À quoi sert la politique ?

Publié le 16 Avr 2025
politique

La politique doit servir les hommes, à l'image du Christ serviteur.

> L’Éditorial du Père Danziec

 

La parole de Dieu porte en elle un parfum céleste. Son verbe vient d’en haut. Elle nous indique le chemin du Ciel et les moyens pour y parvenir. Le Fils de Dieu promet effectivement sa paix divine à tous ceux qui sont disposés à le suivre. Et tout naturellement, lorsque l’on moissonne l’Évangile, il appartient à chacun, parmi les javelles de lumière essaimées dans le champ de l’Église, de nourrir une réflexion profonde sur sa propre existence à partir des gerbes de la vie du Christ.

D’autant plus que Notre-Seigneur, compatissant et prédicateur de la sagesse éternelle, n’est pas déconnecté des réalités terrestres. « J’ai pitié de cette foule. Depuis trois jours qu’ils me suivent, depuis trois jours qu’ils boivent mes paroles mais ils ont faim » affirme-t-il, magnanime, lors de la multiplication des pains (Mt 15, 32).

Dans le sillage de Pâques, qui mieux que Jésus-Christ pour nous apprendre que servir, c’est régner ? Réside là, d’ailleurs, la raison même de son Incarnation : « Je ne suis pas venu pour être servi mais pour servir.» Dans la lignée de cette orientation de vie, la souveraine politique sera donc celle qui prend pitié des hommes.

Prendre plaisir à vivre ensemble

Les hommes sont appelés à vivre en société mais le péché originel fait que, de façon récurrente, la dissociété les menace, pour reprendre le mot popularisé par Jacques Généreux. Pour autant, le propos de la politique ne devrait pas consister pas à défendre le vivre-ensemble mais à permettre aux hommes de prendre plaisir à vivre ensemble. Sortir de la dissociété nécessite de suivre la geste du Fils de Dieu qui de Seigneur se fait serviteur.

Ainsi, la politique impérée par la charité théologale devient civilisatrice, seulement dans la mesure où, s’appuyant sur les principes de l’Évangile, elle arrive à dessiner les « espaces de paix et de sociabilité », selon l’expression charmante du professeur Pierre Chaunu. Ces espaces de paix et de sociabilité sont propres à donner justement à l’homme la possibilité d’atteindre sa fin, qui passe par le goût du bien et l’amour du vrai.

Les leçons de l’Histoire nous le prouvent, l’athéisme revendiqué des totalitarismes du XXe siècle comme l’absence de transcendance consubstantielle à l’insouciance de la période contemporaine : aucune politique digne de ce nom ne saurait favoriser pertinemment le Bien commun si elle n’est habitée, au moins de façon lointaine, par la recherche du royaume de Dieu. « Cherchez d’abord le royaume de Dieu, le reste vous sera donné par surcroît.»

Il est en outre une autre exigence à laquelle doit répondre la politique et qui échappe parfois à ceux-là mêmes qui devraient l’enseigner dans l’Église : la politique se doit d’aider les hommes à atteindre leur fin. L’organisation idéale de la cité sera celle qui, à sa place, favorisera l’amour des vertus et le service de la vérité, dans le but du salut des âmes.

Se demander à quoi sert la politique et affirmer qu’elle est au service des hommes pour qu’ils atteignent leur fin appelle une autre question qui prolonge de façon décisive la première : comment la politique pourrait-elle servir sans se mettre à l’école du serviteur par excellence ? À l’école du Christ offert. À l’école du Christ en croix.

L’individu, fin dernière de l’ordre social ?

Gustave Thibon soulignait, avec l’à-propos qui le singularise, que dans les époques classiques du passé, les institutions morales, politiques ou religieuses dépassaient et portaient les individus qui les représentaient. Ainsi la monarchie était plus que le roi, le sacerdoce plus que le prêtre. Au point tel d’ailleurs qu’on pouvait se payer le luxe de s’interroger sur tel roi ou tel pape sans que le principe même de la monarchie ou de l’autorité pontificale soit mis en question le moins du monde.

Aujourd’hui en revanche, comme dans tous les temps de décadence, nous assistons au phénomène inverse. Les institutions ne sont tolérées et aimées qu’à travers les personnes. En 1974, dans son essai De la prudence, la plus humaine des vertus, Marcel De Corte ciblait déjà le problème : « Sous l’influence d’un christianisme dégénéré et sécularisé, l’individu s’est érigé, lentement, puis torrentueusement, fin dernière de l’ordre social.»

Montrer l’exemple et manifester sa soif de cohérence entre l’enseignement de l’Église et sa propre vie – traversée de misères – peut relever d’un certain héroïsme. Assurément de tous les héroïsmes, celui qui importe le plus et qui transcende tous les autres, qui les transcende d’aussi haut que la grâce est en mesure de transcender notre nature, c’est l’héroïsme de la sainteté.

Or la sainteté ne consiste pas à se servir des grâces du Ciel pour son propre compte mais, bien au contraire, à se mettre au service de ces dernières au bénéfice de tous. Devenir des miroirs de la Résurrection au service de son prochain, le voilà l’agir politique dans son sens le plus noble.

 

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Père Danziec

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