L’intelligence artificielle et la paix

Publié le 27 Déc 2023
intelligence artificielle paix

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À l’occasion de la 57e Journée mondiale de la paix du 1er janvier 2024, le pape François s’est exprimé sur l’intelligence artificielle et la paix, et tous les enjeux éthiques et sociaux que les transformations techniques actuelles peuvent engendrer. 

 

Avant de commenter le message du Pape pour la Journée mondiale de la paix 2024, je voudrais faire deux remarques.

 

La tentation de la toute-puissance

D’abord il faut tenir compte de notre époque. Pour la qualifier, Jean-Paul II forgea le mot de « métatentation », tentation dans le sens métaphysique. Pour lui elle correspond à la tentation des origines : Vous serez comme des dieux. C’est tout l’homme moderne, qui s’est fait Dieu, juge lui-même du bien et du mal. Il ne faut jamais l’oublier quand on parle d’intelligence artificielle.

Aux évêques de France à Issy les Moulineaux, en 1980, Jean-Paul II s’exprimait ainsi :

« Nous connaissons différentes étapes de cette tentation, à commencer par la première, au chapitre III de la Genèse, jusqu’aux tentations si significatives auxquelles a été soumis le Christ lui-même : elles sont comme une synthèse de toutes les tentations nées de la triple concupiscence. La tentation actuelle cependant va plus loin (on pourrait presque dire que c’est une métatentation) ; elle va au-delà de tout ce qui, au cours de l’Histoire, a constitué le thème de la tentation de l’homme, et elle manifeste en même temps, pourrait-on dire, le fond même de toute tentation. L’homme contemporain est soumis à la tentation du refus de Dieu au nom de sa propre humanité. »

La deuxième remarque concerne la technique elle-même. Dans son message de Noël 1953, Pie XII énonçait les grandes règles éthiques toujours valables et qui ont guidé les papes dans la formulation des grandes encycliques d’Humanae vitae à Evangelium vitae : la technique est faite pour l’homme et non pas l’inverse.

 

L’intelligence artificielle et la paix

Huit numéros composent ce message sur l’intelligence artificielle et la paix.

Au n.1, le Pape évoque le progrès de la science et de la technologie comme chemin vers la paix. La technique entre dans le grand plan voulu par Dieu lors de la Création. Dieu a demandé à l’homme d’être le roi de la création et de se la soumettre. De nos jours, les progrès sont considérables, surtout depuis l’ère numérique qui n’est pourtant pas sans danger. Ces progrès transforment considérablement la société et ce n’est pas sans danger. L’avenir de l’intelligence artificielle oscille donc entre promesses et risques. Parmi ceux-ci, le Pape regarde davantage ceux qui touchent à la fraternité que ceux qui sont en eux-mêmes intrinsèquement mauvais (n.2).

Le Pape aborde alors la technologie du futur : des machines qui apprennent par elles-mêmes (n.3). Nous touchons là de graves questions éthiques étroitement liées au sens de la vie humaine, aux processus fondamentaux de la connaissance et peut-être surtout à la capacité de l’esprit de chercher et d’atteindre la vérité, ce que ne pourra jamais faire une intelligence artificielle. Les changements produits sont déjà significatifs et il est à craindre que l’homme se croie à l’avenir de plus en plus Dieu.

D’où les limites nécessaires à poser dans le domaine technocratique (n.4). Il faudra en ce domaine faire très attention à l’efficacité à tout prix. La créature devra toujours reconnaître ses limites de créature. Le risque d’abus dépasse largement l’unique question du chômage et de l’emploi. Le grave danger est en réalité la suppression de toute morale chrétienne, en fonction de l’axiome : que chacun fasse ce qu’il veut car il est libre. On reconnaît là encore la métatentation des origines.

Nous touchons du doigt l’actualité en matière éthique des produits inventés par l’homme (n.5). Transformerons-nous les épées en socs ? (n.6). De plus l’intelligence artificielle soulève de nombreux défis pour l’éducation (n.7) et pour le développement du droit international (n.8).

Que Marie aide tous les responsables d’un changement technique, impensable encore il y a quarante ans, à s’appuyer sur la morale de l’Église et la loi naturelle, tant dans le domaine numérique que dans le domaine de l’intelligence artificielle, pour que tous les hommes deviennent fils dans le Fils et frères dans le Frère.

 

>> à lire également : Notre quinzaine : À l’abordage de 2024 !

Un moine de Triors

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