Notre quinzaine : le modèle des martyrs pour sortir de la paralysie mentale

Publié le 28 Déc 2022
Le maryre de saint Thomas de Canterbury

Au premier abord, le calendrier liturgique a souvent de quoi nous surprendre. Pendant une grande partie de cette belle octave de Noël – une des rares rescapées de la grande transformation de la liturgie – l’Église a placé sous nos yeux une série de martyrs.

Dom Guéranger le remarquait déjà naguère dans son Année liturgique, cette série admirable qui a nourri (entre autres) la spiritualité et la doctrine de Thérèse de Lisieux dont nous allons fêter le 150e anniversaire de la naissance (2 janvier 1873).

L’abbé de Solesmes formulait son constat en égrenant les noms des martyrs célébrés :

« Étienne, qui a succombé sous les cailloux du torrent ; Jean, martyr de désir, qui a passé par le feu ; les Innocents, immolés par le glaive ; Thomas, égorgé sur le pavé de sa cathédrale ; tels sont les champions qui font la garde auprès du nouveau Roi. »

Quel paradoxe, quand même ! À peine avons-nous commémoré la naissance du Sauveur que nous sommes invités à contempler ceux qui lui ont rendu le témoignage suprême.

Comme souvent avec le christianisme réel, le paradoxe n’est qu’apparent. La joie, dans sa pleine réalité, doit demeurer la note principale de ce temps de Noël. Joie toujours vivante, puisée à la source, dans la contemplation de l’Enfant-Dieu reposant dans l’humilité d’une crèche.

Mais joie également devant ceux qui ont imité leur Sauveur jusqu’au don de leur sang et dont l’Église depuis les origines fête le Dies natalis, la naissance au Ciel.

Transmettre le vrai

Au-delà de la joie, cette série de martyrs qui nous ont guidés vers la fin de cette année civile ont-ils une leçon à nous donner ? Oui, bien sûr, et même plusieurs. D’abord, celle de leur fidélité sans faille au Christ et à sa doctrine, pleine et entière. Doctrine transmise depuis les Apôtres et à laquelle nous sommes particulièrement invités à nous référer dans les heures troubles que nous traversons.

Doctrine de vie, que nous devons transmettre intacte pour les générations futures, fussent-elles réduites au rang de petit reste. Mais doctrine universelle, et qui ne doit pas à ce titre n’être offerte qu’au « petit reste », comme le bien d’une seule communauté, au risque sinon de perdre de sa sève.

Jamais, et à aucun moment, le christianisme ne doit et ne peut être un communautarisme. Dieu s’est incarné pour sauver tous les hommes. Aujourd’hui, hier et demain ! Cette perspective reste vraie aujourd’hui, alors même que le troupeau diminue et que les Pasteurs eux-mêmes semblent vaciller ou douter de la portée du message.

L’interdiction de poser des questions

Il faut cependant aller plus loin et trouver dans ces exemples d’autres leçons. L’une d’elles pourrait se formuler par le refus radical du conformisme mondain.

Refus qui implique non une réaction adolescente qui ne constitue au fond qu’un simple mimétisme mais la volonté spirituelle, morale et intellectuelle de sortir d’un état de paralysie engendré par une succession de « ralliements » qui consistent à considérer comme un bienfait ce qui n’est qu’un fait, une situation qui nous est imposée, et qui annihile dans l’œuf toute analyse et toute action.

Dans son essai consacré à Gramsci, Augusto Del Noce cite la définition du totalitarisme donnée par Eric Voegelin : « l’interdiction de poser des questions ». Et le philosophe italien y apporte lui-même ce commentaire :

« si le conformisme du passé était un conformisme des réponses, le nouveau conformisme, lui, résulte d’une sélection des questions, qui fait que les questions indiscrètes sont paralysées en tant qu’expression de “traditionalisme”, d’“esprit conservateur”, “réactionnaire”, “antimoderne” ou, mieux, quand l’excès de mauvais goût parvient à sa limite, de “fascisme” ».

Plus important encore que ce constat (juste), Del Noce en voyait très bien la conséquence :

« On en arrive ainsi à des situations où c’est le sujet lui-même qui s’interdit de poser ces questions, en tant qu’il les juge “immorales” » (Augusto Del Noce, Gramsci ou le « suicide de la révolution », Le Cerf, p. 154-15).

Au terme de cette année civile, c’est donc moins à un regard en arrière qu’il faut tendre qu’à la fondation de vraies bases pour affronter demain.

À ce titre, nous ne pouvons formuler que le vœu de rompre avec la culture dominante, de sortir du piège du langage convenu, bref de purifier, comme disent les spirituels, notre regard pour le remettre en face du réel. De retrouver ensuite toute la cohérence intellectuelle pour déterminer la conduite à avoir dans ces temps troublés.

À L’Homme Nouveau, nous sommes plus que jamais déterminés à poser des questions et à sortir de l’auto-paralysie mentale. Sainte année à tous.

Philippe Maxence

Philippe Maxence

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