Le sermon en fête

Publié le 17 Mai 2026
sermon

Louis Bourdaloue et Jacques-Bénigne Bossuet, deux prédicateurs français du Siècle d’Or.

> Carte blanche à Marie Piloquet

  Au concile de Trente, il fut établi que les pasteurs tâcheraient d’éclairer systématiquement les fidèles, lors de la Sainte Messe, par quelque enseignement relatif à la Parole divine. Un siècle plus tard, la prédication connaissait en France un âge d’or. Jacques-Bénigne Bossuet, Louis Bourdaloue, pour en nommer les plus remarqués, donnèrent de leurs chaires des sermons à la taille de ce Grand Siècle, instruits, éloquents et passionnés. De Bourdaloue, aucun manuscrit original n’est parvenu jusqu’à nous : ses sermons n’ont pu être restitués qu’à partir de notes sténographiées d’auditeurs, remaniées a posteriori par des éditeurs. La dernière réédition, en 2021, dirigée par feu Louis Dimier, a cherché à retrouver la pureté originelle de 19 d’entre eux. La rigueur pédagogique du jésuite n’avait d’égale que son opiniâtre logique, les deux semblablement appréciées. Il laisse dans l’art populaire ces ravissants pots de chambre féminins auxquels on a donné son nom, conçus en hommage à ses sermons si longs que les femmes devaient prévoir de pouvoir se soulager sans quitter leur place. Bossuet n’eut pas ses « bourdaloues ». Sans doute appartenait-il à une autre dimension… À l’inverse de son confrère, il écrivait davantage ses sermons, ou plutôt il réalisait des brouillons chargés de ratures et d’ajouts en marge (il nous en reste environ 200). Absents depuis près d’un siècle en librairie, ils refont aujourd’hui leur apparition aux Belles Lettres, dévoilant la merveille de l’éloquence à la française, par-dessous le Ciel dont elle tire toute son inspiration et sa justification. L’art classique y est éminemment respecté. Mais le mot doit faire justice aux choses, nous dit le frère Renaud Silly, auteur de la remarquable préface. Bossuet est prophète parce que Dieu est orateur, et il se fait le relais, à travers sa puissance oratoire magistrale, de cette intelligence divine qui semble opérer, quasiment au même titre qu’un sacrement, à travers ses mots. « Les prédicateurs sont en service commandé », écrit le dominicain ! Lamartine parlera dans un cours de littérature d’« une éloquence entre ciel et terre », une éloquence où l’agent même s’efface devant Celui qu’il sert, sans pour autant qu’il rechigne à soigner ses atouts. Bossuet et Bourdaloue moururent la même année 1704, à un petit mois d’écart. Souvent, on oppose le sublime de l’Aigle de Meaux à la simplicité de l’involontaire père des pots. Mais tous deux soutenaient uno spiritu que « l’utilité des enfants de Dieu, c’est la loi suprême…

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Marie Piloquet

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