> DOSSIER n° 1865 : « Le trésor de la liturgie byzantine »
À 21 ans, le père Louis-Marie de Blignières, fondateur par la suite de la Fraternité Saint-Vincent-Ferrier, assistait pour la première fois à un office religieux selon le rite byzantin, dans l’une des plus anciennes églises parisiennes. Plus d’un demi-siècle après, il mesure combien cette rencontre presque fortuite a nourri sa spiritualité et sa compréhension de la complémentarité entre l’Orient et l’Occident. Un précieux témoignage liturgique.
Après mon retour à la foi à Pâques 1970 et jusqu’à mon entrée dans la vie religieuse à l’été 1972, j’ai fréquenté avec bonheur la paroisse grecque-melkite-catholique de Saint-Julien-le-Pauvre. J’étais mal à l’aise dans la liturgie vernaculaire des paroisses, qui venaient d’adopter le rite réformé par Paul VI. À Paris, il n’y avait à l’époque, si je ne me trompe, qu’une messe dans le rite latin ancien, que Mgr Ducaud-Bourget célébrait à la chapelle de l’hôpital Laennec, et qui ne m’attirait guère. Je suis, un dimanche, entré à Saint-Julien presque par hasard, motivé par mon amour du grec ancien. À l’époque, le célébrant, Mgr Joseph Nasrallah (1911-1993), un érudit syrien, célébrait essentiellement dans cette langue. Le premier chantre (protopsalte) était le père Joseph Maximos Fahmé (1924-2025), avec son mauvais caractère légendaire et sa grande âme d’amoureux du chant byzantin. Sa voix me bouleversait, par exemple lorsqu’il chantait le Notre Père. Nous avons finalement noué amitié. J’ai souvenir qu’un jour où il me raccompagnait à la gare Montparnasse, il m’a dit en me quittant : « À bas les modernistes et vive saint Thomas d’Aquin ! » C’était sans doute plus une boutade qu’une profession de foi. Un ami commun m’a écrit à ce sujet : « Je me rappelle que le père Fahmé était un lecteur du père Congar, peut-être pas toujours pour le meilleur. Je ne suis pas certain non plus qu’il ait gardé un excellent souvenir de ses cours de théologie au séminaire Sainte-Anne. Il avait beaucoup de reconnaissance pour les Pères blancs de Jérusalem, spécialement pour leurs travaux d’histoire, de musicologie et de liturgie, mais la théologie scolastique en latin qui lui avait été dispensée ne soulevait pas d’enthousiasme même rétrospectif. » Il m’a fallu un temps d’adaptation, à cause de la prononciation du grec liturgique. La Divine Liturgie m’a très vite envoûté. J’y suis venu tous les dimanches (en VéloSoleX depuis la maison familiale près du Trocadéro)…






