Notre quinzaine : Vers une révolution racialiste ?

Publié le 25 Mai 2021
Notre quinzaine : Vers une révolution racialiste ? L'Homme Nouveau

Sommes-nous confrontés à une révolution racialiste ? La question surprendra certainement alors que notre at­ten­tion est constamment sollicitée par la lutte contre la Covid-19. Et, pourtant ! Souvenez-vous : le 25 mai 2020 – il y a tout juste un an –, un Noir américain, George Floyd, meurt au cours d’une interpellation policière, à Minneapolis aux États-Unis. Aussitôt, toute la police est accusée d’être l’instrument d’une violence systémique anti-Noirs. Le mouvement « Black lives matter » mobilise alors et organise la guérilla urbaine dans tout le pays.

L’affaire aurait pu en rester là. Mais non contente d’être nord-américaine, l’onde de choc s’est aussitôt déplacée vers l’Europe. Début juin 2020, l’affaire Adama Traoré, un jeune Noir décédé après son interpellation par la gendarmerie en 2016, est ravivée et donne lieu à des manifestations importantes. Alors ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner les justifie en déclarant : « Je crois que l’émotion mondiale, qui est une émotion saine sur ce sujet, dépasse au fond les règles juridiques qui s’appliquent. » La référence à l’affaire George Floyd est évidente, comme si les situations des États-Unis et de la France étaient comparables.

L’avertissement de Mathieu Bock-Côté

L’avouerai-je ? J’ai regardé d’un œil distrait l’effet « Black lives matter » importé chez nous. Je n’y ai vu que le dernier avatar des tentatives de la gauche pour remobiliser ses troupes. Plus fondamentalement, comment ­pouvions-nous prendre au sérieux l’appel à la décolonisation de la France, la mise en cause des Blancs parce que blancs et, plus encore, cet appel constant à la race, bannie pourtant de l’univers conceptuel depuis 1945 ?

Très clairement, j’avais tort ! Comme le démontre Mathieu Bock-Côté dans La Révolution racialiste et autres virus idéologiques (1), un petit essai vif et particulièrement bien étayé, nous avons affaire à une véritable révolution qui entend tout revisiter à l’aune de critères raciaux. Elle part de l’idée que l’Occident (Europe et États-Unis) repose sur le principe d’une suprématie blanche, génocidaire des Noirs et, par extension, des autres minorités. Dès lors, l’appel à la convergence des luttes est aisé.

Il faut donc lire ce remarquable essai dans lequel Bock-Côté expose – et démonte – cette révolution « woke » née dans les universités américaines et exportée à la fois par ses bras armés et ses idiots utiles. Son but ? Construire une société inclusive qui passe au préalable par la nécessité de « décoloniser » l’Occident du privilège blanc. Pour ce faire, comme le note l’essayiste québécois : « On ne devrait plus débattre de la valeur de cette théorie mais débattre obligatoirement à l’intérieur de ses paramètres, qui baliseront la conscience collective. L’Occident serait raciste : qui n’accepte pas ce point de départ ne devrait plus être convié dans la conversation publique. »

Que faire ?

Mais que faire face à cette folie ? D’abord en prendre la mesure. Et, à ce titre, La Révolution racialiste de Bock-Côté tombe à pic. L’énervement qu’il suscite (je renvoie par exemple à un article de La Presse de Montréal signé Chantal Guy) en est un bon indice. Visiblement, il ne s’agit pas d’un mal passager, ni de débats dans le cadre de l’entre-soi médiatique. Conjugués à d’autres luttes – le féminisme #MeToo, les ligues de surveillance LGBT, etc. –, ses effets sont ceux d’une vraie Révolution et d’une vraie Terreur. Comme le souligne encore Bock-Côté, « les concepts racialistes sont des concepts révolutionnaires qui se font passer pour réformistes mais engendrent en fait une société nouvelle, radicalement conflictuelle, et qui devient incapable d’envisager même théoriquement un monde authentiquement commun. »

Ensuite, comme l’indique encore notre essayiste, ne pas se contenter du « proverbial bon sens » qui devant ces attaques « est condamné à s’éroder, jusqu’à devenir purement résiduel, et décoratif ». Le retour au réel doit passer par un retour aux principes vrais qui ont fondé la civilisation occidentale, hérités du meilleur de l’Antiquité et du christianisme. Il faut donc se mettre au travail et cesser de gémir sur la fin des temps. Ne pas se contenter non plus d’ersatz qui s’arrêtent à mi-chemin. Il convient de remonter aux causes premières de cette révolution qui se trouve finalement dans l’exaltation de la démocratie, non comme régime politique parmi d’autres, mais comme la religion fondatrice de cet oxymore qu’est la « société individualiste » dont la révolution racialiste constitue finalement le dernier avatar. Un effort constant et sur le long terme qui devra trouver un jour une concrétisation politique.

1. Mathieu Bock-Côté, La Révolution racialiste et autres virus idéologiques, Les Presses de la Cité, 240 p., 20 €.

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