Alors que Léon XIII, en condamnant la franc-maçonnerie en 1884, invite les catholiques à refuser « le joug des sociétés secrètes », l’exemple historique d’associations catholiques de cette nature conduit à s’interroger sur leur légitimité morale.
On classe généralement parmi les « sociétés secrètes » la Compagnie du Saint-Sacrement, qu’on pourrait dire plutôt élitiste et discrète. Elle se plaçait au sein de la Contre-Réforme catholique impulsée par le concile de Trente, et visait à la sainteté de ses membres, à la moralisation de la vie publique, au secours des pauvres, aux besoins de l’Église. Elle inspira la fondation de l’Hôpital général de Paris et celle des Missions étrangères de Paris. Association de perfection rassemblant des personnages pieux et influents, tel Gaston de Renty, elle agissait en outre comme un groupe de pression catholique.
Reconstruire une Europe chrétienne

Louis XIII et Richelieu soutinrent la Compagnie du Saint-Sacrement.
Elle s’apparentait au « parti dévot » qui, comme le cardinal de Bérulle, eût aimé reconstruire une Europe chrétienne et prenait ses distances avec la politique menée par le cardinal de Richelieu qui, ardent défenseur du catholicisme en France (réduction des places protestantes), n’hésitait pas à s’allier à des États protestants pour contenir la puissance des Habsbourg.
Louis XIII et Richelieu la soutinrent cependant, mais Mazarin tenta de la supprimer comme « société secrète », c’est-à-dire qui cachait son action de l’État. Elle fut finalement
dissoute par Louis XIV en 1666, ce que l’on peut regretter, mais qui était une décision relevant souverainement de la prudence du prince. Au XIX
ᵉ siècle, la
Congrégation eut des vues plus nettement politiques. Fondée en
1801, elle s’inspirait des pieuses congrégations fondées par les
jésuites dans leurs collèges
(1) mais, plus militante qu’elles, elle se voua sous le Directoire et l’Empire à la défense du catholicisme avec une nette inspiration royaliste. Elle fut d’ailleurs dissoute en 1809 par Napoléon mais reconstituée sous la Restauration en 1819. Ses membres se recrutaient alors largement parmi les
ultras et étaient accusés par les libéraux d’exercer dans la société une influence catholique et conservatrice. Elle fut immédiatement dissoute par la monarchie de Juillet en 1830.
Une société secrète assumée
Ferdinand de…
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