Messe 15 Dominator Deus – Mémoire des saints :
Commentaire musical
Voici un des Agnus Dei les plus représentés dans les sources manuscrites puisqu’on relève pas moins de 250 références en provenance de multiples régions d’Europe, spécialement Allemagne, Italie, France.
La pièce est datée du XIIᵉ siècle et elle devait être très populaire au Moyen Âge si l’on en juge par la quantité de tropes réalisés sur cette mélodie, mais aussi de variantes et même d’emprunts à cette mélodie dans d’autres pièces grégoriennes. Enfin, cet Agnus a semble-t-il servi dans un cycle de messe de Requiem, au témoignage d’un tropaire de Dublin, d’un Graduel de Salisbury et d’un recueil de manuscrits cisterciens.
La mélodie du 1er mode est relativement simple et bien dans l’atmosphère de paix qui caractérise le protus. Elle se déploie pour l’essentiel à l’intérieur de la quinte Ré-La, et s’élève, dans la seconde invocation, dans la quarte supérieure La-Ré, sans toutefois toucher le Ré aigu. Les première et troisième invocations sont identiques, comme dans beaucoup d’autres Agnus Dei, et la seconde apporte son originalité et un déploiement mélodique caractéristique.
L’intonation se campe humblement dans la tierce Ré-Fa, en faisant entendre le Do comme sous-tonique, mais en se fixant sur le Mi, et non sur le Ré, ce qui apporte d’emblée à ce début de pièce un caractère plus mystique. C’est toujours autour du Mi que se déploie la mélodie de qui tollis peccáta mundi qui part du Mi et y revient, en ayant fait entendre néanmoins le Ré et le La qui sont les deux cordes principales du 1er mode. Et ce n’est qu’avec l’invocation proprement dite, miserére nobis, que la mélodie retrouve à plein le mode de Ré avec sa sous-tonique Do.
Le second Agnus s’élève dans cette atmosphère typique du mode de Ré, avec une quinte initiale Ré-La très significative. Le mot Dei nous fait revenir par le chemin inverse et le même intervalle à la tonique Ré. Le mode de Ré est toujours très clairement présent par la suite où l’on retrouve les cordes essentielles du protus : le Ré, bien sûr, mais aussi le La à la quinte et le Fa à la tierce.
C’est sur les mots miserére nobis que la mélodie s’élève et se déploie alors nettement en protus authente, partant du La, s’appuyant sur le Sol, et allant toucher le Do à deux reprises. Alors que tout, jusqu’à maintenant, était sobre, humble, piano, ce miserére doit jaillir tel un beau cri, avec un accent bien appuyé et soutenu par la vocalise qui l’enveloppe.
Le pronom nobis revient subitement à la tonique Ré et réalise une belle courbe sur son accent lui aussi très développé mélodiquement. Le contraste entre les deux mots miserére et nobis doit être bien senti. Ils forment, dans leur opposition aigu-grave, le sommet expressif de toute la pièce.
Cette alternance entre les parties plus graves dominantes, et cette élévation de la seconde invocation, donnent beaucoup de vie à cette pièce paisible et douce.
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