Pâques : quelle fut l’intention du Sauveur ?

Publié le 01 Avr 2026
pâques ressuscité

© hramikona / Shutterstock.com

> Éditorial du chanoine Alexis d’Abbadie, icrsp

 

« La mélodie est proprement indéfinissable. Des mots murmurés par le Christ entre les pierres du tombeau, dans le silence de l’aube. Contemplation de l’âme qui les chante au Père qu’elle rejoint, elle aussi, dans l’élan de sa vie renouvelée. Elle n’a pas d’éclat : très peu de mouvement. C’est comme un récitatif orné qui se déroule dans une atmosphère de paix, d’intimité, de reconnaissance, de tendresse, de joie pleine. »

Le paradoxe de l’humilité

Ce commentaire du chant grégorien de l’introït que nous devons à dom Ludovic Baron (1) – moine bénédictin bien connu des grégorianistes – révèle comme un paradoxe. Le texte lui-même le souligne : « Je suis ressuscité et encore avec toi je suis. Alléluia. Tu as posé ta main sur moi. Alléluia. Admirable s’est montrée ta science. Alléluia, alléluia. »

Le fidèle, pour fêter la Résurrection, aurait pu s’attendre à un chant d’allégresse et de triomphe ; l’Église ne lui offre qu’un chant humble, méditatif, rappelant presque les mélodies et le ton du carême. Avouons-le, cela a quelque-chose de surprenant et même de désarçonnant. 

Bien sûr, les grands compositeurs de musique sacrée n’ont pas manqué de fournir des chants brillants et les organistes s’en donnent à cœur joie pour solenniser au mieux, par les ronflements de leur instrument, la messe du saint jour de Pâques. Quel bonheur d’entendre retentir dans nos églises (quand la chorale peut se l’autoriser) l’Alléluia du Messie de Haendel ! Comment dissimuler un sourire d’allégresse au chant de l’O Filii ou aux mélodies ronflantes d’un Widor ou d’un Guilmant à l’orgue.

Tout cela est chose heureuse et absolument nécessaire tant le saint jour de Pâques est sans conteste la fête la plus importante et la plus solennelle de l’année liturgique. D’ailleurs, l’Église exige que tous les baptisés assistent au moins à la messe de Pâques pour être toujours considérés comme chrétiens catholiques : quelle obligation !

Le triomphe des triomphes

Bien sûr la Résurrection est le triomphe des triomphes : il a vaincu la mort et nous a ouvert les portes du Ciel. Victoire sur le péché, libération divine des hommes qui suivront désormais le régime de la grâce.

Bien sûr Caïphe, Pilate et tous les détracteurs de Jésus sont abattus : ils avaient cru le détruire mais leur victoire était bien éphémère car ils ont ressenti soudainement le tremblement de terre à la mort du Sauveur et constaté le déchirement du rideau du Temple de Jérusalem : désormais le culte dû à Dieu n’y sera plus jamais réalisable puisqu’il sera comme transféré de façon plus excellente sur tous les autels où le saint sacrifice de la Messe sera célébré. 

Cependant, le fait est que Jésus, dans sa Résurrection, a comme rejeté tout triomphalisme. Il ressuscite avec comme seuls témoins une poignée de gardiens du Temple apeurés fuyant à toutes jambes. Les disciples, eux, sont confinés dans le Cénacle soigneusement bouclé, terrorisés qu’ils sont d’être rattrapés par la fureur du Sanhédrin, et les saintes femmes peinent à réaliser l’immensité de l’événement : Marie-Madeleine confond même le Christ avec un jardinier ! En deux mots, la pompe légitime qui aurait dû entourer l’événement n’est nullement au rendez-vous. 

Quelle fut l’intention du Sauveur alors ? Certainement un enseignement profond qui est que le mystère de sa Résurrection doit avant tout se trouver et se vivre dans la profondeur de notre âme. C’est bien dans l’intimité et le silence du Cénacle qu’il va apparaître à ses apôtres et susciter une foi réelle chez saint Thomas ; c’est comme un simple voyageur qu’il va enseigner les disciples d’Emmaüs et leur faire comprendre l’accomplissement des Écritures.

Le mode de Dieu

Le mode de Dieu n’est pas d’abord dans la solennité mais dans la sobriété de la méditation : c’est ainsi qu’il s’adresse à l’âme des brebis. Ainsi, la sobriété de l’introït que nous avons cité entend insister sur cette leçon spirituelle fondamentale.

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© hramikona / Shutterstock.com

Alors, il ne s’agit pas de renoncer à l’hommage de nos chants triomphants, des grandes orgues, des parures solennelles et des fleurs ; le triomphe et l’éclatement de la joie font partie des éléments indispensables dans la célébration de Pâques. Il ne s’agit pas davantage de retarder la levée des austérités du carême : vive les chasses aux œufs qui font le bonheur des enfants et les repas festifs en famille.

Néanmoins, il s’agit de ne pas négliger cette vérité importante que le Christ ressuscité – qui bientôt nous privera, à l’Ascension, de sa présence physique – ne se trouve et ne se goûte que dans la sobriété de la prière et de la méditation : c’est cela le mystère de la grâce sanctifiante !

Christ est ressuscité. Alléluia ; il est vraiment ressuscité. Alléluia !

 


1. Dom Ludovic Baron, L’Expression du chant grégorien, Éditions Saint-Rémi.

 

>> à lire également : Mgr Fulton Sheen, un « télé-évangélisateur »

 

Chanoine Alexis d'Abbadie, icrsp

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