Messe 17 Salve
Dimanches d’Avent et de Carême
Commentaire musical
Le Sanctus 17 a de profondes ressemblances avec le Sanctus 9 attribué aux solennités et fêtes de la Sainte Vierge. Comme lui, il s’agit d’un 5ᵉ mode mais qui utilise exclusivement le Sib. Comme lui, il se structure autour des trois cordes Fa-La-Do, très vite repérables dès l’intonation, une intonation très ferme, très large et chaude qui s’appuie, en descendant progressivement, sur le Do, puis sur le La et enfin sur le Fa.
Le second Sanctus, par contre, fait le chemin inverse, mais de façon plus légère : il part du Fa (une seule note), grimpe au La (une seule note) et s’appuie sur un double Do qui lui permet d’aller toucher le Ré pour la première fois. Cette petite formule (double Do et Ré) se retrouvera sur l’accent très ferme de Deus, un peu plus loin.
Quant au troisième Sanctus, il reproduit la mélodie du premier. Comme dans beaucoup d’autres Sanctus, suit un petit passage syllabique plus léger, sur Dóminus, qui a pour dessein évident de relancer la mélodie après la triple affirmation plutôt large ici, du début du Sanctus. La cadence de Deus est provisoire, sur le Do, et elle conduit à la belle et même somptueuse envolée de sábaoth qui part du Do et monte par degrés conjoints jusqu’au Fa aigu, premier sommet très expressif de cette pièce. La première phrase s’achève sur une cadence élevée, en l’occurrence le Do, dominante du 5ᵉ mode.
L’atmosphère change subitement avec la deuxième phrase, beaucoup plus intérieure, beaucoup plus resserrée mélodiquement, toute à l’intérieur de la quinte Do-Fa et en descente progressive et régulière, jusqu’à la cadence en Fa de terra. Ce passage est beaucoup plus doux, même si le texte indique une plénitude, et c’est plutôt la largeur du tempo qui va souligner cette plénitude. Les Sib, au nombre de trois, concourent évidemment à intérioriser cette portion du Sanctus qui tranche par rapport à l’élan majestueux qui avait juste précédé sur Sábaoth. Mais tout le charme de ce Sanctus réside précisément dans cette alternance très expressive entre des passages lumineux et des passages beaucoup plus doux et piano.
Il convient ensuite de bien faire attention à la mélodie de glória tua, que nous allons retrouver à deux reprises, sur benedíctus qui venit et sur in nómine Dómini. Ce qui est intéressant et très important à noter, c’est la place des accents verbaux par rapport à cette même formule mélodique. Sur glória c’est le Fa qui porte l’accent, un accent au levé du rythme, sur une seule note, alors que les deux autres syllabes de glória, syllabes faibles, sont en élévation mélodique.
Sur Benedíctus, c’est le plus logique : les deux premières syllabes conduisent à l’accent qui est doté du podatus bien appuyé Sol-Do. Ici, l’accent verbal et l’accent mélodique coïncident, ce qui n’était pas le cas sur glória. Et ce n’est pas le cas non plus sur in nómine, puisque cette fois l’accent de nómine se situe sur la clivis intermédiaire La-Sol, et que le podatus Sol-Do, ici, se situe sur la syllabe faible. C’est très important de souligner cela car cela montre à l’évidence la liberté de la mélodie par rapport au texte : une même mélodie habille des textes différemment accentués.
Revenons à notre Sanctus pour conclure avec la belle formule mélodique des deux hosánna qui sont identiques et qui reprennent en leur début la courbe déjà entendue sur le mot sábaoth. Mais là encore, il y a une différence notable, c’est que sur sábaoth, l’accent verbal du mot coïncide avec le début de la formule, alors que sur hosánna, l’accent verbal n’intervient qu’une fois la courbe achevée, sur la petite clivis Ré-Do qui affectait sur sábaoth la syllabe faible du mot.
Après ce début identique, la mélodie de deux hosánna se prolonge par une autre courbe plus modeste, La-Si-Do-Do-Sib-Sol, sur la syllabe finale du mot qui annonce la cadence de in excélsis. On avait déjà entendu cette petite courbe et cette cadence sur sunt cæli et terra que reproduit ici, à deux reprises, donc, la mélodie de la syllabe finale de hosánna et celle des deux derniers mots : in excélsis.
On a donc au final un Sanctus assez répétitif, mais aussi très varié dans ses rapports entre texte et même mélodie, et également très expressif, alternant les passages joyeux et élancés avec des formules beaucoup plus intérieures, mais le tout dans une atmosphère qui reste toujours très chaleureuse. Ce Sanctus était très populaire, sa vaste diffusion en témoigne ainsi que les nombreux tropes qui ont été composés sur sa belle mélodie.
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