La pause liturgique : Alléluia Tu es Petrus (solennité des saints Apôtres Pierre et Paul)

Publié le 27 Juin 2026
kyrie alleluia saint pierre petrus

Alléluia Tu es Petrus

21ᵉ dimanche ordinaire, année A
Solennité des saints Apôtres Pierre et Paul, 29 juin

Traduction Alléluia ! Tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Église, alléluia !

(Mt 16, 18)

 

Commentaire spirituel

Le texte de l’alléluia Tu es Petrus est célèbre : il fait référence à la profession de foi de l’apôtre Pierre, au chapitre 16 de l’Évangile de saint Matthieu (verset 18). Le Seigneur en chemin a demandé à ses douze disciples de lui dire ce qu’on pensait de lui dans leur entourage. Et les apôtres répondent docilement en affirmant qu’on le tient pour un grand prophète, Jérémie, ou encore Élie, ou même Jean-Baptiste qui venait de subir la cruauté d’Hérode.

Ces attributions qui nous paraissent étonnantes, témoignent de la croyance du peuple de Dieu en un messianisme prophétique qui avait succédé au messianisme royal humilié par les événements historiques, tout au long des derniers siècles. L’espérance en l’avènement d’un Messie avait été longuement purifiée dans l’âme des Juifs pieux de l’époque, et les figures des grands prophètes sont progressivement apparues comme les plus dignes de représenter le Sauveur d’Israël promis par tant de textes bibliques. Les miracles de Jésus ont ranimé dans les cœurs le feu ardent de ce messianisme que les temps difficiles, depuis l’époque des Macchabées en particulier, avaient enfoui sous la cendre.

Mais Jésus n’est pas un prophète comme les autres, et il entend le signifier à ses apôtres. Le seul fait qu’il leur pose la question : « et pour vous, qui suis-je ? » montre bien qu’il n’est pas satisfait de l’opinion du peuple. Pendant qu’il les interroge de façon plus personnelle, il agit dans leur cœur, il les incite à se tourner vers la pleine lumière et à reconnaître en lui beaucoup plus qu’Élie ou Jérémie ou Jean-Baptiste. Et c’est Pierre qui, au nom des douze, et mû par l’Esprit du Père et du Fils, se lance dans la grande confession de foi que l’on connaît : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant ».

Il y a d’autres affirmations semblables dans l’Évangile, dont certaines sont peut-être encore plus explicites concernant la divinité de Jésus, par exemple celle de l’apôtre Thomas au soir du huitième jour, après la résurrection : « Mon Seigneur et mon Dieu » (Jn 20, 28), ou encore celle de Marthe, qui ressemble comme deux gouttes d’eau à celle de saint Pierre et qui ajoute même quelque chose : « Oui, Seigneur, je crois que tu es le Christ, le Fils de Dieu, qui vient dans le monde. » (Jn 11, 27).

Mais cette confession de saint Pierre est la plus solennelle et la plus collégiale : elle exprime la foi des douze, donc la foi de l’Église en Jésus, Fils unique de Dieu, Sauveur de l’humanité.

Jésus répond à cette confession de foi par une louange du prince des apôtres et par une promesse. La louange vise davantage encore le Père que le disciple, à vrai dire : « Tu es heureux, Simon fils de Jonas, car cette révélation t’est venue, non de la chair et du sang, mais de mon Père qui est dans les cieux. » (Mt 16, 17).

Et la promesse concerne toutes les générations qui se succéderont après la mort de l’apôtre : « Et moi je te dis : Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église, et les portes de l’enfer ne prévaudront pas contre elle. Je te donnerai les clefs du Royaume des Cieux : quoi que tu lies sur la terre, ce sera tenu dans les cieux pour lié, et quoi que tu délies sur la terre, ce sera tenu dans les cieux pour délié. » (Mt 18, 19).

Notre alléluia chante la partie de cette promesse qui unit le nom de Pierre à la réalité de l’Église, fondée sur la foi apostolique. Ce chant de joie nous introduit à l’Évangile et à la lecture intégrale du dialogue béni entre le Christ et son Épouse.

 

Commentaire musical

Tu es Petrus Partition tu es petrus

 

La mélodie de cet alléluia est une mélodie type du 2 mode que l’on rencontre assez souvent tout au long de l’année liturgique, par exemple lors de la messe du jour de Noël (alléluia Dies sanctificatus) ou encore à la messe de l’Épiphanie (alléluia Vídimus stellam ejus).

Cette mélodie est assez contemplative et douce, elle n’a rien de triomphant. Ici, on peut dire qu’elle interprète la parole solennelle du Seigneur à l’égard de Pierre de façon à lui conférer une note de douceur et de tendresse qui ne nuit pas à l’affirmation mais la rend plus intime, plus cordiale. Une joie intérieure, à la fois profonde et solide, se traduit dans une belle clarté prophétique pleine de confiance.

Cette mélodie a quelque chose de lumineux qui contribue à faire aimer le privilège de la primauté de Pierre. L’alléluia est constitué de deux phrases musicales en plus du jubilus.

La joie et la lumière s’unissent dès l’intonation qui monte avec élan et  jusque au sol d’abord, puis dans le jubilus jusqu’au la. Les grands écarts mélodiques du jubilus (une quinte descendante, une quarte également descendante et plusieurs tierces montantes ou descendantes), assez rares pour un 2 mode, ne doivent surtout pas empêcher le legato et la grande souplesse de cette vocalise. Elle donne l’impression d’un beau balancement bien régulier, sans arêtes vives, de part et d’autre du Fa, dominante du mode qui sert de point d’appui, notamment sur les notes longues.

Le début du verset est aussi très lumineux. Il ne démarre pas comme ses homologues de façon piano, pour ménager ensuite un beau crescendo : il attaque d’emblée sur la dominante Fa et s’élève, sur le nom de Pierre, jusqu’au sommet de cette pièce situé sur le La. Le nom de l’apôtre est ainsi mis en lumière au tout début de ce verset. Mais remarquons que l’accent de Petrus est au levé, ce qui permet d’atteindre ce sommet en grande douceur. La mélodie retombe ensuite progressivement sur la finale du nom.

Après un petit passage syllabique sur le Ré (et super hanc) on retrouve un beau balancement sur le mot petram qui est lui aussi très développé, avec sa belle montée jusqu’au La et une redescente en deux mouvements, qui finit de façon bien appuyée sur le double Fa, puis sur le Ré et même le Do qui joue ici à plein son rôle de sous tonique. Toute cette phrase doit être chantée avec beaucoup de legato, de façon très paisible et très chaude à la fois : tout est lumineux.

La deuxième phrase musicale commence de façon grave, sur les premières syllabes du verbe ædificábo. La mélodie s’appuie avec insistance sur le Ré, et ce balancement au grave entre le Ré et le Do, qui s’achève par une descente sur le La, a quelque chose de solennel qui exprime bien la solidité de l’œuvre entreprise par le Seigneur sur le fondement de la foi apostolique. Tout ce passage est à la fois piano et intense, calme et large, grand et sûr.

Après la cadence en La et le quart de barre, la mélodie s’élève à nouveau et prend de l’ampleur, se dilate vers les hauteurs, comme une construction bien fondée. À deux reprises, le Fa est touché, puis finalement le Sol, sur la finale très gracieuse et aérienne de ædificábo qui se pose sur le Ré.

Vient alors le nom de cette construction tant aimée par le Seigneur : il s’agit de l’Église, et plus encore de son Église, car davantage que le nom Ecclésiam, c’est le mot meam qui est le plus souligné par la mélodie. L’appui sur le Fa de l’accent de Ecclésiam s’accompagne d’un crescendo qui mène le chant vers l’accent de meam, bien souligné par la clivis épisémée et par la montée jusqu’au La qui constitue sans doute le sommet intensif de la pièce. La syllabe finale de meam est admirablement bien traitée avec son vigoureux appui et sa descente ample et aimante qui nous reconduit jusqu’au Do, avant la formule cadentielle qui, elle, est bien appuyée sur le Ré.

Cet alléluia est clair, lumineux, solide, gracieux parfois, très affirmatif et un peu solennel, tout imprégné de paix et de certitude. L’Église est bâtie sur le roc.

 

>> à lire également : Henri Charlier, sculpteur chrétien et réformateur de l’art

 

Un moine de Triors

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