Avec La Cause du Christ. L’Évangile contre « l’identité chrétienne », Mgr Benoist de Sinety repose la question des rapports du spirituel et du temporel tout en opérant ce dont il accuse les autres : instrumentaliser le christianisme au profit d’une vision idéologique.
« L’Évangile n’est pas un manuel pour apprendre à dominer. Ce n’est pas un petit guide politique pour s’emparer du pouvoir. » Tout chrétien ne peut qu’adhérer à ces propos de Mgr Benoist de Sinety, dans son livre La Cause du Christ. L’Évangile contre « l’identité chrétienne » (1). L’Évangile du Christ ne doit pas être corrompu en le réduisant au statut du simple « marqueur identitaire », au profit d’une cause politique plaçant Dieu au service de César, ou à côté d’autres voies vers la transcendance, variables selon les pays et les cultures. Le christianisme n’est pas la religion d’une terre, d’un peuple particulier, erreur aggravée par des logiques ethno-différentialistes qu’il faut condamner avec force. Nous sommes pleinement en accord avec cela, mais à c’est à peu près tout, ce qui est fort peu.
Un discernement urgent
La thématique de l’ouvrage est cependant fort riche et d’une grande actualité. Monseigneur de Sinety a connu de près l’engagement de nombreux catholiques dans les années 2013-2014 dans le cadre de la « Manif pour tous ». Il a connu aussi les années postérieures, durant lesquelles il a vu une partie de la jeunesse catholique se tourner vers des engagements politiques opposés au multiculturalisme et à l’effondrement civilisationnel, au sujet desquels un réel et urgent discernement s’impose qu’à notre sens, cet ouvrage ne permet pas. Opérant un réductionnisme spectaculaire, il dirige un tir groupé au fusil-mitrailleur visant une nébuleuse politico-religieuse réunie sous une bannière « identitaire », terme que certains des courants ou des hommes concernés n’emploient pourtant jamais. Sur le strict plan religieux, l’auteur cible sans ambages les communautés attachées au rite tridentin. Qualifiées de « chapelles identitaires » (2), elles se caractériseraient par la critique de l’« autre Église – celle qu’ils appellent “conciliaire” ». Parions que les prêtres qui appartiennent aux communautés ex-Ecclesia Dei et la grande majorité des fidèles qui les suivent ne se reconnaissent absolument pas dans ces propos qu’ils doivent même trouver navrants.
Sous un angle politique
Plus surprenant encore, alors que la conversion des cœurs et des âmes, appelés à une union intime avec Dieu, semble être l’objet annoncé du…







