Dans L’Enseignement catholique hors-la-loi ?, un petit ouvrage percutant, François-Xavier Clément, fondateur de Saint-Joseph Éducation et directeur du Centre de formation de l’éducation intégrale, dresse l’historique de la soumission de l’école catholique à l’État et appelle à revenir à l’origine surnaturelle de la mission éducative de l’Église. Entretien.
| Dans votre dernier livre, vous revenez sur l’histoire de l’Enseignement catholique. Comment celui-ci s’est-il progressivement soumis à l’État?
Il faut repasser par les étapes historiques pour comprendre la situation actuelle. Si la loi Falloux de 1850 représentait une sorte de dégel après la Révolution, la loi Debré de 1959, nous le savons désormais, fut un cadeau empoisonné. En 1984, la satisfaction de ne pas être totalement intégré au système public était bien maigre au regard de ce qui était négocié en parallèle par les responsables de l’Enseignement catholique. D’étape en étape, ce dernier obtint davantage de financements en échange d’une intégration rampante. Intégration qui aboutit à la loi Censi de 2005 qui reconnaît les professeurs de l’enseignement privé comme des « agents publics de l’État ». La CFDT remporta ainsi un des objectifs de guerre de 1984. Il y a un paradoxe étrange au regard de l’Histoire : les responsables de l’Enseignement catholique ont œuvré eux-mêmes à déployer cette intégration. À chaque étape, ils présentaient à leur « base » tous les avantages obtenus : davantage de moyens, la revalorisation des financements nationaux et territoriaux, des professeurs devenus agents publics de l’État avec des possibilités de carrières et des retraites plus avantageuses. Durant des décennies, l’Enseignement catholique avait deux obsessions : obtenir davantage de moyens à parité avec le public et rassurer les pouvoirs publics sur sa compatibilité avec les valeurs de la République. Quelle misère ! Il n’est pas bon que l’Eglise attende sa reconnaissance de l’État.
| Quelle est la responsabilité des évêques dans l’éducation catholique?
« Enseigner » est la première mission de l’évêque. Le Code de droit canon dispose que si une famille ne trouve pas une école respectueuse des principes de l’éducation catholique, l’évêque doit intervenir en soutenant la fondation d’une telle école (can. 802). Mais les évêques craignent de désavouer leurs établissements catholiques en soutenant des familles qui veulent fonder une autre école. Certains évêques sont prompts à rappeler que l’ouverture d’une école catholique est de leur responsabilité, on aimerait qu’ils s’en souviennent lors des nominations…







