

Lourdes : se plonger dans l’eau vivifiante

Les piscines de Lourdes, dont l'accès avait été interdit au temps du COVID, vont enfin ré-ouvrir, après que les autorités du sanctuaire en ont profité pour en rénover l'accès et l'utilisation. Voilà qui offre l'occasion d'inviter les pèlerins à entrer dans une riche symbolique qui s'inscrit dans la révélation biblique et le quotidien de la vie chrétienne.

+

lourdes eau
ChroniquesEgliseLiturgie

Célébrations pascales

L'esprit de la liturgie | Au commencement de ce temps pascal, l’Église célèbre la Résurrection de son Seigneur huit jours durant : c’est l’octave de Pâques. Les jours consacrés à la commémoration de la Résurrection sont remplis de coutumes et de célébrations, passées et actuelles, évoquant la blancheur des âmes des baptisé, le lait et le miel de la Terre promise, la foi de Thomas et, depuis l’an 2000, la miséricorde du Seigneur envers les pécheurs.

+

célébrations pascales thomas
EgliseEglise de France

Notre-Dame de Boulogne, bientôt basilique ?

Une église qui va devenir une basilique ! Le 22 mars dernier, la conférence des évêques de France a changé l’histoire fabuleuse de Notre-Dame de Boulogne-Billancourt, en donnant son accord à Mgr Rougé pour engager les démarches auprès du Dicastère pour le culte divin et la discipline des sacrements afin de conférer le titre de basilique mineure à l’église Notre-Dame-de-Boulogne.

+

Boulogne