Une possible révision des lois de bioéthique

Publié le 21 Juin 2012
Une possible révision des lois de bioéthique L'Homme Nouveau

Alors même que les recherches sur les cellules souches de sang de cordon ombilical ont fait leurs preuves, le sénateur radical de gauche Jacques Mézard a déposé au Sénat le 1er juin une proposition de loi pour autoriser sous certaines conditions la recherche sur l’embryon. Depuis 1994, date des premières lois de bioéthique, les barrières ont sauté petit à petit pour passer d’une interdiction absolue de la recherche sur l’embryon à une interdiction tempérée par quelques exceptions et, si le projet de loi devait être accepté, à une autorisation en bonne et due forme, pudiquement nommée « régime d’autorisation encadrée ».

Depuis qu’en 2004 le législateur avait autorisé pour cinq ans une dérogation à cette interdiction « sous réserve de progrès thérapeutiques majeurs », le ver était dans le fruit. Dès lors, cinquante-huit protocoles de recherche sur l’embryon ont été autorisés par l’Agence de biomédecine.

Cette interdiction qui n’en était pas vraiment une, maintenue par la révision de 2011, ne satisfait personne : ni les opposants aux recherches sur l’embryon, conscients que ces dérogations ont permis déjà la destruction de trop nombreux embryons, ni même les partisans de cette nouvelle transgression, freinés dans leur élan par plusieurs contraintes, celle par exemple de devoir apporter la preuve qu’il est impossible de parvenir au résultat escompté par le biais d’une autre recherche ne portant pas sur des embryons humains ou des cellules souches embryonnaires.

embryon H152938 L

Le projet de loi est ainsi résumé dans le texte lui-même, accessible depuis le site du Sénat :

« Le I substitue un régime d’autorisation encadrée à un régime d’interdiction assorti de dérogations. Les recherches ne pourront être autorisées que si la pertinence scientifique de la recherche est établie, si la recherche s’inscrit dans une finalité médicale, s’il est impossible, en l’état des connaissances scientifiques, de mener une recherche similaire sans recourir à des cellules souches embryonnaires ou à des embryons et enfin si le projet et les conditions de mise en œuvre du protocole respectent les principes éthiques relatifs à la recherche sur l’embryon et les cellules souches embryonnaires.

Le II concerne les modalités de consentement aux recherches du couple dont les embryons sont issus. Il supprime l’information des parents sur la nature des recherches envisagées.

Le III modifie les modalités d’intervention de l’Agence de la biomédecine et des ministres chargés de la santé et de la recherche dans l’autorisation de recherche sur l’embryon ou les cellules souches embryonnaires. Il permet aux ministres, dans un délai d’un mois et conjointement, de demander un nouvel examen du dossier ayant servi de fondement à la décision, lorsqu’il y a un doute sur le respect des principes éthiques ou sur la pertinence scientifique d’un protocole autorisé, ou encore dans l’intérêt de la santé publique ou de la recherche scientifique, lorsque le protocole a été refusé. L’Agence de la biomédecine procédera à un nouvel examen dans un délai de trente jours. En cas de confirmation de la décision, la validation ou le refus du protocole seront réputés acquis.

Le IV réaffirme que les embryons sur lesquels une recherche a été conduite ne peuvent être transférés à des fins de gestation.

Le V supprime notamment le caractère exceptionnel des études sur les embryons. »
 

Les « principes éthiques » invoqués par le sénateur voudraient rassurer les citoyens inquiets du devenir de leurs petits d’homme. Ainsi ne pourraient être soumis à la recherche que des embryons qui ne font pas ou plus l’objet d’un projet parental. Les défenseurs de ce type de recherche se vantent même de ce que cela permettrait d’utiliser les quelques milliers d’embryons surnuméraires abandonnés dans les placards des hôpitaux.

Une façon commode et rentable de régler le problème de ces touts petits humains en attente de gestation dont on ne savait plus que faire.

Ce contenu pourrait vous intéresser

À la uneSociété

À propos d’une rumeur…

L’Essentiel de Joël Hautebert | La rumeur de la création d'un Haut-Commissariat à la diversité a soulevé des réactions hostiles mais aussi démontré la volonté toujours affirmée de dissoudre la France. Heureusement, une conception française de la diversité est possible et s'enracine dans notre histoire, notre géographie et notre culture.

+

multiculturalisme rumeur
Société

« Nous entrons dans une phase de dépopulation »

Entretien | Pour la première fois depuis 1945, la population française atteint un solde négatif, avec 651 000 décès pour 645 000 naissances, et un indice conjoncturel de fécondité (ICF) à 1,56 enfant par femme. Économiste et spécialiste des questions familiales, le professeur Jean-Didier Lecaillon décrit les causes de cette situation et indique les moyens d’en sortir. 

+

dépopulation démographie natalité famille
SociétéBioéthique

Vers une révision des lois de bioéthique

Le 21 janvier dernier se sont ouverts les États généraux de la Bioéthique en France. Cette vaste « réflexion collective », menée par le Comité consultatif national d’Éthique (CCNE) en métropole et en outre-mer, doit permettre d’éclairer les législateurs pour une révision prochaine de la loi de bioéthique, à l'horizon 2028. 

+

bioéthique
SociétéFin de vie

Euthanasie : les Ehpad catholiques en danger

Alors que la Sénat a rejeté le 21 janvier dernier le principe de la mort volontaire et a voté le 28 janvier la loi sur les soins palliatifs, la menace n'est pas écartée. Si l'Assemblée nationale revient sur son texte initial de mai 2025, la situation sera invivable pour les établissements refusant de pratiquer l’euthanasie. Le combat n'est pas fini pour le respect du droit à la vie.

+

euthanasie