> DOSSIER n° 1859 : « Saint Louis : un immense héritage spirituel, moral et politique »
Louis IX fut canonisé en 1297 par le pape Boniface VIII, seulement 27 ans après sa mort. Sa réputation de sainteté, déjà, le précédait, chez les puissants comme chez les petits. Saint Louis fut grand, d’abord, parce qu’il incarnait un ordre.
La notion de trois ordres constitutifs de la société, oratores, bellatores et laboratores, apparaît dès le XIᵉ siècle. « Triple est donc la maison de Dieu » (1), écrit l’évêque Adalbéron, dans une formule impliquant la convergence de ces piliers vers une seule clef de voûte : Dieu. Bien des siècles après ces temps dit obscurs, notre société est qualifiée d’archipel, tant elle se fissure et s’ensauvage. Elle se caractérise par une idolâtrie du Moi – le narcissisme individualiste – et du social – le relativisme corrupteur. Non averti, l’on érige le relatif en absolu et l’on s’y vautre. Cherchant à fuir ces vanités, l’on se réfugie dans le Moi, traitant le relatif en néant : sainteté entachée d’orgueil. Parvenus à ordonner le relatif à l’absolu sans le nier, écrit Thibon, « de très grands saints ont pu jouer un rôle éminent dans la conduite de la Cité » (2). Saint Louis incarne cette chrétienté qui soumettait la loi positive à la loi naturelle, elle-même inféodée à la loi éternelle. À notre modernité flétrie par ces « anciennes vertus chrétiennes devenues folles », il oppose l’ordre de quatre vertus vécues jusqu’à l’héroïsme.

Représentation de la canonisation de saint Louis, en 1297.
• L’humilité contre le narcissisme
La « désordonnée appétition de sa propre excellence », selon Thomas d’Aquin, est devenue la norme d’une société qui a fait de la mise en scène du Moi un art et une économie. L’orgueil, jadis premier des péchés capitaux, revêt mille atours. Ce narcissisme collectif engendre une incapacité croissante à s’effacer devant une cause qui nous dépasse. Les hommes publics illustrent…







