> Recension à retrouver dans le n° 1860.
J’ai, dans mes archives, une carte postale de la première année de la Grande Guerre représentant « Trois grands chefs de nos armées : Castelnau, Joffre, Pau ». Ils arborent une mine confiante sous leur képi à feuilles de chêne d’or. Les Allemands n’ont pas pris Paris, le « miracle de la Marne » a sauvé la France. La guerre de positions commence.
Autant les deux premiers généraux sont célèbres, autant le troisième est quasi inconnu du grand public et c’est tout à l’honneur du colonel Rémy Porte, l’un de nos grands historiens militaires, spécialiste du premier conflit mondial, auteur de nombreux ouvrages et responsable de l’excellent blog Guerres et conflits, d’avoir rendu justice dans son dernier livre au général Pau, le troisième chef, dans cette biographie bien documentée.
Un officier brillant
Jeune officier d’infanterie, Paul Pau est gravement blessé durant la guerre de 1870 et doit subir l’amputation de la main droite. Officier brillant, catholique pratiquant et affiché en ces temps de laïcisme et d’anticléricalisme violents, Pau, tout au long de sa carrière, est un modèle pour ses subordonnés. Chef « bienveillant » (le mot, à la mode aujourd’hui, revient souvent dans ses notations), il est admiré par Lyautey, son cadet, qui partage sa vision du commandement. Plusieurs fois chef de corps, il est pressenti pour le poste de généralissime mais refuse car il ne veut pas se voir imposer ses adjoints par le pouvoir politique. L’Action française persifle alors : « Ce n’est pas le plus digne, c’est le plus républicain qui aura la place. » Quittant le service actif en décembre 1913, il est rappelé en août 1914 et prend le commandement de l’armée d’Alsace avec laquelle il reconquiert, un temps, les « provinces perdues ». Pau est l’un des « généraux préférés des Poilus ». À partir de 1915, il joue un rôle militaire et diplomatique en Belgique (1915), dans les Balkans et en Russie (1915-1916), en Suisse (1917) au service des prisonniers et internés (près de 14 000 blessés et malades français sont internés en Suisse), en Australie, en Nouvelle-Zélande et au Canada (1918-1919). Partout où il passe, on souligne sa simplicité et sa bonté. Après guerre, Pau s’implique dans d’innombrables institutions et associations caritatives au service des blessés et des anciens combattants. Il est président de la Société de Secours aux blessés militaire (SSBM), membre du conseil…







