Jean Breton n’en pense pas moins | De la tribune, de sa vie et de son œuvre.

Jean Breton n'en pense pas moins | De la tribune, de sa vie et de son œuvre. L'Homme Nouveau

« Sire, on en a gros ! ». La France se délite, l’écologie est sacrifiée, la gestion sanitaire est affreuse, la bioéthique scandaleuse, on en a vraiment gros. Il faut agir, résoudre les problèmes, pacifier le Proche-Orient et éradiquer la maladie. Et j’ai plein d’idées, particulièrement le samedi soir, pour y parvenir. Mais que faire ?

J’ai une idée de génie ! Je vais écrire un texte. J’y déverserai toutes les raisons qui me font penser que ça va mal, et toutes les solutions radicales que j’envisage.

Ce texte, je l’enverrai au Président de la République. Bah oui, pas de raison de ne pas taper directement au sommet de l’État. Lui peut prendre les décisions et mettre en action ce que je propose. Et il le fera à l’échelle de toute la France ! Quelque part, je serai un peu à l’initiative d’un vaste mouvement de redressement. Pas trop mauvais pour mon estime donc.

Et puis, cette lettre sera ouverte. Sinon, le Président ne la lira même pas. Je le comprends, il doit y en avoir, des pleureuses ! Moi, c’est pas pareil, tout le monde est d’accord avec moi, ou au moins beaucoup de gens. Et puis, ça rassurera les autres, de se dire qu’ils ne sont pas seuls face au Système médiatico-politico-financier. Je vais donc bien choisir mes mots, plutôt pour eux que pour l’Élysée. Des tournures choc pour faire un vrai buzz. Mais entre Marion M., un quarteron de pantouflards et Eric Z., ça va être coton de se démarquer. J’espère trouver les formules qui pètent ! Le fond, on s’en fiche un peu, puisqu’on est d’accord.

Je vais faire attention au support que je choisis aussi. Quand je pense qu’une vidéo de chat trop mignon fait des milliards de vues sur l’Internet, hors de question que mon message passe à l’as. Facebook, Twitter, Instagram, un article dans l’Homme Nouveau… je vise large. Que chacun puisse le lire et se rendre compte qu’il pense comme moi.

D’ailleurs, ils vont signer, ou liker, ou partager. Il me faut du chiffre ! Aucune hésitation, donc, à faire un petit chantage moral ; s’ils ne signent pas, c’est qu’ils sont contre moi. Que votre « oui » soit « oui » ! Bon, c’est un peu abusé de les forcer, mais c’est pour la bonne cause.

Fatalement, ça n’est plus vraiment adressé au Président. Peu de chance qu’il agisse en mon sens, surtout quand il verra qui publie ou partage ma lettre. Un bon buzz, peut-être même une page aux infos ou un article écrit par un stagiaire du Figaro, et dans quinze jours on n’en parle plus.

Mais ça m’aura occupé quelque temps, pendant lequel j’étais vraiment utile, n’est-ce pas ? Tant pis si j’ai un peu négligé mon travail et mon devoir d’état. Ça m’a fait une vraie excuse pour ne pas m’inscrire à l’adoration perpétuelle et éviter les maraudes. Et au moins ça a fait avancer les choses, on a fait du bien, j’ai été utile à la Cause, non ?

Non ?

Jean Breton est le pseudonyme que prend, dans L’Enlèvement de Volkoff, « 2K », agent chargé par la France d’enlever le dictateur du Monterrosso dans des Balkans pas si imaginaires que ça. Sa couverture de journaliste sportif lui permet de prendre de la hauteur sur les évènements qu’il observe ; les connaissances de son métier lui permettent de voir la duplicité des médias en charge de « couvrir » la guerre ethnique et religieuse ; son expérience du terrain lui conserve un pragmatisme proche du bon sens paysan. Sa devise : Duc in Altum !

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