Le 20 mai dernier, le pape Léon XIV poursuivait sa catéchèse sur « Les Documents du concile Vatican II » en abordant une troisième partie sur la constitution Sacrosanctum Concilium (4 décembre 1963) : 1. La liturgie dans le mystère de l’Église.
Poursuivant ses catéchèses sur le deuxième concile du Vatican, le Pape a abordé mercredi dernier la constitution Sacrosanctum concilium sur la liturgie, premier document promulgué par le Concile et approuvé par une éclatante majorité (quatre voix seulement contre).
Ce texte est pourtant le plus controversé. La raison majeure tient certainement aux abus qui suivirent la mise en place de la Constitution. Benoît XVI le reconnaissait lui-même dans sa lettre aux évêques qui accompagnait le motu proprio Summorum Pontificum :
« En de nombreux endroits on ne célébrait pas fidèlement selon les prescriptions du nouveau missel ; au contraire, celui-ci finissait par être interprété comme une autorisation, voire même une obligation de créativité ; cette créativité a souvent porté à des déformations de la liturgie à la limite du supportable. Je parle d’expérience, parce que j’ai vécu moi aussi cette période, avec toutes ses attentes et ses confusions. Et j’ai constaté combien les déformations arbitraires de la liturgie ont profondément blessé des personnes qui étaient totalement enracinées dans la foi de l’Église. »
Cela s’est pratiqué avec désinvolture et une désobéissance feutrée, en totale rupture avec la tradition et le magistère pontifical, malgré les avertissements continuels et répétés de celui-ci. Le seul exemple de la communion dans la main est fort significatif. On était et on est loin encore de l’herméneutique de continuité tant voulue par Benoît XVI qui, pas plus que le cardinal Sarah, n’a mis en doute la valeur de ce texte conciliaire.
Le cœur même du mystère du Christ
Mais venons-en au discours du pape Léon XIV. Pour lui, en élaborant cette Constitution, les Pères conciliaires ont voulu non seulement entreprendre une réforme des rites, mais aussi amener l’Église à contempler et à approfondir le lien vivant qui la constitue et l’unit, à savoir le mystère du Christ. C’était la grande intuition de Jean-Paul II : « Le Christ Rédempteur de l’homme est au centre du cosmos et de l’Histoire. »
La Liturgie, en effet, touche au cœur même du mystère du Christ, étant à la fois l’espace, le temps et le contexte dans lesquels l’Église reçoit du Christ sa propre vie. C’est « dans la liturgie que s’exerce l’œuvre de notre rédemption » (SC n. 2), qui fait de nous « une race élue, un sacerdoce royal, une nation sainte, un peuple que Dieu s’est acquis », selon l’enseignement bien connu de saint Pierre.
Comme l’a montré le triple renouveau biblique, patristique et liturgique, le mystère du Christ commémoré par la liturgie ne désigne pas une réalité obscure, mais bien le dessein salvifique de Dieu, caché depuis l’éternité et révélé dans le Christ. C’est bien tout l’événement pascal qui est rendu sacramentellement présent dans la liturgie, de sorte que chaque fois que nous y participons, nous sommes plongés dans ce mystère.
La foi de l’Église
Le Christ lui-même est le principe intérieur du mystère de l’Église. Dans la sainte liturgie, par la puissance de l’Esprit Saint, il continue d’agir, sanctifiant et associant l’Église, son épouse à son offrande au Père. Selon saint Augustin, en célébrant l’Eucharistie, « l’Église reçoit le Corps du Seigneur et devient ce qu’elle reçoit ».
Dans la sainte liturgie, la communion au Christ se réalise par les rites et les prières. La ritualité de l’Église exprime sa foi, selon le célèbre adage lex orandi, lex credendi. Paul VI, en pleine crise avait beaucoup insisté sur ce point. Il dit une fois :
« Plus une Église particulière est attachée par des liens solides de communion à l’Église universelle – dans la charité et la loyauté, dans l’ouverture au Magistère de Pierre, dans l’unité de la lex orandi qui est aussi lex credendi, dans le souci de l’unité avec toutes les autres Églises qui composent l’universalité – plus cette Église sera capable de traduire le trésor de la foi dans la légitime variété des expressions de la profession de foi, de la prière et du culte. »
Chaque célébration devient ainsi une véritable épiphanie de l’Église en prière. Aussi, « la liturgie est-elle le sommet vers lequel tend l’action de l’Église et, en même temps, la source d’où jaillit toute son énergie ». La liturgie soutient les fidèles en les plongeant sans cesse dans la Pâque du Seigneur, car la participation des fidèles à l’action liturgique est à la fois intérieure et extérieure. C’est pourquoi la liturgie célébrée doit se traduire en vie, exigeant une fidélité absolue à la foi et à la morale chrétienne. C’est ainsi qu’elle édifiera chaque jour les chrétiens pour en faire un temple saint.
Grâce à Marie Mère de l’Église, laissons-nous façonner intérieurement par les rites, les symboles, les gestes et surtout par la présence vivante du Christ dans la liturgie.
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