Pour sauver sa vie, il faut non seulement vivre dans le détachement des richesses terrestres, mais aussi dans le renoncement à soi-même. Une véritable richesse en découle, celle de la Vérité et de l’union au Christ.
« Vous ne pouvez pas servir à la fois Dieu et l’Argent » : ainsi nous avertit Jésus au début de l’évangile de ce dimanche (MR 1962 ; Mt 6, 24-33). « Quiconque est esclave des richesses, commente saint Augustin († 430), s’attache à un maître dur et à une domination funeste ; enchaîné par sa cupidité, il subit la tyrannie du démon, et certes, il ne l’aime pas – car qui peut aimer le démon ? – mais cependant il le supporte » (Du Sermon sur la Montagne ; BR 1568).
Jésus continue par une leçon sur la confiance en la Providence, qu’il conclut par cette consigne fameuse : « Cherchez d’abord le Royaume de Dieu et sa justice, et tout cela vous sera donné par surcroît. »
S’agit-il d’opposer la recherche de Dieu et celle des biens matériels ? Saint Jean Chrysostome († 407) nous éclaire : « Si vraiment nous donnons la première place aux réalités spirituelles, nous n’aurons pas à nous préoccuper des biens matériels, car Dieu, dans sa bonté, nous les procurera en abondance. Si, au contraire, nous veillons uniquement à nos intérêts temporels sans prendre soin de notre vie spirituelle, le souci constant des choses terrestres nous conduira à négliger notre âme. Nous perdrons alors les biens spirituels et n’en retirerons aucun avantage matériel. Ne renversons donc pas, je vous en prie, l’ordre des choses » (Catéchèses baptismales).
La collecte va dans le même sens, qui demande à Dieu que l’Église « soit toujours arrachée par [ses] secours à ce qui lui est nuisible et guidée vers ce qui doit la sauver ».
Être disciple du Christ
C’est à un autre ajustement aux desseins de Dieu que nous invite l’évangile (Mt 16, 21-27) lu dans le Missel romain de 1970 : « Jésus commença à montrer à ses disciples qu’il lui fallait partir pour Jérusalem, souffrir beaucoup (…), être tué, et le troisième jour ressusciter. » Pierre refuse cette perspective et se voit traiter par son Maître de « Satan », car « [s]es pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes ».
S’ensuit un enseignement de Jésus sur le renoncement nécessaire à qui veut être son disciple : « Si quelqu’un veut marcher à ma suite, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive. Car celui qui veut sauver sa vie la perdra, mais qui perd sa vie à cause de moi la trouvera. »
Ce n’est pas un hasard si le Missel romain de 1962 reprend la seconde partie de ce passage (v. 24-27) comme évangile d’une messe du Commun des Martyrs. Le Missel romain de 1970 l’attribue, quant à lui, à deux passionnés du Crucifié : les saints Padre Pio (23 septembre) et Paul de la Croix (19 octobre). En France, c’est, dans les deux missels, celui de sainte Jeanne d’Arc (30 mai).
« Ô bienheureux dommage, ô bienheureuse perte ! s’exclame saint Hilaire de Poitiers († 367). Le Seigneur a voulu nous enrichir au détriment de la vie et du corps » (Sur Matthieu ; Propre de France). Pour saint Grégoire le Grand († 604), « si nous venons à lui, le Seigneur nous commande de nous détacher de nos biens, car en entrant dans le combat de la foi, nous entreprenons de lutter contre les esprits malins, qui ne possèdent absolument rien en ce monde » (BR 1568 ; Homélie 32 sur les Évangiles).
Sur le renoncement à soi-même, le saint pape donne cette explication : « Quittons-nous nous-mêmes, tels que nous nous sommes faits en péchant, et demeurons nous-mêmes, tels que nous avons été faits par le don de Dieu. Voilà quelqu’un qui était orgueilleux : s’il devient humble en se convertissant au Christ, il s’est quitté lui-même » (ibid.).
Saint Jean Chrysostome explique ainsi le niveau d’exigence de Jésus : « Plus il chérit une âme, plus il veut qu’elle contribue pour sa part à son bonheur et à sa gloire. Il ne peut souffrir que sa grâce fasse tout en elle et qu’elle n’y réponde pas par ses propres travaux » (Homélie sur Matthieu 55).
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