Nous avons déjà le Credo, à quoi sert donc le Manifeste de la foi du cardinal Müller ?

Publié le 15 Fév 2019
Nous avons déjà le Credo, à quoi sert donc le Manifeste de la foi du cardinal Müller ? L'Homme Nouveau

Le 9 février, le cardinal Müller, ancien préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la foi publiait un texte intitulé : Manifeste de la foi. Comportant des similitudes avec le Credo de Paul VI, la profession de foi que le pape avait donné au monde en 1968, pour donner au peuple chrétien un roc sur lequel s’amarrer pour traverser la tempête qu’affrontait l’Église. Cinq jours plus tôt, le pape signait le Document sur la fraternité humaine pour la paix mondiale et la coexistence commune. Un texte qui fait polémique. Faut-il voir un lien entre les deux textes ? Adélaïde Pouchol, rédactrice en chef adjointe de L’Homme Nouveau, a posé la question à l’abbé Hervé Benoît.

Le cardinal Müller, ancien préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la foi (CDF), a publié le 9 février dernier Manifeste de la foi pour dire les vérités essentielles de la foi « face à la confusion croissante sur la doctrine ». Le Credo ne suffit-il pas à dire ces vérités essentielles ? 

Abbé Hervé Benoît : Pour autant que je puisse comprendre le document publié par le cardinal Müller, comme simple « prêtre de terrain », il ne me semble y avoir chez lui aucune intention, de près ou de loin, de remplacer le Credo. Il dit en toutes lettres « vouloir rendre témoignage publiquement à la vérité de la Révélation ». Dont acte. Il donne un témoignage de foi, comme baptisé, comme évêque et comme ancien préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la foi. Il passe en revue, avec force et vigueur, les points les plus souvent remis en question aujourd’hui : la Sainte Trinité, le Christ, l’Église, les sacrements, le salut, l’enfer. Rien de bien révolutionnaire, on le voit. Remarquons qu’il s’adresse surtout aux prêtres et aux évêques, d’une façon vigoureuse (est-ce lui le « Panzer Kardinal » ?), pour les encourager à enseigner à temps et à contretemps.

Paul VI avait publié une « Profession de foi » en 1968 et le cardinal Müller semble s’inscrire dans une même démarche sauf qu’il n’est pas pape et n’est plus à la tête de la CDF. Quelle valeur magistérielle ce texte a-t-il ?

Votre remarque est juste. J’ai immédiatement pensé à cette profession de foi, qui fit tant de bien il y a cinquante ans. Sur le plan du « genre littéraire », le texte du cardinal Müller est un écrit de circonstance, en forme de « catéchisme express », une sorte de compendium du compendium, pour ainsi dire, appuyé en permanence et explicitement sur le Catéchisme de l’Église catholique. Je serais presque tenté de dire que l’autorité de la profession de foi du cardinal Müller pourrait se mesurer à sa coïncidence avec le grand Catéchisme. On a même l’impression que, parfois, pour aller au plus pressé (je n’ai eu le temps de vérifier) il s’est contenté de faire des « copier-coller », ce qui est une manière de dire : allez voir là où tout est dit.

Le cardinal Müller avait rédigé son texte avant que ne paraisse le très problématique Document sur la fraternité universelle signé par le Pape à Abou Dhabi, reste que la Déclaration de foi apparaît comme une remise en cause à peine masquée des partis pris du Pape. Faudrait-il donc choisir entre le Pape et l’un de ses cardinaux ?

Je crois que vous exagérez un peu. Si le texte du cardinal précède celui du pape, je ne me risquerai certainement pas à d’acrobatiques contorsions mentales pour savoir si « on peut mettre Abou Dhabi dans une bouteille ». Plus sérieusement, quoi qu’on en ait sur l’enseignement du pape François, quel que soit l’agacement que peuvent parfois provoquer ses formules à l’emporte-pièce, et les à-peu-près théologiques que l’on peut découvrir dans son enseignement, le Pape reste le Pape. Le pape François tient à enseigner dans un style populaire et décontracté, pour capter l’auditoire de base, comme le font certains curés de banlieue, à la manière de Don Camillo, ou de mon ami « le curé enragé » sur YouTube. Est-ce efficient ? Le rapport qualité-prix est-il préservé ? Je n’oserais décider trop vite, ni dans un sens ni dans l’autre. La « Deutsche Qualität » théologique du précédent pontificat me convenait beaucoup mieux, mais « qui suis-je pour juger ? ».

Pour prendre un exemple concret, le cardinal Müller redit avec force la nécessité et la grandeur du célibat des prêtres alors que le pape François a plusieurs fois évoqué sa possible remise en question. Comme fidèles, comment devons-nous accueillir ces positions contradictoires ?

Nous devrions garder « le calme des vieilles troupes » qui ne se laissent pas emporter par la moindre vaguelette médiatique. Si le Pape a évoqué une remise en question du célibat sacerdotal dans l’Église latine, c’est dans certaines conditions très particulières. Pour être honnête, il a aussi redit à plusieurs reprises qu’il n’était pas question de remettre en cause la loi générale. Est-il opportun de revenir sur un sujet de prédilection pour les pseudo-agitateurs progressistes dans et hors de l’institution ? Pour ma part, je n’en suis pas convaincu. Mais, jusqu’à preuve du contraire, je ne jouis pas du charisme du successeur de Pierre. À chacun son travail, comme dit le proverbe. Comme fidèles, appuyons-nous sur la foi de l’Église, et j’ai la faiblesse de penser que le pape et le cardinal ayant, chacun dans son style, l’intention de faire de même, ils ne sont pas en contradiction. Je ne veux pas relativiser, bien sûr, mais écoutons l’appel du cardinal et replongeons-nous dans l’enseignement de l’Église, par nous-mêmes, plutôt que de rester accrochés à l’actualité toujours fuyante.

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